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    Les demandeurs d’asile en neuf questions

    Que faut-il savoir pour comprendre l’arrivée massive de réfugiés à nos frontières?

    Une jeune famille de réfugiés s’apprêtait vendredi à traverser la frontière canadienne à la hauteur de Champlain, dans l’État de New York.
    Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Une jeune famille de réfugiés s’apprêtait vendredi à traverser la frontière canadienne à la hauteur de Champlain, dans l’État de New York.

    Le nombre quotidien de demandeurs d’asile qui arrivent au Québec a triplé dans les deux dernières semaines. L’accélération de la cadence d’arrivée a obligé les autorités à mettre sur pied des centres d’hébergement temporaires supplémentaires, dont 1050 places au Stade olympique. Explicatif 101 pour décrypter la situation et la mettre en perspective.


    Est-ce un phénomène nouveau ?

     

    Le nombre de demandeurs d’asile fluctue d’une année à l’autre, tout comme le nombre de réfugiés réinstallés depuis l’étranger et d’immigrants reçus par le Canada. L’année 2001 a marqué un sommet alors que le pays avait reçu 44 640 demandes d’asile.

     

    C’est donc plutôt lorsqu’on compare la situation actuelle à celle de 2013 (10 372 demandes) ou 2014 (13 450 demandes) qu’une hausse se dessine.

     

    Au Québec, les demandes d’asile pour 2017 ne devraient pas dépasser celles de 2008, soit 13 625, selon la ministre de l’Immigration Kathleen Weil.

     

    Pourquoi en parler, alors ?

     

    Entre janvier et fin juin 2017, 6505 demandes d’asile ont été déposées au total, dont 3350 par des personnes interceptées par la Gendarmerie royale du Canada. Depuis le début juillet jusqu’à jeudi, 3200 personnes supplémentaires auraient entamé ce processus, si l’on calcule selon les moyennes avancées par la ministre Weil.

     

    C’est le fait que plusieurs personnes franchissent la frontière par une voie irrégulière et soient interceptées par la GRC qui « frappe l’imaginaire », selon Stephan Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI).

     

    Pourquoi traverser de manière irrégulière ?

     

    « La source du désordre à la frontière est l’Entente sur les tiers pays sûrs », poursuit M. Reichhold. Cette entente entrée en vigueur en 2004 prévoit que les réfugiés doivent présenter une demande dans le premier des deux pays où ils se trouvent. Un individu se présentant à un poste frontalier régulier en provenance des États-Unis pour revendiquer la protection du Canada sera immédiatement refoulé.

     

    Or, cette entente ne s’applique pas à ceux qui traversent la frontière de manière irrégulière, d’où l’affluence sur le chemin Roxham depuis la fin 2016.

     

    Devrait-on suspendre cette entente ?

     

    Une contestation judiciaire de l’entente a été lancée le 5 juillet dernier et 200 professeurs de droit du pays abondent dans le sens d’une suspension.

     

    « On voit l’incohérence de cette entente. Si les demandeurs d’asile viennent, autant qu’ils se présentent à un poste-frontière », croit M. Reichhold. En outre, le système américain de protection des réfugiés « n’est plus le même qu’à l’époque où l’entente a été signée, signale-t-il également, mais le fédéral y tient mordicus ».

     

    Le gouvernement Trudeau a en effet réitéré sa confiance dans le système actuel. Le ministre fédéral de l’Immigration, Ahmed Hussen, a voulu envoyer un message d’intégrité des frontières canadiennes vendredi. Lors d’une entrevue sur les ondes de CBC, il a affirmé : « Si leur demande d’asile est crédible, ils restent. Sinon, ils sont expulsés. C’est la loi. »

     

    Pourquoi venir au Canada ?

     

    Pour les facteurs d’attraction. « Le Canada est probablement le pays qui a le système de processus de refuge le plus cohérent et respectueux quand on le compare avec d’autres pays », note d’une part le directeur de la TCRI.

