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    Légalisation de la marijuana

    Ottawa pourrait forcer la culture de «superplants»

    14 septembre 2017 | Marie Vastel - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    La variété de marijuana qui n’atteint pas plus d’un mètre de hauteur est aussi celle qui fournit le plus de cocottes.
    Photo: Ron Ward La Presse canadienne La variété de marijuana qui n’atteint pas plus d’un mètre de hauteur est aussi celle qui fournit le plus de cocottes.

    Le gouvernement fédéral s’apprête-t-il à forcer les Canadiens à faire pousser de gros plants de cannabis archiproductifs ? C’est ce qui pourrait bien se produire, de l’avis d’un chercheur scientifique, car la variété de marijuana qui n’atteint pas plus d’un mètre de hauteur — tel que le restreint la loi libérale — est aussi celle qui fournit le plus de cocottes.

     

    Le projet de loi C-45 autoriserait les consommateurs de cannabis à faire pousser quatre plants par résidence, d’une hauteur maximale de 100 centimètres. Or la variété de marijuana de souche sativa est de nature plus effilée et offre une récolte un peu moindre. La souche indica, de son côté, tend à être plus courte et buissonneuse et à fournir davantage de bourgeons. « Paradoxalement, il semble qu’en imposant une limite de 100 centimètres par plante, on se trouve en fait à enchâsser [dans la loi] un type de plante qui produira un plus gros rendement », a fait remarquer le néodémocrate Don Davies au chercheur Jonathan Page. « Je n’y avais pas pensé comme ça, a confié ce dernier au comité parlementaire qui épluche cette semaine le projet de loi. Mais de façon générale, le sativa peut être un peu moins fort que l’indica, plus dense. »

     

    Jonathan Page s’oppose, comme le député Davies, à l’imposition d’une hauteur maximale pour ces plantes qui atteignent en moyenne un mètre et demi à deux mètres, car un citoyen pourrait par exemple, à son avis, se retrouver à enfreindre la loi en revenant de vacances au cours desquelles ses plants auraient dépassé le mètre permis.

     

    M. Page estime en outre que le fédéral devrait permettre la culture d’un plus grand nombre de plantes — jusqu’à dix, propose-t-il — car celles-ci ne sont pas constamment en floraison. Les plants de cannabis mettent en moyenne trois mois à fleurir. Un plus grand nombre de plants permettrait d’alterner les cycles de floraison. « Cela permettrait aux cultivateurs d’avoir la flexibilité de faire pousser leurs plantes pour consommation personnelle sans contrevenir à la loi. »

     

    Les conservateurs craignent que les enfants ne soient pas protégés de ces plantes, que les bambins puissent, par exemple, attraper une branche et la manger. « Si un enfant mangeait un bourgeon brut de cannabis, il consommerait surtout la forme acide qui n’est pas psychoactive. La plante fraîche ne peut pas vous “geler”. Il faut la cuisiner ou la fumer », a précisé M. Page. La Société canadienne de pédiatrie ne s’inquiète pas d’une consommation de cannabis frais par les enfants.

     

    Les médecins pressés

     

    Le gouvernement Trudeau a par ailleurs eu droit à l’appui d’un allié étonnant, au Comité parlementaire de la santé mercredi. L’Association canadienne de la santé publique et la Société canadienne de pédiatrie ont toutes deux martelé qu’il était urgent de légaliser la marijuana car les Canadiens, et surtout les jeunes, en consomment déjà à l’heure actuelle. Autant encadrer leur consommation dès maintenant pour pouvoir en étudier les causes et lancer des campagnes de sensibilisation, a fait valoir le directeur général de l’ACSP, Ian Culbert.

     

    La Dre Christina Grant, de la Société canadienne de pédiatrie, accepte quant à elle un âge légal de consommation de 18 ans. Le tiers des jeunes de 15 à 19 ans avouent avoir déjà consommé du cannabis. « Fixer l’âge à 21 ans ne va pas, par magie, renverser ces statistiques », a-t-elle argué.

     

    Même son de cloche à l’Institut de santé publique du Québec. En permettant aux jeunes de s’acheter légalement de la marijuana dès 18 ans, ceux-ci auront accès aux mêmes produits contrôlés et de qualité réglementés par l’État, a fait valoir François Gagnon.

     

    En début de semaine, le gouvernement de la Saskatchewan et des associations de policiers ont sommé Ottawa de retarder la légalisation de la marijuana pour leur donner le temps de se préparer. « Ça fait des années qu’on en parle avec les provinces, avec les forces policières, a rétorqué le premier ministre Justin Trudeau. On ne va pas renoncer à notre engagement de protéger nos enfants et nos communautés. » La légalisation de la marijuana est une politique du Parti libéral depuis 2012, qu’a appuyée M. Trudeau lorsqu’il est devenu chef en 2013 avant d’en faire une promesse électorale en 2015.













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