La Charte des valeurs répond à un «problème urbain»

«Affirmer nos valeurs, c’est une belle chose, et je pense que les Québécois, dans leur vaste majorité, vont trouver que la proposition que nous allons déposer est équilibrée et mesurée», dit Bernard Drainville.
Photo: La Presse canadienne (photo) Archives «Affirmer nos valeurs, c’est une belle chose, et je pense que les Québécois, dans leur vaste majorité, vont trouver que la proposition que nous allons déposer est équilibrée et mesurée», dit Bernard Drainville.

La Charte des valeurs québécoises répond davantage à un « problème urbain » qu’à une préoccupation régionale, estime le ministre délégué aux Régions, Gaétan Lelièvre, qui parle d’une certaine « sensibilité » dans les régions qui n’est en rien comparable à ce que vivent Montréal ou les grands centres. Plusieurs de ses collègues députés abondent dans le même sens, mais affirment néanmoins que tous doivent contribuer au débat.

 

« La priorité des régions est avant tout économique », a soutenu Gaétan Lelièvre, député de Gaspé et ministre délégué aux Régions, mercredi en marge du caucus de l’aile parlementaire du Parti québécois qui se tient à Carleton-sur-Mer, en Gaspésie. Questionné sur la Charte des valeurs québécoises, ce dernier a répondu que « c’est un problème qui est un peu plus urbain, mais il y a quand même une sensibilité dans les régions ».

 

Parmi ces sensibilités, il y a la question de l’éducation, note le député. « L’habillement des professeurs, l’image qui est projetée aux étudiants, les valeurs québécoises, l’aspect patrimonial et historique, ce sont des éléments qui ressortent au niveau des préoccupations en région, mais c’est incomparable aux grands centres. »

 

Si les accommodements raisonnables ne préoccupent pas autant les citoyens des régions que les questions économiques, Gaétan Lelièvre estime néanmoins que c’est un débat qui doit être partagé par tous. « On doit quand même être solidaires d’une problématique qui est nationale et on doit suivre le débat, on doit être présents et transmettre nos préoccupations.»

 

Moins «émotif» dans les régions

 

Son collègue de Bonaventure, Sylain Roy, qui était l’hôte du caucus dans la baie des Chaleurs, croit lui aussi que « c’est un dossier qui est émotif dans certaines régions et moins dans d’autres », précisant que « ce l’est un peu moins » dans son comté. « Moi je n’entends pas parler de crise ici. »

 

Serge Cardin, député de Sherbrooke, soutient qu’il n’y a pas de problème dans son comté, mais rejette l’idée que la Charte ne s’applique qu’à la métropole. « Ça s’applique à l’ensemble du Québec. Moi je n’ai pas de problèmes, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y en a pas ailleurs », a soutenu celui qui a réussi à déloger le premier ministre sortant, Jean Charest, aux élections de septembre dernier.

 

Un message repris par le vice-premier ministre et député d’Abitibi-Ouest, François Gendron. « Montréal fait partie du Québec, c’est une charte pour le Québec. Ce n’est pas parce que le point qu’on souligne aurait une acuité moindre à des endroits […] que ça ne requiert pas de regarder ça. »

 

Questionné sur ce point à l’issue du caucus mercredi soir, la première ministre n’a pas voulu répondre, poursuivant sa route sans autre réponse qu’un petit rire en cascade qui semblait dire : meilleure chance la prochaine fois.

 

Une Charte pour tous les Québécois

 

De son côté, le ministre responsable de la Charte des valeurs québécoises, Bernard Drainville, s’est à nouveau défendu d’avoir une Charte uniquement pour Montréal. « Non, la Charte c’est pour tout le Québec, pour tous les Québécois, il ne faut pas voir ça seulement comme un… », n’allant pas au bout de sa pensée. « Affirmer nos valeurs, c’est une belle chose et je pense que les Québécois, dans leur vaste majorité, vont trouver que la proposition que nous allons déposer est équilibrée et mesurée. »

 

Il estime que les débats sont positifs et se dit encouragé de voir que « les élus, les citoyens [s’approprient] de plus en plus cette question-là », qu’ils s’y intéressent et y réfléchissent.

