Kathleen Weil continuera d'utiliser le «bonjour-hi»

La ministre responsable des Relations avec les Québécois de langue anglaise, Kathleen Weil
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La ministre responsable des Relations avec les Québécois de langue anglaise, Kathleen Weil

La motion invitant tous les commerçants à accueillir leurs clients avec un « bonjour » bien senti, qui a été adoptée il y a une semaine par tous les élus de l’Assemblée nationale, n’y changera rien. À « bonjour-hi », la ministre Kathleen Weil continuera de répondre « bonjour-hi », y voyant « un signe de respect » à l’égard de son interlocuteur.

 

La ministre responsable des Relations avec les Québécois de langue anglaise a avoué mardi que la motion a provoqué la « colère » de la communauté anglophone. « Eux, ils ont de la misère à suivre ce qui se passe à l’Assemblée nationale. Ils pensaient qu’on avait légiféré pour bannir l’anglais. C’était extrême », a-t-elle relaté dans une mêlée de presse.

 

La députée de Notre-Dame-de-Grâce a été presque instantanément submergée d’appels téléphoniques de personnes n’arrivant pas à croire que le Parti libéral du Québec ait appuyé jeudi dernier une motion du Parti québécois écorchant la formule de politesse bilingue « bonjour-hi » —, qui est à la mode notamment dans le centre-ville de Montréal.

 

Le président du Quebec Community Groups Network (QCGN), Jim Shea, a, lui, préféré écrire au premier ministre, Philippe Couillard, et au chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée. Dans une lettre, il exprime la grande surprise des membres du QCGN d’apprendre qu’une telle motion a facilement passé la rampe du Salon bleu. Il attend toujours leur réponse. « Nous avons aussi été très surpris [de connaître l’identité de] ceux et celles qui l’avaient appuyée », ajoute M. Shea dans une entrevue avec Le Devoir. « C’est un peu insultant. »

 

À ses yeux, cette motion constitue un premier faux pas du gouvernement libéral depuis la création du Secrétariat aux relations avec les Québécois d’expression anglaise — qui avait été « très bien reçue » au QCGN. « Les anglophones du Québec, comme moi, on n’est pas toxiques et on veut participer à la vie de la communauté québécoise. Et, on comprend « bonjour ». Mais, je ne crois pas qu’une salutation de deux lettres en anglais soit un irritant pour la langue française », affirme M. Shea, craignant que cette affaire n’égratigne l’image du Québec à l’étranger.

 

À l’instar de Mme Weil, le président du QCGN promet de continuer à saluer ses interlocuteurs au moyen d’un « bonjour-hi ». « On ne souhaite pas pour autant que tout le monde nous parle en anglais », précise-t-il.

 

Une motion sans conséquence

 

De son côté, Mme Weil multiplie les entrevues, principalement dans les médias anglophones, afin de « rassurer les gens » sur la portée de la motion « symbolique ». Celle-ci invite « poliment », « gentiment », « de façon respectueuse » les commerçants à employer l’expression « bonjour », a indiqué l’élue montréalaise. « Il n’y avait que du positif. Mais, ce n’est pas ce qui a été compris par la communauté [anglophone]. Les gens sont bilingues. Ils parlent deux langues. [Montréal] c’est une ville qui est ouverte à la diversité », a-t-elle plaidé.

 

Par ailleurs, la ministre répète sur toutes les tribunes que le gouvernement libéral ne donnera « pas de suite » à la motion, par exemple en contraignant au moyen d’une loi les commerçants à aborder leurs clients dans la langue française. « On ne peut pas empêcher nos gens de s’exprimer. On pourrait dire : “Buenos días. Gracias.” Il n’y a personne qui va dire : “Ben non, on ne peut pas dire cela” », a affirmé Mme Weil.

 

Elle ne manquera pas de saluer les Montréalais qui l’abordent, et dont elle ignore la langue usuelle, par un bon « bonjour-hi ». « Moi, je vois ça comme un signe de respect. La personne se dit : “Peut-être que j’aimerais mieux parler en anglais.” Je réponds “bonjour-hi parce que je retourne le respect, me disant peut-être que cette personne souhaiterait continuer en anglais… ou en français », a conclu l’élue parfaitement bilingue.

41 commentaires
  • Danielle Houle - Abonnée 6 décembre 2017 16 h 28

    Ici c'est français!! On est au Québec.


    Que faites vous du fait que ça irrite les québécois francophones? Vous ne dites jamais rien là dessus. Toujours à la défense des anglophones alors qu'ils ont au moins trois universités ici, des hopitaux anglophones et autres. Qund je vais en Vancouver ou ailleurs au Canada, y'a personne qui me parle français.

    Ça suffit les libéraux, on sait qu'on est en élection et que vous cherchez des votes chez les anglos.

    • Pierre Robineault - Abonné 6 décembre 2017 17 h 47

      Et vlan!
      Étant donné qu'il y a des francophones dans chacune d'elles, la ministre est-elle déterminée à de demander aux autres provinces de s'adresser avec un Hi-Bonjour?

  • Nadia Alexan - Abonnée 6 décembre 2017 16 h 44

    L'accueil avec bonjour est plus charmant!

    Les anglophones doivent comprendre que l'accueil avec un «bonjour» souriant signifie le fait français du seul endroit francophone de l'Amérique du Nord. C'est plus charmant et plus chaleureux que le «Hi» sec.

  • Gilles Théberge - Abonné 6 décembre 2017 17 h 01

    Ah ben ça alors...!

    C’est ben pour dire, la moindre concession fait frémir « nos amis » anglophones.

    Schoking.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 6 décembre 2017 17 h 01

    Quel langue est l'irritant?

    Ce n'est pas l'anglais qui est irritant, c'est le "bilingue".

    Pour nos bons libéraux de service, l'irritant sera bientôt le français.

    • Danielle Houle - Abonnée 7 décembre 2017 09 h 32

      C'est déjà le cas Monsieur!

  • Jacques Tremblay - Abonné 6 décembre 2017 17 h 16

    Politesse à sens unique

    Incroyable!!! Personnellement, je n'ai pas besoin de cette «politesse» à l'anglaise. Je n'ai même pas envie de comprendre ce que le mot «hi» veut dire. Aucun commerçant ne me fera parler cette langue qui était étrangère en 1759 et qui n'a jamais cessé de l'être depuis. Et celui qui s'adressera à moi en anglais me verra immédiatement virer de bord. La plus élémentaire politesse, au Québec, c'est de supposer que la majorité parle le français et qu'en conséquence on s'adresse à elle en français. Et quant à l'Assemblée nationale, si elle adopte des motions pour que chacun puisse ensuite dire que ce n'est pas contraignant, elle ferait mieux de laisser faire plutôt que de perdre son temps. Enfin, madame Weil, il est plus que temps de cesser de répondre au mépris anglophone par des courbettes et des excuses. Actuellement, ce sont les anglos qui s'offusquent qui sont les malotrus.