Desjardins continuera d’investir dans les énergies fossiles

Il n’est pas question pour Desjardins de tourner le dos aux énergies fossiles, un secteur où ses investissements s’élèvent à 6,5 milliards de dollars.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Il n’est pas question pour Desjardins de tourner le dos aux énergies fossiles, un secteur où ses investissements s’élèvent à 6,5 milliards de dollars.

Le Mouvement Desjardins met fin au moratoire temporaire sur le financement des projets de pipelines et entend maintenir son soutien au projet Trans Mountain, de Kinder Morgan. L’institution dit toutefois vouloir « jouer un rôle proactif face au défi que représentent les changements climatiques », tout en poursuivant ses investissements dans les énergies fossiles.

 

Le Devoir révélait en juillet que le Mouvement Desjardins avait décidé de décréter un moratoire sur le financement des projets de pipelines d’exportation des sables bitumineux, dans la foulée de la controverse soulevée par son prêt de 145 millions de dollars à Kinder Morgan pour la réalisation du projet Trans Mountain, dans l’Ouest canadien.

 

L’institution phare du secteur financier québécois avait alors dit vouloir « évaluer » sa participation dans ce type de projets et mettre en place une « politique globale » concernant ces projets controversés.

 

Mercredi, Desjardins a donc annoncé la mise en place de « pratiques » pour améliorer le bilan environnemental de ses opérations et de ses investissements. « Comme coopérative financière, nous pouvons montrer l’exemple et encourager la transition énergétique », a fait valoir Guy Cormier, président et chef de la direction du Mouvement Desjardins, par voie de communiqué. L’institution prévoit ainsi d’investir dans des projets d’énergie renouvelable, mais aussi de diminuer l’empreinte carbone de son portefeuille sur les marchés publics.

 

Énergies fossiles

 

Il n’est toutefois pas question de tourner le dos aux énergies fossiles, un secteur où les investissements de Desjardins s’élèvent à 6,5 milliards de dollars, selon ce qu’a fait valoir M. Cormier en entrevue à La Presse canadienne. « Nous avons encore plein de nos membres et entreprises qui utilisent du pétrole pour faire vivre l’économie, a-t-il dit. Cela peut paraître intéressant de prendre une décision radicale, mais nos membres et la population n’ont pas encore pris cette décision. »

Il ne faut pas oublier que l’on parle de transition. Le pétrole demeurera nécessaire pour de nombreuses applications pendant encore plusieurs années.

 

« Il ne faut pas oublier que l’on parle de transition. Le pétrole demeurera nécessaire pour de nombreuses applications pendant encore plusieurs années, et de nombreux membres et entreprises de Desjardins utilisent du pétrole pour faire vivre l’économie », a aussi précisé au Devoir la porte-parole de Desjardins, Chantal Corbeil.

 

L’institution met du même coup un terme à son moratoire temporaire sur le financement des projets de pipelines. « Ce moratoire est remplacé par les critères que nous mettons en place, a expliqué M. Cormier. Il n’y a pas de moratoire dans le secteur énergétique. Il y a de nouveaux critères, rigoureux, qui vont s’appliquer à tous les secteurs. »

 

Désinvestissement

 

Desjardins a ainsi annoncé mercredi qu’en vue de futurs investissements dans les secteurs pétroliers et gaziers, des critères seront pris en compte « afin de favoriser une finance qui respecte l’environnement et les collectivités ».

 

Cet engagement ne va toutefois pas aussi loin que d’autres institutions financières internationales, comme la banque française BNP Paribas, qui compte cesser de financer des projets liés au pétrole des sables bitumineux.

 

Le mois dernier, dans le cadre de la conférence de l’ONU sur le climat (COP23), le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a pour sa part mis en garde contre la poursuite des investissements dans les énergies fossiles.

 

« En 2016, un montant estimé à 825 milliards de dollars a été investi dans les énergies fossiles et les secteurs générant des émissions élevées [de gaz à effet de serre]. Nous devons cesser de parier sur un futur insoutenable mettant en danger économies et sociétés, a-t-il insisté. Le changement climatique est la menace déterminante de notre temps. »

 

Pipelines

 

Le grand patron de Desjardins a par ailleurs confirmé à La Presse canadienne que la coopérative n’allait pas revenir sur sa décision d’octroyer un prêt de 145 millions à la pétrolière Kinder Morgan pour la construction du pipeline Trans Mountain.

 

Ce projet, qui doit permettre de transporter du pétrole des sables bitumineux de l’Alberta vers la côte ouest, en vue de l’exportation, fait face à une très vive opposition en Colombie-Britannique. Pas moins d’une dizaine de recours judiciaires ont été entamés contre l’Office national de l’énergie, qui a recommandé l’approbation du projet, mais aussi contre le gouvernement fédéral, qui a approuvé le projet en novembre 2016. Plusieurs Premières Nations en font partie.