 

Il affirme par ailleurs voir une « ouverture » dans la position de la CAQ et de son chef, François Legault, qu’il a même félicité pour la « contribution qu’il apporte au débat » qui fera particulièrement chaud au coeur cet automne. « Je les sens ouverts d’esprit, je les sens de très bonne volonté et je pense que ça augure très bien pour les discussions qu’on aura par la suite. »

 

Il refuse toutefois de préciser ses attentes quant au moment où la Charte pourrait être adoptée à l’Assemblée nationale s’il jouit du soutien de la CAQ. « Je ne veux pas commencer à spéculer sur l’allure ou la vitesse avec laquelle on pourra le faire adopter. […] On va faire les choses correctement, dans le respect de tous, on va prendre le temps que ça prendra. »

30 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 29 août 2013 02 h 27

    Je n'en reviens pas...

    ...qu'un élu, un ministre, s'amuse à voir ses compatriotes se déchirer sur une proposition qu'il refuse de préciser. J'ai vécu de nombreuses fois la tactique des ballons politiques, mais celle-là demeurera toujours, je l'espère, le pire exemple...

    • Solange Bolduc - Abonnée 29 août 2013 20 h 08

      Monsieur Jodoin, est-ce qu'on ne pourrait pas attendre que l'Assemblée nationale ouvre sa nouvelle session avant de présuppser quoi que ce soit sur cette Charte !

      Un peu de retenue ne ferait pas de tort !

  • Francois Parent - Inscrit 29 août 2013 07 h 14

    Problème urbain, plus pour longtemps.

    En ce moment c'est un problème urbain mais plus pour longtemps. Dans quelques années ce problème va s'étendre dans toutes les régions du Québec. Il vaut mieux régler la question maintenant. Les libéraux critique le PQ mais lorsqu'il était au pouvoir il laissait régner l'ambiguïté et n'ausait représenter la culture québécoise pour ne pas créer de réaction négative chez les fanatiques religieux qui sont en train de nous demander de s'adapter à eux et non l'inverse, ce n'est pas croyable que l'on laisse cette situation demeurer.

    • Marc G. Tremblay - Inscrit 29 août 2013 08 h 56

      @ M. Parent
      On peut constater, dans vos propos, un sentiment généralisé et croissant de méfiance et de suspicion... On peut donc parler, ici, de paranoïa journalistique, mais dans les faits, qu'en est-t-il vraiment ?

    • Daniel Vézina - Abonné 29 août 2013 09 h 16

      @M. Tremblay
      Parlez un peu avec les Français qui viennent s'établir ici; mis-a-part la situation de l'emploi, pour beaucoup il y a une raison qui est de ne plus se sentir "chez eux"... en France !

      Essayez un de discuter un peu et vous verrez que ce n'est pas de la paranoïa, mais bien que si l'on continue de faire "l'autruche" (lire ic le PLQ, la CAQ, le PLC...), on sera bientôt au prise avec une situation comme eux le vivent maintenant.

    • Franklin Bernard - Inscrit 29 août 2013 10 h 09

      M. Vézina, d'abord vous prêtez aux «Français qui viennent s'établir ici» (nul doute que vous les connaisez tous) le discours véhiculé par l'extrême-droite française, et les ultra-nationalistes de tout acabit à la Marine Le Pen du Front National, qui voudraient, à la limite, c'est, non seulement arrêter toute immigration, particulièrement musulmane, mais aussi foutre dehors ceux qui sont déjà établis mais n'ont pas encore la nationalité française. Ensuite, je ne vois pas le rapport entre le projet de Charte du PQ et l'immigration en tant que telle. Je ne sache pas, jusqu'ici, qu'il prévoie l'arrêt de l'immigration, qui du reste ne relève pas de ses compétences. Votre interprétation est donc complètement oiseuse.

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 29 août 2013 10 h 56

      Oui, c'est vrai qu'il y a un problème. Un gros problème de perception, de surmédiatisation, de relents paysans.

      Le problème n'est pas le fanatisme, simple symptôme, mais la discrimination et le fossé social. Demandez cela aux immigrants en France.

      Le modèle parfait n'existe pas, mais on peut en installer les paradigmes : il n'y a pas de nous et eux mais des citoyens ; toute discrimination à l'emploi doit être combattue, ce qui implique de dompter les ordres professionnels, notamment en génie et en médecin ;
      le port du voile n'est pas un geste politique en lui-même (il peut par contre être instrumentalisé, par des intégrsites ou par des Djemila Benhabib).

