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    Des médecins passent outre aux avis de Santé Canada au sujet du somnifère zopiclone

    «Imovane» est le nom commercial du zopiclone, un sédatif hypnotique.
    Photo: Fred Tanneau Agence France-Press «Imovane» est le nom commercial du zopiclone, un sédatif hypnotique.

    Malgré les mises en garde adressées par Santé Canada et le fabricant d’Imovane (zopiclone) et des molécules de la même famille, les médecins prescrivent ces somnifères à des doses et pour des durées qui excèdent celles recommandées, révèle une étude menée au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et publiée dans la revue PLOS One.

     

    « Pendant longtemps, les médecins prescrivaient des benzodiazépines aux patients hospitalisés qui avaient des troubles du sommeil, mais quand on a su que ces médicaments étaient dangereux, on a opté pour une autre classe de sédatifs hypnotiques, les “z-drugs” [qui incluent le zopiclone (dont le nom commercial est Imovane), l’eszopiclone (Lunesta), le zolpidem (Sublinox) et le zaleplon (Sonata)]. Plusieurs pensent que ces derniers médicaments sont plus sûrs, mais en réalité, lorsqu’ils sont administrés aux personnes âgées ou souffrant de problèmes rénaux ou hépatiques, ils causent les mêmes effets secondaires que les benzodiazépines, tels que des chutes, des fractures de la hanche, des troubles cognitifs, des délires ou des accidents de voiture en raison d’une prolongation de la somnolence qu’ils entraînent », affirme la Dre Emily McDonald, professeure au Département de médecine du CUSM, avant d’ajouter que « tous les médicaments utilisés pour traiter l’insomnie présentent des dangers, et [que] les personnes âgées sont particulièrement vulnérables à leurs effets secondaires ».

     

    En collaboration avec des collègues du Département de pharmacie du CUSM, la Dre McDonald a mené une enquête visant à évaluer si les médecins traitant les personnes hospitalisées au CUSM respectaient les recommandations formulées par Santé Canada et le fabricant du zopiclone et des molécules apparentées.

     
    Prescription régulière
     

    Les chercheurs ont relevé que 9 % des personnes — à l’exception des femmes allant accoucher — qui ont été hospitalisées au CUSM entre le 1er avril 2015 et le 31 mars 2016 ont reçu du zopiclone durant leur séjour à l’hôpital. « On prescrivait ce médicament chaque fois qu’un patient déclarait éprouver des problèmes de sommeil et on le prescrivait très souvent pour un usage régulier au lieu de l’administrer seulement au besoin, comme pour les antidouleurs, en demandant chaque soir au patient s’il était nécessaire de lui en donner à nouveau », précise la chercheuse, avant de souligner que « ces médicaments devraient être utilisés seulement pour quelques jours, sept jours tout au plus, car les patients deviennent dépendants si on en prolonge l’administration et en ont ensuite besoin tous les soirs pour dormir. »

     

    Les doses quotidiennes prescrites étaient également nettement supérieures à celles recommandées pour 64 % des patients plus âgés. « Mieux vaut débuter par une dose minimale et l’augmenter si elle n’est pas suffisante », indique la chercheuse. De plus, on en prescrivait même si le patient prenait d’autres médicaments, comme des benzodiazépines ou des narcotiques, avec lesquels il pouvait y avoir « des interactions susceptibles d’accroître le risque de complications ».

     

    Qui plus est, 5 % des patients hospitalisés (soit la moitié de ceux ayant reçu du zopiclone durant leur séjour à l’hôpital) ont quitté l’hôpital avec une ordonnance de zopiclone en main. « Plusieurs patients ont commencé leur consommation de zopiclone à l’hôpital et continuent d’en consommer une fois sortis de l’hôpital », s’inquiète la Dre McDonald.

     

    Les chercheurs ont été quelque peu surpris de ce qu’ils ont observé : « On savait que les autres provinces faisaient face à une augmentation importante de la consommation de ces “z-drugs” par les personnes âgées, mais ici, au Québec, comme le zopiclone n’est pas remboursé par la RAMQ, on ne croyait pas qu’il était utilisé aussi fréquemment et que sa consommation se poursuivait même après la sortie de l’hôpital », fait remarquer la chercheuse, avant de souligner que l’étude publiée dans PLOS One est la première à se pencher sur la consommation de zopiclone à l’hôpital.


    Corriger le tir
     

    À la suite de ces résultats inquiétants, les chercheurs ont instauré au CUSM un arrêt automatique des ordonnances excédant sept jours et une substitution des doses trop élevées par celles recommandées en fonction de l’âge. « Quand le patient est âgé de plus de 65 ans et que le médecin lui a prescrit une dose de 7,5 mg qui est beaucoup trop élevée, on la remplace par une dose de 3,75 mg qui est beaucoup plus sûre, et on l’interrompt après sept jours, et ce, même si le patient est hospitalisé plus longtemps », illustre la Dre McDonald.

     

    À la suite du décès d’un automobiliste dont les facultés étaient affaiblies en raison de la consommation de zopiclone, le Bureau du coroner du Québec a recommandé au Collège des médecins du Québec de transmettre à ses membres des directives quant aux précautions à prendre lors de la prescription de zopiclone. Ce qu’il a fait en mai 2016, une fois l’étude terminée. « Notre étude montre la pertinence d’un tel avertissement », affirme Mme McDonald.

     

    Au CHUM, on affirme « restreindre la prescription des “z-drugs” aux personnes qui le prennent déjà de façon régulière avant d’arriver à l’hôpital ». « On ne le prescrit pas d’emblée. Et quand on le prescrit, le CHUM suit la posologie recommandée par Santé Canada. On réduit donc les doses qui sont administrées aux personnes âgées, souligne Joëlle Lachapelle, de la Direction des communications du CHUM. Nous prendrons connaissance de l’étude avec intérêt et, s’il y a des ajustements à faire, nous les ferons. »

     

    Aux personnes aux prises avec des problèmes chroniques de sommeil, la Dre McDonald conseille plutôt d’opter pour une thérapie cognitivo-comportementale prodiguée par un spécialiste du sommeil, ou de prendre de la « mélatonine, qui serait probablement moins dangereuse, même s’il faudrait effectuer des études pour en éprouver l’innocuité et l’efficacité ».













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