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    Pour la première fois, il y a plus d'élues que d'élus à Montréal

    Lundi matin, la nouvelle mairesse de Montréal, Valérie Plante, était dans la rue pour remercier les électeurs.
    Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Lundi matin, la nouvelle mairesse de Montréal, Valérie Plante, était dans la rue pour remercier les électeurs.

    Il était déjà sérieusement craquelé, mais ce n’est qu’hier que le plafond de verre de Montréal a fini par céder : pour la première fois de son histoire, la métropole compte plus de femmes que d’hommes parmi ses élus.

     

    En comptant l’élection de la première mairesse en 375 ans d’histoire, 53 femmes sur 103 ont été élues à la ville de Montréal, alors qu’elles étaient 45 tout juste avant le déclenchement des élections. Elles sont également plus nombreuses qu’avant à être mairesses d’arrondissement — 8 arrondissements sur 19, incluant celui de Valérie Plante, qui est de facto mairesse de Ville-Marie, contre 5 auparavant. Même que la mairie de Lachine, dirigée par Maja Vodanovic de Projet Montréal, est presque exclusivement féminine car un seul homme y siègera.

     

    « C’est fou, hein ? » s’est exclamée Danie Deschênes, élue mairesse de Notre-Dame-de-l’Île-Perrot par acclamation. « Je suis impressionnée par la décision des Montréalais. C’est un changement très important pour la métropole et pour nous aussi. Ça va avoir un impact sur toutes les municipalités de la communauté métropolitaine. »

     

    Le Conseil du statut de la femme a pour sa part parlé d’un « vent de renouveau » et le Groupe Femmes, politique et démocratie s’est aussi réjoui des résultats de cette élection 2017. « Valérie Plante l’a bien dit, il a fallu attendre 375 ans avant d’avoir une mairesse à Montréal. Ça n’a pas de bon sens d’avoir attendu aussi longtemps pour se rendre là. C’est très parlant », a dit la directrice générale du groupe, Esther Lapointe. « C’est aussi historique que l’élection de Pauline Marois. »

     

    Bien que les chiffres finaux du ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (MAMOT) ne soient pas encore disponibles, la tendance semble vouloir se confirmer dans tout le Québec. Les femmes ont non seulement été plébiscitées en grand nombre, mais elles ont réalisé des percées historiques.

     

    À Percé, Cathy Poirier, a remporté la mairie haut la main avec 67 % des voix contre quatre hommes. Idem pour Josée Néron qui a triomphé de ses trois adversaires masculins à Saguenay, l’une des dix plus grandes villes du Québec. Seule candidate dans une lutte à cinq pour la mairie de Rouyn-Noranda, Diane Dallaire est devenue la première femme à diriger cette ville abitibienne. « On peut se réjouir de ce qui est en train de se passer avec les femmes. En tout cas à Rouyn-Noranda, en 90 ans, il n’y avait jamais eu de femme à la mairie ! »

     

    À Brossard, seule femme parmi les aspirants à la mairie, Doreen Assaad est devenue la deuxième mairesse de l’histoire de cette municipalité où les femmes ont été largement sous-représentées au cours des 30 dernières années. « Non seulement j’ai été élue mairesse, mais on a un conseil à parité, une première dans l’histoire de notre ville », dit-elle. « Je n’arrête pas de recevoir des messages de jeunes femmes qui se disent inspirées d’en voir d’autres, comme moi, en politique. »

     

    Inspirante Valérie Plante

     

    Pour la professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa Anne Mévellec, la victoire de Valérie Plante est un symbole particulièrement fort, dans un contexte où le monde municipal, et sa couverture médiatique, est dominé essentiellement par les deux grandes villes que sont Montréal et Québec. « Avoir une femme à la tête de l’une de ces deux villes-là, c’est majeur », a-t-elle souligné. Valérie Plante devient de surcroît l’unique femme à diriger une grande ville au Canada, voire en Amérique du Nord, ajoute-t-elle. « En politique, on a besoin de modèles de femmes, tout comme pour d’autres, notamment les minorités visibles. »

     

    Elle cite en exemple Colette Roy-Laroche, mairesse de Lac-Mégantic qui a incarné la force et la résilience en dirigeant une ville accablée par une tragédie, et Francine Ruest-Jutras, ex-mairesse de Drummondville qui avait présidé l’Union des municipalités du Québec de 2002 à 2004. « Ça confirme que ce n’est pas un monde d’hommes », soutient celle qui a coécrit Genre et professionnalisation de la politique municipale.

     

    L’implication des femmes en politique municipale tend en effet à progresser. En 2005, 24 % des candidats à la mairie ou aux postes de conseillers étaient des femmes, contre 31 % aux élections cette année.

     

    Encore beaucoup à faire

     

    Mais pour la directrice de Femmes, politique et démocratie, c’est une très « lente progression ». En 2013, les candidatures féminines aux postes de mairesses et de conseillères avaient effectivement très légèrement augmenté par rapport à 2009, soit de 1,0 et de 2,3 points de pourcentage respectivement. L’augmentation du nombre de femmes dans la course pour cette année 2017 a été presque aussi modeste, soit de 2,2 et de 2,6 points de pourcentage par rapport au scrutin de 2013. « En tout, c’est environ 4000 femmes qui se sont présentées, mais si on veut atteindre la parité, ça va prendre pas mal plus de candidates », a insisté Esther Lapointe, qui plaide pour une loi obligeant les partis à présenter des femmes.

     

    Il y a encore beaucoup à faire, particulièrement en politique municipale, où les femmes sont moins nombreuses qu’aux deux autres ordres de gouvernement, d’après les recherches de Manon Tremblay, de l’Université d’Ottawa. « Il demeure toujours cette idée que la politique municipale, c’est une question de gestion de voirie et de tuyaux et que ce n’est pas un espace qui intéresse les femmes. Ça peut encore freiner l’accès. »

     

    Le fait qu’il y ait de plus en plus de partis municipaux inciterait toutefois davantage les femmes à se présenter, elles qui seraient plus à l’aise au sein d’une équipe. « Il y a aussi que, et ça ressort dans les études, la population semble trouver que les femmes sont des personnes plus humaines et qu’elles comprennent mieux les problèmes du quotidien », dit la chercheuse.

     

    Quoi qu’il en soit, la mairesse de Notre-Dame-de-l’Île-Perrot dit espérer qu’on aille au-delà des questions de genre. « C’est sûr qu’être une femme en politique, ça peut être emballant pour d’autres femmes, dit Danie Deschênes. Mais je ne pense pas que ça doit être plus important que le rapport de changement qu’apporte la personne. »


    La représentation féminine Montréal compte 103 postes
      2013 2017
    Femmes 45 53
    Hommes 58 50

    Note: en 2013, il y a eu 43 élues, mais deux femmes ont remplacé deux hommes en cours de mandat.













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