      La culture forte est celle qui est capable d'échanges et d'emprunts avec les autres cultures, pas celle qui se détourne et se fige de peur d'être contaminée.

  • Catherine Paquet - Abonnée 29 août 2013 07 h 38

    Et maintenant...

    Maintenant que Mme Marois a décidé de lancer son projet fétiche de Charte des valeurs, on cherche fébrilement quel pourrait bien être le poblème qui justifierait ce projet...

    • Daniel Vézina - Abonné 29 août 2013 08 h 59

      Vous vivez en région n'est-ce pas ?

    • Franklin Bernard - Inscrit 29 août 2013 09 h 58

      M. Paquet, il arrive qu'un projet de loi ne réponde pas nécessairement à un «problème» criant immédiat, mais établisse des balises pour éviter le problème criant futur, dont on pressent qu'il pourrait survenir si on n'y prend pas garde. Voir plus loin que le bout son nez collectif est une des responsabilité majeures d'un gouvernement responsable.

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 29 août 2013 11 h 32

      D'accord en partie avec vous M. Paquet, mais en fait un certain problème existe, du moins est perçu. Il faut se souvenir du feu d'artifices adéquiste.

      Ce que je déplore dans cette stratégie est qu'elle nous balance quelques miettes informes pour voir quel consensus émergera, sans le moindrement se soucier des effets concrets à court terme. Dire qu'il faut interdire le voile sous prétexte que l'égalité homme-femme est une valeur implique que le voile nie cette valeur, ce qui est faux, ou à tout le moins doit être discuté froidement.

      M. Lisée fait un appel au calme après avoir donné un coup de pied dans la fourmillière. Je n'ose demander à mes collègues voilées comment elles se sentent, j'imagine que les regards, déjà méfiants, de certains paysans ont pu gagner en effronterie.

    • Solange Bolduc - Abonnée 29 août 2013 20 h 19

      M. Lamy-Théberge, vous devriez dire à vos collègues voilées qu'il existe des perceptions indéfendables et qu'il n'y a que le dialogue pour les modifier. Ce n'est pas en demeurant chacun sur ses positions (ses peurs ou ses insécurités) que l'on parviendra à régler le problème...

      Et plus que cela, pour se comprendre il faut établir des règles qui vont dans le sens des organismes publiques, mais qui ne devraient pas nous toucher en ce qui concerne la vie privée de chaque individu, soumis ou non soumis. La société leur permet de se défendre s'ils se sentent lésés dans leur droit, et cela s'applique autant aux femmes qu'aux hommes !

      Arrêtez de jouer au Don Quichotte, vous ne réglerez jamais rien avec cette attitude mégalomane !

    • Daniel Bérubé - Abonné 30 août 2013 12 h 46

      @ Daniel Vézina:

      "Vous vivez en région n'est-ce pas ?"

      Décevant de lire un propos semblable; comme si le Q.I. des humains seraient conditionnel à leur endroit de résidence...
      Tant que des pensées semblables seront transmisent par des gens d'ici, il est inutile de chercher la paix et l'harmonie dans la vie de tout les jours...

  • Denis Marseille - Inscrit 29 août 2013 07 h 41

    « Je ne veux pas commencer à spéculer sur l’allure ou la vitesse avec laquelle on pourra le faire adopter. […] On va faire les choses correctement, dans le respect de tous, on va prendre le temps que ça prendra. »

    En d'autres mots, on va étirer ça jusqu'au prochaines élections pour en faire notre cheval de bataille.

  • Sylvain Auclair - Abonné 29 août 2013 08 h 19

    Il n'en tiendrait qu'au maire Gendron...

    qui veut construire une mosquée et un cimetière musulman chez lui.

    En fait, la question des cimetières est réelle. Les cimetières sont gérées dans des associations religieuses, fabriques et autres. Où va-t-on enterré tous ceux qui ne sont plus baptisés, ou pire, des gens comme mes enfants qui sont officiellement juifs (pour les juifs, en tout cas) mais ne pratiquent ni la religion ancestrale de leur mère, ni ma religion ancestrale?