     

    Pour les facteurs de répulsion. Pour ce qui est des Haïtiens, le président américain, Donald Trump, menace de retirer leur statut de protection temporaire à 58 000 d’entre eux arrivés aux États-Unis depuis 2010. M. Reichhold note également que les ressortissants étrangers ne peuvent plus déposer de demande d’asile aux États-Unis lorsqu’ils sont sur place depuis plus de 12 mois.

     

    Avons-nous la capacité d’accueillir ces personnes?

     

    L’augmentation du nombre d’arrivées ne signifie pas pour autant que l’on se trouve devant une « crise » migratoire. En 2016, le Canada a accepté 55 800 réfugiés sur son territoire, y compris les réfugiés syriens. Ce nombre correspond à une proportion de 0,15 % de sa population. Au plus fort de la « crise migratoire » en Europe, les réfugiés arrivés en 2015 en Allemagne ont constitué près de 1 % de sa population.

     

    La majorité des réfugiés dans le monde se trouvent en fait dans les pays limitrophes des zones de conflit. Dans le cas syrien, par exemple, la Turquie accueille près de 3 millions de réfugiés, c’est-à-dire plus de 100 fois le nombre de Syriens arrivés en grande pompe en 2016 au Canada.

     

    Qu’est-ce qui se passe une fois la frontière franchie ?

     

    Que l’on soit intercepté par la GRC sur une voie irrégulière ou que l’on demande l’asile à un poste-frontière, l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) doit juger si la demande est recevable ou non. Cette opération s’effectuait auparavant directement à la frontière.

     

    Devant l’afflux actuel, les demandeurs se font plutôt assigner un rendez-vous ultérieur, dans un délai de quatre semaines actuellement, précise M. Reichhold.

     

    C’est durant cette période d’attente que les demandeurs sans famille, ni amis, ni argent pour se loger se retrouvent dans des centres d’hébergement temporaires. D’où l’appel de Philippe Couillard à Justin Trudeau de presser le pas pour le traitement.

     

    Quelle est la prochaine étape ?

     

    Jugé recevable, le dossier est transféré à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR), où la personne doit déposer ses papiers et preuves. C’est ici que le triage instauré par les deux ministères cette semaine entre en jeu : jusqu’à 50 % des demandeurs se destineraient plutôt à l’Ontario, selon les calculs de la TCRI.

     

    Le demandeur attend ensuite d’être reçu en audience devant la CISR. À cette étape également, « il y a un embouteillage », nomme M. Reichhold ; les délais vont jusqu’à 12 mois. L’examen des demandes relève « vraiment du cas par cas ». Difficile donc de savoir à ce stade quelle proportion des demandeurs sera autorisée à rester. À titre indicatif, Stephan Reichhold cite le taux d’acceptation de 52,6 % pour les Haïtiens en 2016.

     

    Quel statut un demandeur d’asile peut-il alors obtenir ?

     

    Le demandeur d’asile cherche à obtenir la protection du Canada au même titre qu’un réfugié qui dépose son dossier depuis l’extérieur du pays. Si la demande est approuvée, la personne obtient le droit de rester et de présenter une demande de résidence permanente.

     

    Dans le cas contraire, le demandeur peut faire appel de la décision ou quitter le territoire avant la date indiquée par la CISR.


    Des manières de contribuer Le logement et les meubles figurent en tête de liste des besoins anticipés pour ces nouveaux arrivants. Plusieurs organismes d’accueil n’ont cependant pas le personnel et l’espace nécessaires pour gérer les dons de biens.

    L’on suggère donc de se connecter directement avec des individus et des familles à travers des groupes Facebook tels que « YMCA refugee claimant donations » ou « Coopération Rosemont : Ensemble avec les familles réfugiées ». La Maison d’Haïti reçoit également les dons en argent sur son site Web.

    Quant aux propriétaires d’immeubles, ceux qui disposent de logements disponibles peuvent notamment s’inscrire dans la banque de logements du Regroupement du Montréal ethnique pour le logement (ROMEL). « C’est sûr que le logement sera le plus grand enjeu, surtout ceux de grande taille pour les familles », a réitéré Zahia El-Masri du ROMEL.












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