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    Chantier près des mosquées: aucune clause ne demandait d'exclure les femmes

    La CCQ poursuit son enquête

    Les dirigeants des mosquées qui ont fait l’objet du reportage de TVA menacent de poursuivre le diffuseur et tous ceux qui pourraient avoir nui à leur réputation.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les dirigeants des mosquées qui ont fait l’objet du reportage de TVA menacent de poursuivre le diffuseur et tous ceux qui pourraient avoir nui à leur réputation.

    Aucune clause au contrat n’a demandé à exclure les femmes du chantier de construction près de deux mosquées de Côte-des-Neiges, a conclu la Commission de la construction du Québec (CCQ). « On a commencé notre analyse et on n’a pas trouvé de clause qui traite des femmes sur le chantier », a affirmé Simon-Pierre Pouliot, directeur des communications de la CCQ. La Commission poursuit toutefois son enquête pour savoir si des ordres ont effectivement été donnés de manière verbale « à certaines femmes de ne pas travailler à certains endroits », indique-t-il.

     

    Un reportage de TVA Nouvelles avait avancé que des dirigeants des lieux de culte Ahl-ill Bait et Baitul-Mukarram avaient fait des pressions pour que les femmes soient écartées du chantier, indiquant que l’entrepreneur « pourrait en faire la preuve ». Les réactions d’indignation avaient aussitôt fusé de toutes parts, notamment des agitateurs de la droite nationaliste. Des messages de haine et des menaces de mort invitant à « brûler le centre » ont abondé sur Internet à l’endroit de la mosquée Ahl-ill Bait.

     

    Les dirigeants de la mosquée ont toujours fermement nié avoir fait une telle demande verbalement ou par écrit. Le seul contrat signé par les dirigeants de la mosquée est un contrat de servitude, puisque les travaux de la ville devaient toucher le terrain du lieu de culte, a dit leur avocat, William Korbatly. « Il y a eu des échanges pour discuter d’un possible accès au stationnement pendant la prière du vendredi, c’était dans ce sens-là », a-t-il précisé.

     

    Dénégations

     

    Le président de la Commission des services électriques de Montréal (CSEM), Serge Boileau, confirme également que ni son organisation ni l’entrepreneur qui a réalisé les travaux, G-Tek, n’ont reçu de demande pour écarter ou retirer des femmes du chantier. « Non. Aucune demande n’a été adressée en ce sens par la mosquée ou par les dirigeants de la mosquée », a-t-il dit. Il se dit d’autant plus étonné que la personne chargée de la surveillance du chantier est une femme. « Elle est là depuis le début et n’a jamais eu la moindre demande de quoi que ce soit. Elle a été aussi surprise que nous d’apprendre ça dans le reportage. Pour nous, c’est complètement incroyable. D’autant plus que le reportage disait que c’était écrit noir sur blanc. On ne comprend pas, a-t-il ajouté. De toute façon, pour toute demande en ce sens-là, la réponse aurait été non, car c’est complètement discriminatoire. »

     

    Il y aurait toutefois une clause dans le contrat signé entre la Ville et l’entrepreneur concernant le bruit le vendredi, jour important de prière pour les fidèles. Mais ce genre de clause est toutefois « normal », selon Simon-Pierre Pouliot, qui donne l’exemple des travaux menés à proximité de Centres de la petite enfance.

     

    Selon la Centrale des syndicats démocratiques, des travailleurs auraient rapporté qu’il y aurait eu une demande pour qu’il n’y ait pas de travaux pendant la prière du vendredi ni de femmes sur le chantier à cette heure-là. « De qui vient la demande ? On ne le sait pas », a dit le président Daniel Laterreur. Le vice-président de la mosquée, Moayed Altalibi, a indiqué au Devoir qu’il avait eu des informations contraires et qu’un travailleur de la compagnie G-Tek lui aurait plutôt avoué que tout était faux. La CCQ entend faire la lumière sur cette affaire jeudi, après avoir entendu une dizaine de témoins.

     

    Inquiétudes, mais prudence

     

    L’affaire a eu rapidement des échos jusqu’à l’Assemblée nationale. Le premier ministre, Philippe Couillard, et la ministre du Travail, Dominique Vien, se sont dits préoccupés, mais ont appelé à la prudence. « On va aller vérifier les allégations, ce qui s’est passé exactement, s’il s’est passé quelque chose, et par la suite on avisera », a déclaré Mme Vien, rappelant que « l’égalité entre les hommes et les femmes au Québec, c’est fondamental ». Au sujet de l’appel à une manifestation vendredi, elle a répondu : « Restons calmes, on va aller vérifier les faits. »

     

    Porte-parole de l’opposition en matière de condition féminine, la députée Catherine Fournier avait quant à elle réagi dans le reportage de TVA, déclarant qu’il était « inacceptable que la religion serve de prétexte pour violer l’égalité entre les hommes et les femmes ».

     

    Me Korbatly envisage de déposer des plaintes et des poursuites non seulement envers TVA et les entrepreneurs, mais également envers les députés qui ont fait des commentaires sans vérifier les faits. Selon lui, même si la situation est en train d’être éclaircie, « le mal est déjà fait ». « Comment vous allez annuler une fausse nouvelle ? Il faudrait retourner en arrière dans le temps. On approche des événements de janvier. On se demande vraiment c’est quoi, ça. »

     

    Le Groupe TVA a défendu le reportage de sa journaliste. « L’histoire est fondée. Il y a bel et bien une entente verbale qui existe. Plusieurs sources, dont des membres du personnel, l’ont confirmé », a indiqué le service des communications.













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