Les résidents estiment «nécessaire» la formation interdisciplinaire

Certains résidents se montrent critiques par rapport à certains aspects de la formation donnée par les autres professionnels de la santé, qu'ils trouvent parfois trop pointue ou redondante.
Photo: iStock Certains résidents se montrent critiques par rapport à certains aspects de la formation donnée par les autres professionnels de la santé, qu'ils trouvent parfois trop pointue ou redondante.

Les résidents en médecine de famille apprécient la formation qu’ils reçoivent de professionnels de la santé non médecins, révèle un rapport. La non-reconduction du financement de cette formation en unité de médecine de famille (UMF) par le gouvernement inquiète d’ailleurs la présidente du Collège québécois des médecins de famille (CQMF).

La rapidité avec laquelle les tâches d’enseignement des travailleurs sociaux, psychologues et autres professionnels leur sont retirées, sans qu’une solution de remplacement ait été mise en place, « peut entacher la qualité de la formation et des soins », mentionne la Dre Maxine Dumas Pilon.

Elle observe que ces changements découlent d’une « tension » entre le temps consacré aux soins aux patients et celui consacré à l’enseignement. Mais si les compétences en santé mentale des futurs médecins sont « moins optimales », rapidement, ce seront les soins aux patients eux-mêmes qui en subiront l’impact, souligne-t-elle. « On enlève une expertise sans se donner le temps de la remplacer »,déplore-t-elle.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) ne financera plus ces activités d’enseignement à compter du 1er avril prochain, alors que les UMF deviendront des groupes de médecine de famille universitaires (GMF-U). Le rôle des professionnels de la santé comme les travailleurs sociaux y sera d’abord et avant tout de voir des patients.

Une formation appréciée des résidents

Un rapport, qui a été transmis au MSSS en 2016, confirme que les résidents eux-mêmes estiment cette formation interdisciplinaire nécessaire. Le rapport rapporte que 95 % des résidents ont une perception favorable de l’enseignement par les professionnels.

« Ça nous permet de voir le patient comme un tout, et pas juste comme des conditions médicales », a commenté un résident sondé. La recherche a été menée auprès des résidents en médecine de famille dans les 12 UMF affiliées à l’Université Laval.

Pour l’un des auteurs de ce rapport, le professeur agrégé de clinique au Département de médecine familiale et de médecine d’urgence de l’Université Laval Louis-François Dallaire, le Québec nage à contre-courant. « Nous avions une longueur d’avance en ce qui concerne la contribution des professionnels à l’enseignement en médecine », observe-t-il. Comme travailleur social, il enseigne lui-même en UMF. « Je suis très inquiet, comme professeur, de penser que les futurs médecins de famille vont perdre cette valeur ajoutée. »

Le rapport souligne également que l’apport des professionnels permet « d’offrir un enseignement de qualité à des coûts moins élevés ».

« Dans le contexte actuel où des incitatifs sont mis en place afin d’amener les médecins de famille à rencontrer un nombre plus élevé de patients, le temps qu’ils peuvent consacrer à l’enseignement et à l’encadrement de résidents ne peut qu’aller en diminuant », ajoutent les auteurs. La contribution des autres professionnels deviendrait donc d’autant plus importante.

Les résidents sondés se montrent critiques par rapport à certains aspects de la formation donnée par les autres professionnels de la santé. Ils la trouvent parfois trop pointue ou redondante, par exemple. Les pistes d’amélioration qui émergeaient de cette réflexion ne pourront que difficilement être mises en place, déplore M. Dallaire, faute d’effectifs.

1 commentaire
  • Andrée Le Blanc - Abonnée 21 mars 2017 19 h 31

    La médecine passe avant tout, avant tous

    Le ministre de la santé et son premier ministre peuvent bien parler d'interdisciplinarité, leurs actions vont toujours dans le sens de subordonner les autres professions à la médecine. C'est sans gêne qu'ils dépouillent les CLSC de travailleurs sociaux pour les mettre au service des médecins en GMF. Cette décision de ne plus payer pour d'autre personnel enseignant que médical va dans le même sens. On veut que les médecins voient plus de patients, à la chaîne, point. Le public (et les médias) devraient regarder de plus près combien les services sociaux ratatinent et ratatineront encore dans ces méga-établissements fusionnés que sont les CI(U)SSS. Pourtant les plus puissants déterminants de la santé sont sociaux: mais on préfère mettre tous les oeufs ou presque dans le panier du curatif... médical.