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    La fin dramatique d’un long voyage pour Cassini

    La sonde, lancée il y a vingt ans, s'est désintégrée en entrant dans l’atmosphère de Saturne

    20 septembre 2017 22h56 |Pauline Gravel | Science et technologie
    Le directeur du projet Cassini, Earl Maize, et la scientifique Linda Spilker, devant une illustration de la chute de la sonde vers Saturne.
    Photo: Robyn Beck Agence France-Presse Le directeur du projet Cassini, Earl Maize, et la scientifique Linda Spilker, devant une illustration de la chute de la sonde vers Saturne.

    Vingt ans après avoir quitté la Terre, la sonde Cassini, qui a épuisé ses réserves de carburant, a foncé vendredi matin, 15 septembre, dans l’atmosphère de Saturne, où elle s'est désintégrée dans les minutes qui ont suivi. Ce plongeon « suicidaire » a néanmoins permis de recueillir des informations inédites sur l’atmosphère de cette géante gazeuse et sur l’intensité de son champ de gravité et de son champ magnétique.

     

    Cassini a amorcé son chant du cygne le 22 avril dernier, jour où elle adoptait une nouvelle trajectoire qui la conduira, au terme de 22 orbites elliptiques autour de Saturne, dans sa chute finale le 15 septembre. Circulant dans l’espace (de 2400 km de largeur) séparant la planète de ses anneaux, où aucun autre engin spatial ne s’était aventuré jusqu’ici, Cassini a par moments frôlé les anneaux, et par d’autres effleuré les couches supérieures de l’atmosphère saturnienne. Depuis avril, elle a ainsi engrangé des informations uniques qui permettront probablement de résoudre de vieilles énigmes, telles que la quantité de matière que renferment les anneaux, la vitesse de rotation exacte de Saturne, ce qui permettra de déterminer avec plus de précision la longueur d’une journée saturnienne, voire la composition de l’atmosphère de cette géante gazeuse.

     

    « Après 20 ans d’activité, la sonde est à court de carburant, il était donc devenu difficile de la faire naviguer à travers le système saturnien et nous voulions éviter qu’elle s’écrase sur l’une des lunes de glace de Saturne, particulièrement sur Encelade, où on a découvert un environnement potentiellement habitable », précise Nico Altobelli, chef de projet à l’Agence spatiale européenne (ESA), pour expliquer la décision d’induire la désintégration de Cassini dans l’atmosphère de Saturne. On écarte ainsi toute possibilité que des microbes en provenance de la Terre et qui seraient toujours présents sur Cassini contaminent Encelade ou Titan, qui demeureront ainsi vierges pour des explorations futures, fait valoir la NASA tout en précisant que Cassini est tout de même demeuré 13 ans en orbite autour de Saturne. Cassini a en effet atteint Saturne en 2004 après avoir parcouru 1,43 milliard de kilomètres depuis la Terre en sept ans. La mission autour de Saturne, prévue sur quatre ans au départ, a pu être allongée de neuf ans grâce au fait que la sonde s’est servie de l’attraction gravitationnelle de son plus gros satellite, Titan, pour changer ses changements d’orbite, évitant ainsi de solliciter la mise en route de ses propulseurs.

     

    Le 14 septembre prochain, vers 16 h 20, la sonde a orienté son antenne vers la Terre, vers laquelle elle a transmise toutes les données encore présentes sur son enregistreur. Lorsque la sonde a plongé à une vitesse de 31 kilomètres par seconde dans les couches supérieures de l’atmosphère saturnienne, ses propulseurs ont tenté de maintenir le plus longtemps possible l’antenne en direction de la Terre afin de transmettre en temps réel les toutes dernières informations sur la composition de l’atmosphère. Les astronomes s’attendaient toutefois à ce que l’engin cesse d’émettre et se désintègre tout au plus deux minutes après son entrée dans l’atmosphère. Cette minute sera très précieuse, car elle devrait fournir des données cruciales sur la composition chimique de l’atmosphère saturnienne, ainsi que sur la force gravitationnelle de Saturne et le champ magnétique qu’elle exerce, des informations qui nous renseigneront sur son organisation interne.

     

    Extrêmement fructueuse, la mission Cassini-Huygens — nommée ainsi en l’honneur des premiers astronomes ayant étudié Saturne, le Néerlandais Christiaan Huygens et le Franco-Italien Jean-Dominique Cassini —, conçue et soutenue par la NASA, l’ESA et l’Agence spatiale italienne (ASI), a conduit à la publication de près de 4000 textes scientifiques. Grâce à la sonde Huygens embarquée à bord de l’orbiteur Cassini et qui a atterri sur le sol de Titan le 14 janvier 2005, on a pu découvrir sous l’épaisse et opaque atmosphère orangée une géomorphologie étrangement semblable à celle de la Terre, à la seule différence que ce n’est pas de l’eau qui y a façonné ses paysages composés de lacs, de réseaux fluviaux et d’une vaste mer, mais de l’éthane (C2H6) et du méthane (CH4) à l’état liquide.

     

    Même surprise à la surface d’Encelade, une petite lune de Saturne, de laquelle émergent d’énormes panaches de vapeur d’eau et de grains de glace provenant vraisemblablement d’un océan liquide situé sous une croûte de glace. Encore une fois, il s’agit des phénomènes géologiques qui s’apparentent énormément aux sources hydrothermales issues des entrailles de la Terre et qui alimentent une vie prolifique. Cette dernière découverte a ainsi remis en question « la zone d’habitabilité » au sein du système solaire.

     

    En plus de révéler l’existence de nombreux satellites, dont six ont reçu un nom, la mission Cassini-Huygens a permis de lever une partie du voile sur les splendides anneaux de Saturne. Ceux-ci seraient constitués essentiellement de particules de glace dont les tailles varient du millimètre à la dizaine de mètres. Ces anneaux sont « beaucoup plus dynamiques » qu’on ne l’imaginait, et en constante évolution à mesure que « les satellites les alimentent en matériel et les perturbent ». À preuve, Cassini a observé que la glace projetée par Encelade dans l’espace a contribué à la formation de l’anneau E.

     

    Quand, sur la Terre, les astronomes ont reçu vendredi les derniers signaux de Cassini, l’engin n’existera plus depuis 83 minutes. Toutefois, il restera encore une tonne de données à analyser qui devraient générer de nouvelles découvertes pendant encore plusieurs années.













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