Le choeur sur la Main

La prévente a très bien réussi. Les concepteurs des importants projets immobiliers dans le secteur historique délabré de la rue Sainte-Catherine et du boulevard Saint-Laurent les défendaient publiquement pour la première fois hier soir à Montréal et l'exercice a franchement tourné à leur avantage. La grande majorité des commentaires constructifs félicitaient l'initiative de revitalisation du secteur tout en suggérant des améliorations aux plans initiaux. Un choeur enthousiaste sur la Main, quoi.

La rencontre organisée au Monument National (MN) a attiré des centaines de personnes, plusieurs élus municipaux, des défenseurs du patrimoine, des résidants et des commerçants du quartier. La soirée de relation publique était organisée par le promoteur, la Société de développement Angus (SDA). La consultation officielle de la Ville aura lieu ultérieurement.

«On ne va pas discuter de l'orientation verticale ou horizontale des fenêtres, a dit d'entrée de jeu Christian Yaccarini, président de la SDA. Il faut se concentrer sur la vision architecturale et l'insertion urbaine des projets.»

Deux des trois propositions ont fait l'objet du débat, celui dit du 2.22, à l'intersection Saint-Laurent et Sainte-Catherine et celui dit du Quadrilatère Saint-Laurent, au nord du MN.

Le premier, avec sa façade verre haute de sept étages, va abriter la vitrine culturelle du Quartier des spectacles à compter de 2010. Son budget totalise 16,5 millions de dollars.

Le second volet, organisé autour d'une tour de quinze étages, devrait coûter 160 millions. Il abriterait des fonctionnaires d'Hydro-Québec d'ici la fin 2012. Des commerces équitables seraient installés dans les immeubles patrimoniaux restaurés.

Le troisième projet, le moins développé, vise le pourtour de l'édicule du métro Saint-Laurent. Il servirait à regrouper plusieurs institutions culturelles, le cinéma Parallèle et LADMMI, une école de danse contemporaine. Le coût de construction oscille autour de 20 à 25 millions pour une livraison en 2011.

L'architecte français Paul Andreu, qui travaille avec la firme montréalaise Aedifica, a expliqué être passablement avancé pour le 2.22 mais chercher encore pour le Quadrilatère. «On attend de la Vitrine d'être un phare du Quartier des spectacles, a-t-il dit. Elle doit attirer les gens et être conviviale.»

Christian Dupuis, un résidant du Plateau Mont-Royal, a souligné «l'audace» des propositions et s'est réjoui du déménagement du cinéma Parallèle. Il a toutefois demandé comment le 2.22 s'arrimerait au Club Soda voisin, un immeuble de trois étages. Le président du Club, Michel Sabourin, a exprimé le même bémol.

Paul Andreu a répondu que sans cette configuration spéciale, le bâtiment du 2.22 n'aurait aucun sens. «Ce bâtiment sera fait s'il a quelque chose à dire, a expliqué l'architecte. On me dit de construire haut ou de construire bas. À la fin, il faudra trancher. Mais je pense qu'il faut un élément de générosité dans un espace public.»

Une seconde critique de M. Dupuis portait sur le façadisme qui semble se dessiner au pied de la future grande tour d'Hydro-Québec. «On n'a pas une envie de façadisme, a répliqué l'architecte. On a une volonté de mémoire. Mais on ne va pas enchâsser des morceaux de bâtiments anciens dans une chose moderne.»

Cette tour de verre pose d'autres sérieux casse-tête aux concepteurs. Faut-il par exemple construire assez bas du côté nord, donnant sur la rue Sainte-Catherine? À la limite, pourquoi ne pas tout raser au nord du Monument National et réduire la volumétrie?

Yves Michaud, un travailleur communautaire du secteur, a demandé à Paul Andreu quel serait le volume idéal. «On s'interroge sur la hauteur de Sainte-Catherine et sur l'ensemble des mètres carrés, a répondu l'architecte. La volumétrie se trouve au centre de nos questionnements. On bouillonne et vous bouillonnez avec nous.»