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    Idées

    Un système d’éducation qui fait mal aux arts

    11 mai 2017 | Catherine Ayotte, Martine Bolduc, Harmonie Fortin-Léveillé, Manon Gagné, Catherine Gartshore, Dominique Lachance, MariÈve Lauzon, Amélie Martel, Dominic Papin, Cédric Patterson, Isabelle Veilleux - Enseignants spécialistes d’une ou l’autre des quatre disciplines artistiques, provenant de plusieurs commissions scolaires du Québec | Éducation
    Les enfants sont ballottés d’art en art, de prof en prof, parfois avec des spécialistes ou des titulaires de classe.
    Photo: iStock Les enfants sont ballottés d’art en art, de prof en prof, parfois avec des spécialistes ou des titulaires de classe.

    Alors que l’OCDE reconnaît la créativité comme l’une des compétences à développer pour faire face aux enjeux complexes du XXIe siècle, il est surprenant de constater que la pratique des arts à l’école ne cesse d’être malmenée.

     

    Les arts font partie des cinq domaines du Programme de formation de l’école québécoise (PFEQ). Selon la Loi sur l’instruction publique, toutes les écoles publiques et privées du Québec doivent enseigner le PFEQ. Le temps d’enseignement alloué pour chacune de ces matières est déterminé par le Régime pédagogique. C’est principalement à cette adresse que loge un éventail de possibilités légales qui conduisent parfois à une dérive qui vient affecter la qualité de l’enseignement artistique. Alors qu’en toute légalité, on aménage les horaires pour faire bouger encore plus les élèves, on puise allégrement dans le temps et les ressources consacrées à l’éducation artistique. Ce que les élèves acquièrent en santé physique, ils le perdent en bagage artistique et culturel. Ce choix cornélien ne devrait pas être lorsqu’il est question du développement global de l’élève, car il faut viser un équilibre.

     

    Au primaire, on prévoit à « titre indicatif » deux blocs de temps. Un bloc de « temps réparti » (que personne n’ose toucher) pour le français, les mathématiques et l’éducation physique. Un deuxième bloc de temps « non réparti », qui comprend le cours Éthique et culture religieuse, l’enseignement des quatre arts et l’anglais langue seconde. Pour les élèves de la 3e à la 6e année, s’ajoutent aussi à ce bloc les cours d’univers social et de science et technologie. Là où le bât blesse, c’est qu’en plus de catégoriser les matières par blocs, le Régime pédagogique demande aux établissements de choisir deux disciplines artistiques parmi les quatre, sans donner de règles précises. Ce choix laissé aux équipes-écoles revient chaque printemps. La voix du spécialiste, qui est le seul de sa matière dans l’école, ne fait pas le poids dans un vote démocratique.

     

    Des élèves analphabètes artistiques

     

    En plus de ne pas être dans le bloc de temps réparti, les quatre disciplines artistiques se retrouvent en perpétuelle compétition. De leur côté, les enfants sont ballottés d’art en art, de prof en prof, parfois avec des spécialistes ou des titulaires de classe. Résultat, il arrive que les élèves n’atteignent pas le niveau ciblé par la Progression des apprentissages. Ils arrivent au secondaire comme des analphabètes artistiques, avec un bagage tellement mince que les enseignants doivent souvent repartir à zéro avec leurs groupes.

     

    Les Québécois sont friands de concerts, d’arts visuels, de théâtre et de danse. Ils font aveuglément confiance au système pour ce qui est de l’enseignement de ces matières à l’école, mais aussi surprenant que cela puisse paraître, personne ne s’est insurgé lorsque les cours d’art du régulier au secondaire sont passés de 100 heures à 50 heures au deuxième cycle. La réussite est tellement axée sur les cours de français et de mathématique qu’on a fait peu de cas des coupes en art, malgré les nombreuses recherches qui prouvent qu’un enseignement des arts de qualité a un impact très positif sur les résultats scolaires.

     

    Faire une vraie place aux arts

     

    Une autre manifestation flagrante du peu de respect que le système d’éducation accorde à la place des arts réside dans le fait qu’aucun local d’art n’est créé sur la planche à dessin au moment de concevoir un agrandissement ou une nouvelle école. Alors qu’il serait impensable d’imaginer des cours d’éducation physique sans gymnase, la situation des disciplines artistiques est désastreuse. Les cours d’art sont trop souvent donnés dans des locaux partagés, à travers des fours à micro-ondes, des bibliothèques et des photocopieurs. Pire encore, certains spécialistes en art n’ont pas d’autres choix que de se déplacer de classe en classe, avec tout leur matériel sur un chariot, et doivent repartir sans laisser de traces.

     

    Étant des témoins privilégiés de ce qui se passe dans nos écoles, nous sommes inquiets. À la veille du dépôt de la nouvelle Politique sur la réussite éducative, nous demandons au gouvernement de bien réfléchir. Réussir, est-ce seulement avoir de bonnes notes en français et en mathématiques ? Le rôle des cours d’art n’est pas de mener une infime portion d’élèves de talent vers des carrières artistiques. Les enfants de demain devront être forts, leur compréhension du monde et les décisions qu’ils prendront dépendront de leurs capacités à s’ouvrir aux autres et à lire l’actualité selon les repères culturels qu’ils auront acquis.

     

    Monsieur le Ministre, nous demandons que tous les cours, dont les quatre arts, s’inscrivent au temps réparti du Régime pédagogique et qu’ils soient offerts dans des lieux adéquats et par du personnel qualifié. Aidez-nous à réellement faire réussir nos élèves au-delà des résultats scolaires.













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