TransCanada demande la suspension de l’étude d’Énergie Est

Ce projet destiné à l’exportation de pétrole des sables bitumineux, à raison de 400 millions de barils par année, traverserait plus de 860 cours d’eau au Québec.
Photo: Jeff McIntosh Archives La Presse canadienne Ce projet destiné à l’exportation de pétrole des sables bitumineux, à raison de 400 millions de barils par année, traverserait plus de 860 cours d’eau au Québec.

Dans un geste inattendu, TransCanada a annoncé jeudi en début de soirée qu’elle a demandé la « suspension » de l’examen fédéral de son controversé projet de pipeline Énergie Est. Un arrêt temporaire qui pourrait mener à l’abandon du projet, selon ce que laisse entendre la pétrolière albertaine.

 

Par voie de communiqué, TransCanada a confirmé qu’elle a demandé à l’Office national de l’énergie (ONE) la suspension, pour 30 jours, de l’évaluation fédérale de son projet Énergie Est, qui traverserait le territoire québécois sur une distance de 625 kilomètres.

 

Selon ce qu’a fait valoir la pétrolière, cette suspension lui permettra d’évaluer les « récents changements » annoncés par l’ONE, dont l’inclusion de l’évaluation des émissions de gaz à effet de serre dans l’étude du pipeline Énergie Est.

 

TransCanada souhaite aussi évaluer en quoi les changements dans l’examen du projet auront un impact sur les « coûts » du projet, le calendrier de construction du pipeline et la « viabilité » du projet. Cela signifie que la multinationale pourrait choisir d’abandonner le projet.

 

D’ailleurs, le président et chef de la direction de TransCanada, Russ Girling, a précisé dans le communiqué que l’entreprise comptait poursuivre ses investissements en cours, évalués à plus de 24 milliards de dollars. Parmi ceux-ci, on compte le controversé projet de pipeline Keystone XL, appuyé par le gouvernement de Justin Trudeau.

 

Critiques au Québec

 

Le projet de pipeline Énergie Est a soulevé une vive controverse au Québec, d’abord en raison de la volonté de TransCanada de construire un port d’exportation en plein coeur de l’habitat critique du béluga, à Cacouna.

 

Qui plus est, ce projet destiné à l’exportation de pétrole des sables bitumineux, à raison de 400 millions de barils par année, traverserait plus de 860 cours d’eau au Québec, mais aussi des milieux agricoles et des milieux humides, en plus d’une réserve naturelle protégée.

 

Refus de se conformer

 

Malgré l’ampleur de son projet, TransCanada a refusé pendant près de deux ans de se conformer à la législation environnementale du Québec et de déposer une étude d’impact pour Énergie Est. Il a fallu le dépôt d’une demande d’injonction pour que l’entreprise accepte de le faire, au printemps 2016. Toutefois, cette étude n’est toujours pas complétée.

 

Cette étude d’impact devrait, si le projet est maintenu, mener à une étude sous l’égide du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. Mais d’ores et déjà, plusieurs municipalités du Québec s’opposent au projet, notamment en raison des risques pour la protection de l’eau potable en cas de déversement.

 

Selon le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin, le projet Énergie Est ne pourrait jamais être construit au Québec, en raison de l’opposition des citoyens. « TransCanada craint une évaluation des émissions de gaz à effet de serre, qui, si elle est bien faite, conclurait que ce projet est totalement incompatible avec l’Accord de Paris et nos engagements climatiques », a-t-il souligné jeudi.

 

L’Office national de l’énergie a indiqué vendredi matin avoir reçu la demande de suspension de TransCanada, mais sans préciser s’il répondra positivement à la requête de la pétrolière. « Le comité d’audience pour les projets Énergie Est et du Réseau principal Est examinera la lettre de TransCanada et rendra une décision qui sera partagée avec le public. La décision sera rendue en temps opportun », a simplement indiqué l’ONE, dans une brève déclaration.


13 commentaires
  • Pierre Lalongé - Abonné 7 septembre 2017 21 h 59

    Super bonne nouvelle!!!

    La protection de notre eau potable aura eu raison face au pétrole des sables bitumineux.
    Ça termine bien ma journée.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 8 septembre 2017 06 h 20

      Et ça commence bien la mienne !

    • Gilles Théberge - Abonné 8 septembre 2017 09 h 17

      Attention monsieur Lalongé, un train pourrait en cacher un autre...

    • Julien Thériault - Abonné 8 septembre 2017 09 h 32

      Super bonne nouvelle ou feinte stratégique ?

