Festival de la chanson de Tadoussac - Le coeur country

Québec — Le Festival de la chanson de Tadoussac, qui débute la semaine prochaine, a donné une place de choix cette année au quintette bluegrass Madame Moustache, nouvel écho montréalais de la déferlante country déclenchée par le mythe de Johnny Cash.

«Les Québécois aiment le country, sauf qu'ils ne le savent pas, estime la chanteuse et bassiste Geneviève Néron. La musique est profondément ancrée en nous. Desjardins a fait des tounes country, Gilles Vigneault, Corcoran, Beau Dommage.» Perçu longtemps comme le nec plus ultra du mauvais goût, le genre est redevenu très populaire ces dernières années. Comme dit l'autre chanteuse du groupe, Julie Ross (guitare acoustique): «Maintenant, les gens s'avouent qu'ils aiment le country, ils l'assument.»

Conscientes de la distance qui les sépare de Nashville, les deux Montréalaises préfèrent dire qu'elles font du «countri». «On n'a pas de chevaux, on vient de Montréal. Dans le fond, on est comme des cow-boys de papier, concède Geneviève Néron. Mais on a le coeur country, il a fallu s'approprier notre country.»

Les deux filles ont inventé Madame Moustache au terme d'un voyage légendaire au Festival de Saint-Tite. Puis trois cow-boys (Matthieu Vigneault aux guitares, Guillaume Duchesneau au violon et Benjamin Vigneault aux percussions) se sont joints à l'aventure, troquant leurs projets en musique actuelle, contemporaine et reggae pour quelques tours de cheval. Après trois ans sur les routes du Québec, ils viennent de lancer leur premier album, Au nom du countr(i). Douze pièces qui se succèdent au galop, avec candeur et ambiance western spaghetti.

Ils ne réinventent pas le genre mais atteignent pleinement leur principal objectif: transmettre la joie et l'énergie inhérentes à leur style de musique préféré. «Notre show, c'est comme Ciné-Cadeaux [ndlr: le programme d'émissions pour enfants de Télé-Québec du temps des Fêtes]: on fait appel à la nostalgie, au retour en enfance.» Madame Moustache est une célèbre tenancière du Nevada, une «French woman» qui vide les poches des joueurs de poker. Sur l'album, elle croise un champ de blé d'Inde, une fille qui ne veut rien savoir d'arrêter de fumer, le «Frigidaire» de John Langford... et Johnny Baguette, le boulanger de Tadoussac.

En les invitant à donner cinq concerts au festival, la programmatrice Catherine Marck les ramène en quelque sorte à la maison. Parce que, à les écouter, on comprend que Tadoussac est à Madame Moustache ce que Nashville est à Willy Nelson. «On a dû jouer douze fois à Tadoussac le premier été de la tournée. La deuxième fois, les employés du Café du Fjord nous ont fait une surprise. Quand on est arrivés sur scène, ils portaient tous des chapeaux de cow-boy dans la salle!»

Là-bas, ils ont écrit, composé, fait le party et même déniché leurs chapeaux, raconte Geneviève Néron. «On est allés à Nashville en se disant qu'on allait se trouver de super beaux chapeaux de cow-boy. Mais tout le monde nous demandait où on avait pris les nôtres, ceux qu'on nous avait donnés à Tadoussac!»

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Madame Moustache

Les 12, 13 et 14 juin

Au Festival de la chanson

de Tadoussac