 

Qui plus est, la Ville de Vancouver s’y oppose, mais aussi celle de Burnaby, où doit aboutir le pétrole, ainsi que le gouvernement de la Colombie-Britannique.

 

« Bien que l’annonce d’aujourd’hui comporte certaines avancées importantes, entre autres en matière d’investissement dans les énergies renouvelables, Desjardins fait preuve d’incohérence, a fait valoir le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin. En décidant de conserver le prêt de 145 millions de dollars octroyé pour le projet de pipeline de sables bitumineux de Kinder Morgan, le Mouvement Desjardins tourne le dos aux Premières Nations qui s’y opposent, en plus de faire un pied de nez à la lutte contre les changements climatiques. »

13 commentaires
  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 6 décembre 2017 14 h 43

    De la part d'un coopérateur de longue date

    Une attitude désolante qui compromet l'avenir des jeunes en donnant préséance à l'argent plutôt qu'aux humains. C'est une décision en pleine contradiction avec les valeurs coopératives.

    • Pierre Robineault - Abonné 7 décembre 2017 15 h 54

      Désolant en effet.
      La Desjardins voulait depuis longtemps changer son identité, et semble fière de pouvoir se voir considérée dorénavant en tant que "coopérative libérale"!

  • Jean-françois Mellon - Abonné 6 décembre 2017 15 h 14

    le krach boursier

    Toutes les compagnies liees aux énergies fossiles,de l exploitation au transport en passant par la mise en marché et par l automobile,vont selon bien des experts subir un krach boursier
    Ceal se produira quand la majorité de la population mondiale,des gouvernements,des financiers feront une vraie prise de conscience"on s'en va dans le mur à grande vitesse,il faut, quelles que soit les conséquences ,arreter l exploitation des energies fossiles"On n aura pas les moyens de faire une transition,ce sera un krach pour tenter de survivre et de repirer un peu d air pur(surtout en Chine et en Inde) Des traités coercitifs ,avec des dents verront le jour Les mascarades comme l'accord de Paris ne seront plus de mise
    La question est quand cela va-t-il arriver ? certains parlent de 2021 soit demain matin. Desjardins va se trouver avec des prets bien mal plaçés
    Saluons au Canada les peuples autochtones qui freinent tant qu ils peuvent Trudeau et les pétrolières

    • Jean-Yves Arès - Abonné 9 décembre 2017 11 h 43

      D'ici 2012 ?

      C'est dire d'ici 4 ans....


      :)

  • Luc Falardeau - Abonné 6 décembre 2017 16 h 18

    Cercle visqueux

    Desjardins devrait plutôt dire qu’elle accepte que le pétrole demeure nécessaire pour de nombreuses applications pendant encore plusieurs années.

    Ce faisant, l'institution choisi de consolider l'utilisation à long terme des hydrocarbures alors que la transition énergétique doit se réaliser à court et moyen terme.

    Les projet de pipelines sont en effet des infrastructures qui doivent opérer pendant au moins 40-50 ans pour se rentabiliser, pas seulement 6-10 ans et puis c'est fini.

  • Gilbert Troutet - Abonné 6 décembre 2017 17 h 49

    Faut que ça rapporte

    Le Mouvement « coopératif » Desjardins est en train de devenir une banque comme les autres. Cette décision me déçoit et révèle de nouveau un glissement vers le modèle néo-libéral, où le gain économique à court terme prime sur les valeurs collectives et environnementales. Il faut bien aussi que Desjardins puisse réaliser des « rendements », pour récompenser M. Cormier avec un traitement de 2 millions $ par année.

  • Benoit Fournier - Abonné 6 décembre 2017 22 h 37

    Pour une institution financière vraiment responsable

    Cet appui aux hydrocarbures pour la transition montre un beau raisonnement de compromis digne de gens équilibrés qui sont allergiques aux solutions radicales. Dans plein de cas, c'est très bien comme attitude.

    Dans le cas des changements climatiques, il n'y a pas de compromis possible avec les lois de la physique. Il faut un changement de cap dicté par la capacité de l'atmosphère à contenir le carbone pour maintenir un milieu de vie sain sur Terre.

    Je vais partir à la recherche d'une institution financière vraiment responsable. Y en a-t-il? Lesquelles?

    • Gilles Théberge - Abonné 7 décembre 2017 09 h 48

      Bonne chance dans votre quête...

      Mais j’incline à penser que le plus sûr moyen d’atteindre votre objectif, ça reste... le bas de laine !