    • Pierre Robineault - Abonné 8 septembre 2017 09 h 57

      Comment ne pas être d'accord avec vous?
      Néanmoins il serait de mise de nous méfier de notre propre naïveté et de ménager notre enthousiasme pour l'affirmation d'une confirmation officielle et finale de l'abondon de ce projet.
      Peut-être aussi un peu de condoléances pour les Heurtel, Arcand et autre Couillard.

  • Marc Brullemans - Abonné 7 septembre 2017 23 h 37

    Attention, il faut lire la lettre... AVANT DE SE RÉJOUIR

    Il faut comprendre que l'ONÉ exigeait plusieurs documents du promoteur TransCanada et la lettre n'indique en fait que la pipelinière exige un délai pour répondre, sans vraiment plus.

    "Le 23 août 2017, l'Office national de l'énergie (l’«Office») a publié la liste finale des enjeux et les facteurs de l’évaluation environnementale («EA») à prendre en considération lors de l’examen des Projets (la «Décision»). En outre, le 1er septembre 2017, l’Office a demandé aux demandeurs de déposer des mises à
    jour des Projets et des tableaux de concordance d'ici le 15 septembre 2017. Les demandeurs examinent la Décision et ses conséquences pour les Projets ainsi que les mises à jour disponibles qui pourraient être déposées. Par la présente, les demandeurs requièrent trente jours pour examiner la Décision, les conséquences qui en découlent pour les Projets et les demandes respectives d’autorisations des Projets. L’Office est respectueusement prié de ne pas entreprendre aucun autre processus d’examen des Projets pendant la période de trente jours. Pendant cette période de trente jours, les demandeurs concentreront leur examen sur la Décision et ses conséquences. Ainsi, nous demandons que la date limite pour le dépôt des mises à jour soit prolongée, audelà de cette période de 30 jours, c’est-à-dire, jusqu'au 27 octobre 2017.
    Veuillez agréer, Madame Young, l’expression de nos meilleurs sentiments.
    Oléoduc Énergie Est Ltée et TransCanada PipeLines Limited

    • Pierre Lalongé - Abonné 8 septembre 2017 13 h 58

      Oups! Je m'étais un peu emporté.
      Merci M. Brullemans pour votre éclairage.
      Faut pas lâcher le combat.

  • Jacques Lapointe - Abonné 8 septembre 2017 00 h 10

    Merci Trans-Canada

    Quelle bonne nouvelle ce soir
    Trans-Canada demande la suspension de l’étude D’Énergies Est. Pour 6 mois et peut-être pour de bon. A $ 50 le baril, ce n’est pas rentable. Plusieurs ont désinvesties dans les sables bitumineux
    La mauvaise nouvelle, Avec les ouragent qui sont plus dévastateurs, les climat-septiques, plusieurs, surtout s’ils perdent leurs biens, vont surement réfléchir
    Et les $ 13.7 milliards investies, par la CDPQ dans les pétrolières, ne risquent-ils pas de prendre une débarque. Et voilà nos milliards pour nos fonds de pension qui s’envolent.
    Et les responsables de ces dégâts eux autres, ils vont prendre leur retraite, avec de généreux montants. Espérons que le peuple va se réveiller

    • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 8 septembre 2017 10 h 19

      La CDPQ ne doit pas s'acharner dans le pétrolier et le gazier. Il lui suffit de vendre à rabais les actions en sa possession. Il se pourrait qu'elle fasse alors seulemenbt un peu moins d'argent que prévu. Au pire, elle encaissera des pertes légères. C'est le prix à payer pour s'être faite séduire par les lobbyistes au service de compagnies pétrolières avaleuses de subventions et ignorant les droits des collectivités, en particulier de ceux des nations autochtones.

  • Yvon Bureau - Abonné 8 septembre 2017 08 h 29

    De quoi nous réjouir !

    C'est un grand pas pour notre hEAUmanité!

    Soyons vigilants. Ce projet doit passer par l'aquamation!

  • Brigitte Garneau - Abonnée 8 septembre 2017 15 h 47

    Ne nous réjouissons pas trop tôt!

    TransCanada pourrait bien exiger, comme pour Gemmex avec Ristigouche, de les dédommager pour les profits qu'ils ne pourront pas faire si le projet ne se réalise pas.

    • Yvon Bureau - Abonné 8 septembre 2017 20 h 54

      Pas grave. Nous payerons. L'eau n'a pas de prix!