Demandeurs d'asile: il faut donner l'heure juste, estime Couillard

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard
Photo: Jason Franson La Presse canadienne Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard

Le premier ministre Philippe Couillard estime qu’il est « malheureux » qu’on ait fait croire aux demandeurs d’asile que l’acceptation comme réfugié au Canada et au Québec est « un fait accompli ».

 

À son arrivée au congrès des jeunes libéraux, samedi, il a rappelé qu’en moyenne, la moitié des demandes d’asile ou de réfugiés de la communauté haïtienne sont approuvées.

 

« Il ne faut pas enlever l’espoir aux gens […], mais il faut présenter un portrait réel de la situation, notamment auprès des personnes qui, encore aux États-Unis, pourraient être tentées de faire la même expérience », a-t-il affirmé.

 

Philippe Couillard s’est gardé de s’en prendre directement au premier ministre fédéral, Justin Trudeau, qui a réagi au décret sur l’immigration du président américain Donald Trump, en janvier, en écrivant sur Twitter : « À ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre, sachez que le Canada vous accueillera. » Il a aussi réservé ses commentaires au sujet du maire Denis Coderre, qui a œuvré à donner à Montréal le titre de « ville sanctuaire », dans laquelle les « nouveaux arrivants et les réfugiés sont les bienvenus ».

Un « mur » pour Legault

Le premier ministre du Québec a fait preuve de beaucoup moins de retenue au sujet du chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault. « Si on va au bout de sa logique, quand il parle de la frontière qui est une passoire — ce qui d’ailleurs est faux — eh bien, on va faire un mur, n’est-ce pas M. Legault ? Et on va le faire payer par Haïti, pourquoi pas ! », a-t-il lancé.

Jeudi, François Legault a publié un message sur sa page Facebook dans lequel il disait s’inquiéter de voir le Québec « devenir une passoire » devant l’afflux de migrants qui arrivent sur son territoire. « Il faut vraiment que le gouvernement Couillard, Mme Weil et compagnie, changent leur discours, puis disent : “si vous venez de façon illégale, on va vous retourner dans votre pays” », a-t-il déclaré la même journée, devant les caméras de Radio-Canada,

Pourtant, « M. Legault, en février dernier, disait dans Le Devoir que le Québec et le Canada devaient accueillir à bras ouverts les réfugiés qui étaient en demande suite aux actions de l’administration Trump. Son discours est complètement changeant aujourd’hui », a souligné Philippe Couillard.

Dans l’entrevue qu’il avait accordée, le chef caquiste affirmait que le Québec devait « s’abstenir pour l’instant de refouler à la frontière les migrants s’enfuyant des États-Unis de Trump », « sans pour autant compromettre la sécurité nationale ».

Selon la CAQ, ces propos n’entrent pas en contradiction avec ce que François Legault avance aujourd’hui. « Les libéraux doivent cesser de mépriser ceux qui considèrent que le gouvernement devrait dissuader les migrants de passer illégalement la frontière », a déclaré le directeur des relations médias, Guillaume Simard-Leduc. « Le seul mur qui existe, c’est le mur entre un premier ministre et les préoccupations légitimes de sa population. Il est plus que temps de changer ce gouvernement déconnecté. »

Interventions radio

Pour clarifier le message à envoyer aux Haïtiens qui se trouvent aux États-Unis, Philippe Couillard s’est dit « tout à fait prêt » à faire des interventions dans les stations de radio des États-Unis.

« Ce qu’on devrait faire, nous, c’est de s’assurer que de l’autre côté de la frontière, dans les radios qui rejoignent les gens des différentes communautés, [les gens] comprennent que les mêmes règles s’appliquent au Canada qu’aux États-Unis », avait suggéré un peu plus tôt la ministre de la Réforme des Institutions démocratiques, Rita DeSantis.

« Il semble y avoir une espèce de — je ne sais pas si on peut appeler ça une propagande — sur la capacité d’obtenir un statut ou une légalisation du statut soit facile. Ce n’est pas le cas », a aussi dit le président du Conseil du trésor, Pierre Moreau.

Selon le ministre, l’afflux de demandeurs d’asile à la frontière n’aura « pas d’impact sur les finances publiques ». « Essentiellement, ce que l’on souhaite, c’est que cette situation temporaire soit résolue le plus rapidement possible », a-t-il tout de même déclaré, en rappelant que les critères auxquels doivent répondre les demandeurs d’asile « sont très spécifiques » et « ne correspondent certainement pas à la vague que l’on connaît à l’heure actuelle ».

En 2016, 207 des 412 demandes d’asile formulées par des Haïtiens au Québec ont été refusées.

Au total, 2620 personnes sont actuellement hébergées dans plusieurs centres à Montréal, par rapport à 1575 en date de jeudi dernier. Du 1er au 7 août, 1798 personnes ont traversé la frontière canado-américaine au Québec de manière clandestine.

Pour l’instant, le nombre total connu de demandeurs d’asile, environ 9600, est inférieur à celui traité durant d’autres années de grande affluence. En 2008, par exemple, le Québec avait reçu 13 625 demandes d’asile.

  • Robert Beauchamp - Abonné 12 août 2017 12 h 38

    Avancez par en arrière

    Ouf! Tout à coup il réalise l'ampleur du dossier. Toujours en réaction au lieu d'être en pro-action. Ça risque de lui coûter. Ma foi, je vais finir par comprendre qu'il ne sait pas ni reconnaître ni gérer une crise. Le cimetière musulman, le système de santé parbleu qui est en crise permanente depuis son passage comme ministre de la santé, et maintenant la crise des demandeurs d'asile: Bienvenue chez nous, la moitié devront s'en retourner pas nécessairement à l'adresse précédente mais au pays d'origine. Trump doit se frotter les mains, il va passer pour un moins gros méchant alors que la décision du renvoi n'est pas encore proclamée et que pour lui le problèeme sera à moitié réglé grâce au trio de bienvenue Trudeau/Couillard/Coderre. Quel leurre honteux qui les oblige maintenant à avancer par en arrière.

