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    Pointe-Saint-Charles

    Bâtiment 7, la fierté d’un quartier militant

    L'édifice industriel désaffecté connaîtra une nouvelle vie, au profit des citoyens

    Judith Cayer, chargée de projet, pose devant le Bâtiment 7.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Judith Cayer, chargée de projet, pose devant le Bâtiment 7.

    C’est un peu David contre Goliath : la victoire improbable d’un groupe de citoyens qui a réussi à s’approprier un vieux bâtiment industriel de Pointe-Saint-Charles — le quartier champion de la résistance citoyenne — pour le rendre à la communauté.

     

    Ce projet hors de l’ordinaire est en train de prendre forme à l’angle des rues Le Ber et de la Congrégation, dans ce coin un peu désert situé à la limite est de Pointe-Saint-Charles. Le Bâtiment 7, construit par le CN entre les années 1924 et 1946, subit une importante cure de rajeunissement. Les travaux viennent de commencer. Le gouvernement du Québec, la Ville de Montréal et l’arrondissement du Sud-Ouest doivent annoncer au cours des prochains jours qu’ils investiront un total de 1,7 million de dollars dans le projet, a appris Le Devoir.

     

    Cet édifice de briques brunes de 89 316 pieds carrés est voué à devenir un lieu rassembleur dans le quartier. Le Bâtiment 7 doit accueillir un café, une microbrasserie, une coopérative d’alimentation, des ateliers d’artistes, une quincaillerie, des jardins communautaires et un atelier de mécanique de vélo. Dans les phases suivantes, les responsables du projet se mobilisent pour accueillir une maison de naissance, un centre de la petite enfance, une entreprise de transformation alimentaire et des espaces pour travailleurs autonomes.

     

    Pour les citoyens qui se battent depuis une douzaine d’années pour le développement harmonieux de ce secteur, c’est une victoire totale. Un soulagement. « Pendant des années, personne n’y croyait, mais on a gagné notre pari », dit en soupirant Judith Cayer, qui porte à bout de bras le projet du Bâtiment 7 depuis le début.

     

    « On a fait reculer Loto-Québec, qui voulait déménager le casino ici en 2005, puis on a réussi à obtenir le Bâtiment 7 pour le redonner aux gens du quartier », ajoute-t-elle.

     

    Une histoire de solidarité

     

    Le Groupe Mach, le promoteur immobilier qui possède l’édifice — et l’immense terrain qui appartenait au CN —, s’apprête à céder gratuitement le Bâtiment 7 au milieu communautaire, en plus de faire un don d’un million de dollars et de décontaminer le terrain à ses frais. Les citoyens ont dû livrer une longue bataille pour obtenir le bâtiment.

     

    Judith Cayer est émue en nous faisant visiter le chantier, en cette journée ensoleillée de printemps. Tout est à refaire, à l’intérieur comme à l’extérieur : portes, fenêtres, maçonnerie, électricité, plomberie, chauffage, ventilation, peinture, ascenseur…

     

    « Il n’y a qu’à Pointe-Saint-Charles qu’un projet comme celui-là peut réussir. Le quartier a une histoire de solidarité, de militantisme. Aujourd’hui, c’est une histoire qui se réactualise », dit Judith Cayer. Les premières coopératives d’habitation et la première clinique de santé communautaire du Québec ont vu le jour à Pointe-Saint-Charles. Plus du quart des appartements du quartier sont des logements sociaux. Bref, Pointe-Saint-Charles milite, revendique, se mobilise.

     

    « Quand on met nos forces ensemble, on peut réussir. Il faut s’approprier notre territoire. On a une vision de développement économique. Les gens se prennent en main, créent leurs emplois, deviennent autonomes », dit Judith Cayer.

     

    « On a besoin d’un projet comme le Bâtiment 7 : ce secteur est un désert alimentaire et culturel. »

     

    Une voisine, Christine Blais, passe par là par hasard. Elle vient jaser. Cette enseignante retraitée a participé à la mobilisation en faveur du Bâtiment 7. « C’est une maudite bonne idée. Ça va mettre de la vie dans le quartier », dit-elle.

     

    854 logements à venir

     

    Le maire de l’arrondissement, Benoit Dorais, est d’accord. « C’est vraiment une victoire de la mobilisation citoyenne, mais aussi de la mobilisation politique,dit-il. À Pointe-Saint-Charles, les gens sont revendicateurs, mais ils sont aussi structurés, ils proposent des solutions. »

     

    Tout le secteur, témoin du passé industriel de Montréal, subit une vaste transformation. Le terrain de 34 hectares (l’équivalent de 62 terrains de football américain) appartenait au CN au siècle dernier. Le Groupe Mach a acquis ces terres pour 1 $ en 2005 avec l’intention de développer des entreprises et de construire des logements. Les élus et les citoyens se sont mobilisés pour forcer l’aménagement de parcs et de logements sociaux, notamment.

     

    Aujourd’hui, 95 % du complexe industriel Les Cours Pointe-Saint-Charles est occupé par des industries légères et des locaux pour bureaux. Le projet a permis de créer près de 300 emplois dans le quartier, indique Cédric Constantin, chargé de projet chez Groupe Mach.

     

    « Pour la portion résidentielle, située dans le prolongement des rues Sainte-Madeleine, Bourgeoys et Charron, nous prolongerons les rues, livrerons des terrains à la Ville pour aménager des parcs, et nous allons construire un mur acoustique entre le projet et les terrains de Via Rail », précise M. Constantin.

     

    Le plan de développement du quartier prévoit la construction de 854 unités résidentielles, dont 210 logements sociaux. Le Groupe Mach cherche à obtenir les permis pour construire les premiers logements au printemps 2018.













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