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    Exposition

    Le Musée de la civilisation dévoile toutes les couleurs de la matière grise

    19 mai 2017 | Pauline Gravel à Québec | Science et technologie
    Représentation allégorique du cerveau à l’aide de tricots enchevêtrant des fils de laine à l’image des fibres nerveuses.
    Photo: Stéphane Audet Icône Représentation allégorique du cerveau à l’aide de tricots enchevêtrant des fils de laine à l’image des fibres nerveuses.

    Il nous permet de respirer, entendre, sentir, danser, chanter, créer, aimer, de formuler les théories mathématiques les plus complexes. Pourtant, il n’est absolument pas sexy puisqu’il se présente sous forme d’une masse gélatineuse sans couleur. Le Musée de la civilisation, à Québec, qui lui consacre jusqu’au 11 mars 2018 une exposition intitulée Cerveau à la folie, révèle un organe d’une complexité inouïe, capable de grandes prouesses, mais qui peut aussi dérailler.


    Si on pouvait en détacher toutes les cellules nerveuses qui le composent et les relier les unes aux autres, on obtiendrait un fil faisant près de cinq fois la circonférence de la Terre. Ces neurones sont enchevêtrés comme dans un tricot très serré en raison du million de milliards de connexions qu’ils établissent entre eux. Oui, l’organe à l’honneur dans cette exposition est complexe et fragile, et, pour cette raison, il recèle encore bien des mystères.

     

    Fidèle à sa mission, le musée appréhende cet organe qui fait l’objet d’études de pointe avec toute la rigueur scientifique espérée, mais aussi en posant un regard anthropologique, social et artistique qui met en relief ses multiples capacités et les manifestations de son dysfonctionnement.

     

    La scénographie de la salle d’exposition rappelle l’intérieur d’un cerveau, avec ses couleurs pâles et neutres et plus de sept kilomètres de câbles qui délimitent et relient tout à la fois les huit zones où sont abordées différentes facettes de l’organe multifonctionnel.

     

    Les petits flashs qui illuminent certains de ces câbles et une musique électronique sous-jacente miment les impulsions nerveuses qui véhiculent à travers les cellules nerveuses la myriade d’informations que traite sans interruption ce superordinateur encore loin d’être surpassé.

    Photo: Stéphane Audet Icône Une station d’activités à la fin de chacune des huit zones consacre aux jeunes une section dans laquelle ils peuvent apprendre comment leur cerveau réagit au stress, à la douleur, et comment il demeure actif durant le sommeil.
     

    Après avoir décrit sa constitution et ses connexions avec le reste du corps, on découvre que le cerveau parfois se détraque et plonge les personnes dans des états étranges, voire délirants. « Cette expo vise à briser les tabous sur les maladies mentales en nous faisant voir qu’elles sont dues à un dérèglement du cerveau, et que ces maladies sont corrigibles au même titre que les maladies cardiaques. »

     

    « Il y a 70 ans, on mettait les épileptiques dans des asiles parce qu’on était désemparés. Aujourd’hui, ils sont traités et peuvent fonctionner normalement parce que la recherche nous a permis de comprendre ce qui était déréglé. Les tabous freinent la recherche. À partir du moment où on reconnaît qu’il s’agit d’une maladie, qu’on la démystifie, on l’étudie et on trouve des pistes de traitement. Il nous faut faire la même chose pour les maladies mentales », souligne le Dr Yves De Koninck, directeur du Centre de recherche CERVO et membre du comité scientifique de l’exposition.

     

    Un rôle incontournable

     

    Pour souligner le rôle incontournable du cerveau dans notre perception du monde, on présente notamment une peinture de l’écrivain Daniel Tammet, atteint de synesthésie, un phénomène neurologique qui lui permet de percevoir les chiffres comme étant colorés. La question de l’intelligence est quant à elle abordée par ses anomalies que sont la douance et la déficience, laquelle est présentée à travers les performances réalisées avec l’organisme culturel Entr’actes.

     

    Dans les différentes zones, des vidéos donnent la parole à des chercheurs et à des cliniciens, mais aussi à des personnes ayant vécu un épisode dépressif, comme la comédienne Marie-Soleil Dion, ou qui sont atteintes d’un trouble du spectre autistique, comme Olivier et Victor, qui livrent des témoignages particulièrement touchants.

    Photo: Stéphane Audet Icône Le cerveau est un organe fragile qu’il faut protéger.
     

    Immenses progrès

     

    En fin de parcours, un survol de l’évolution des techniques utilisées pour explorer cet organe mystérieux et pour tenter d’en corriger les dysfonctionnements permet de constater les immenses progrès réalisés depuis l’Antiquité. Finalement, une vidéo montre une chirurgie visant à exciser une tumeur au cerveau qui a été effectuée sur une patiente éveillée par le Dr David Fortin, au CHU de Sherbrooke.

     

    L’exposition n’oublie pas les jeunes, loin de là : une station d’activités à la fin de chacune des huit zones leur consacre une section complète dans laquelle ils peuvent apprendre comment leur cerveau réagit au stress, à la douleur, et comment il demeure actif durant le sommeil.

     

    Des curiosités

     

    Assurément, cette expo comblera les novices, mais elle laissera peut-être un peu sur leur faim ceux qui en connaissent plus.

     

    Néanmoins, des curiosités, comme une vidéo de l’expérience inventée par le psychologue Milgram pour tester la puissance des processus cognitifs de l’obéissance à une autorité, des objets provenant de collections scientifiques anciennes, comme des dispositifs de contention pour immobiliser les malades en crise, des trépans chirurgicaux semblables à ceux utilisés par le Dr Walter Freeman, qui a effectué 3500 lobotomies destinées à traiter la dépression ou l’anxiété, ou encore d’anciens appareils à électrochocs contribueront sûrement à maintenir leur intérêt.













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