    • Robert Beauchamp - Abonné 12 août 2017 16 h 06

      Je me permets d'ajouter que suite aux interventions de Couillard, De Santis et Moreau: Est-ce que la panique est en train de s'installer au gouvernement?

  • Maryse Veilleux - Abonnée 12 août 2017 12 h 43

    Culture de la haine de l'autre

    Il y a présentement une culture de la haine de l'autre au Québec, qu'il soit musulman, haïtien, ... etc... Certes des politiciens "surfent" sur cette vague, dont présentement monsieur Legault. Mais il y a tous ces animateurs de radios poubelles qui prennent la tribune et utilisent des discours creux et haineux en contribuant à susciter la haine de l'autre chez ceux qui les écoutent. Encore récemment monsieur Filion a été accusé pour des propos tenus contre les femmes autochtones disparues. Ces individus abrutissent la société et de tels propos ne devraient pas pouvoir se tenir en ondes.

    • Christiane Gervais - Abonnée 12 août 2017 14 h 58

      Il n'y a pas de culture de la haine, il y a des élus qui se servent d'humains en situation de crise pour s'assurer des votes et donne l'illusion qu'ils font quelque chose pour le bien de l'humanité.

      On ne peut pas faire fi de sa population et prétendre avoir le coeur sur la main pour ceux qui débarquent! Un peu de cohérence serait plus efficace pour les uns et les autres que les bonnes intentions qui ne tiennent pas la route quand elles passent le test des lois!

    • Réal Ouellet - Abonné 12 août 2017 15 h 52

      Culture de la haine... Laquelle? Le multiculturalisme a stérilisé le Canada-anglais et seul le Québec représente une culture, une province qui donne dù,ailleurs une spécificité au Canada par rapport aux USA. Un Canada qui ne nous reconnaît pas comme peuple fondateur! Haine, mépris? Il suffit de défendre notre culture pour être taxé de xénophobe, de raciste. Les défendeurs du multiculturalisme serviront ad nauseam le prétexte qu'il faille être ouvert à "l'autre", à d'autres cultures, alors qu'ils n'en ont pas eux-mêmes. Mais voilà, pour qu'il y ait un "autre", il faut un "soi". Et ce soi, le Canada ne le rejette pas; il nie son existence-même! Le premier ministre canadien peut tujours toujours se prendre en selfie et faire son "cool", cela ne change rien à la situation: culture du vide.

  • Nicole Delisle - Abonné 12 août 2017 13 h 26

    Comment en être aussi sûr!

    Comment le ministre Moreau peut-il affirmer que l'afflux de demandeurs d'asile "n'aura pas d'impact sur les finances publiques"? Qui paie actuellement pour l'arrivée de ces migrants: nourriture, frais médicaux, vêtements, l'assurance-sociale, etc.? C'est toute la société et par le fait même les québécois avec leurs taxes et impôts qui paient! Ce n'est pas à coût nul!

    • Robert Beauchamp - Abonné 12 août 2017 16 h 02

      Mais si c'est le fédéral qui paie, c'est encore nous parbleu! Un ministre du Conseil du trésor qui compte ainsi devrait changer de ministère après la déclaration d'une telle hérésie.

    • Anne Sarrasin - Abonnée 13 août 2017 10 h 03

      La majorité des québécois sont généreux et accueillants. Ils acceptent de contribuer financièrement pour supporter les plus démunis, autant ceux qui vivent à l'intérieur de nos frontière qu'à l'extérieur. Les québécois octroient déjà une partie du budget de l'état à l'accueil de réfugiés. Il n'y a rien de nouveau cette année, il y avait encore plus de demandeurs d'asile en 2008, mais je ne me souviens pas que ça ait autant semé l'émoi. Je pense pas que M. Moreau parlait de coût nul net, mais de l'absence de coût supplémentaire cette année comparé aux années précédentes. La nouveaué aujourd'hui vient peut-être de l'attention portée par les médias, probablement parce qu'il apparaît inédit que cette fois-ci, les réfugiés se disent perscutés par nos voisins du sud, et que toute nouvelle au sujet de M. Trump, l'amuseur public, attire notre attention.

      Le commentaire de Mme Delisle me fait penser qu'elle fait partie de la minorité des québécois.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 12 août 2017 15 h 12

    Pourquoi

    ce gouv.Couillard attend que la situation se détériore au point que ca sente le brulé
    pour d'abord blamer ceux qui lui rappelent son inaction et ensuite demander a Justin
    d'arroser le feu tout en disant que la frontiere n'est pas poreuse mais étanche comme
    devra etre le pipeline futur. Ce gouv. attendra-t-il qu'ils commencent a creuser pour
    empecher ce tuyau toxique de courir sous nos pieds ou coule notre eau potable ?
    Ou encore laissera-t-il Justin et Bay Street décider ?

  • André Tremblay - Abonné 12 août 2017 20 h 32

    Le "PM"

    ...il se réveille !!!!!

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 13 août 2017 23 h 06

      Votre remarque est formidable,avant de finir son petit-déjeuner le train est déja passé et demain sera pareil le train sera passé et ainsi de suite:la gouvernance au maximum,nous sommes vraiment tellement gatés par ce super gouv. que nous sommes pourris chaque jour davantage.