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    Le «vrai» Bernier tiendra-t-il ?

    Denis Ferland
    17 mai 2017 |Denis Ferland | Canada | Chroniques

    En annonçant hier son départ de la vie politique, la chef intérimaire du Parti conservateur (PC), Rona Ambrose, a bien cerné les deux aspects qui rallieront facilement les troupes conservatrices peu importe le chef qui sera choisi dans dix jours : la défense des contribuables et la définition d’adversaires libéraux déconnectés des citoyens et emmitouflés dans leur vieille culture du « tout m’est dû ».

     

    Ça, c’est la partie facile de la commande du prochain chef. On n’est pas encore dans le renouveau passant par une véritable quête identitaire réclamée par les penseurs de la droite après la défaite d’octobre 2015. Une remise en question qui doit tenir compte d’un objectif bien pratique : avoir un PC renouvelé compétitif pour l’élection de 2019.

     

    Là-dessus, la campagne qui s’achève a vu trois grandes tendances émerger et, dans tous les cas, le pouvoir d’attraction pose un défi. C’est vrai pour le libertarisme économique de Maxime Bernier, le conservatisme social d’un groupe de candidats plus à droite et le spectre de l’immigration mal contrôlée qui minerait les valeurs canadiennes de Kellie Leitch. Cette dernière a bien animé la course au départ avec une sélection des immigrants basée sur des tests au sujet des valeurs canadiennes, mais elle a surtout alimenté la controverse et a fait plafonner ses appuis, au grand soulagement des conservateurs modérés.

     

    L’attrait de la sécurité, de rester dans les sentiers battus, pourrait aussi prévaloir. Un agencement des votes préférentiels pourrait faire passer un des modérés ontariens davantage associés à ceux qu’on appelle familièrement les « red tories ».

     

    Le mode de scrutin alambiqué au PC rend les prévisions hasardeuses, mais M. Bernier jouit d’un avantage financier qui pourrait être déterminant.

     

    Sa candidature attire l’attention car elle constitue une rupture plus nette avec le discours ambiant et prétend répondre aux attentes d’un renouveau profond.

     

    En fait, Maxime Bernier renierait une bonne partie de ses années au gouvernement Harper. On aurait droit en quelque sorte au « vrai » Maxime Bernier plutôt qu’à la version « légère ».

     

    Pas celui qui, en tant que ministre de l’Industrie, a par exemple approuvé des subventions aux entreprises qu’il abolirait aujourd’hui. Plutôt celui qui, relégué au quatrième trio du cabinet comme ministre d’État après ses mésaventures romantiques, a fait contre mauvaise fortune bon coeur et mis sa relative disponibilité à profit. En sillonnant le pays pour faire avancer ses idées dans les milieux conservateurs sans miner ouvertement le gouvernement Harper, il est devenu une étoile de la droite, notamment en Alberta.

     

    Il a irrité au passage avec des sorties impromptues sur le bilinguisme des agents du Parlement et sur la tenue d’un référendum sur l’abolition du Sénat, mais elles ont contribué à établir son image de politicien de principe.

     

    Un exemple d’audace est sa proposition d’éliminer la gestion de l’offre. Il financerait le rachat des quotas des producteurs par un « prélèvement temporaire » sur les ventes de produits laitiers. Un euphémisme ici pour le mot « taxe », mais une taxe quand même. Ce n’est pas parce qu’elle est difficile à vendre que la proposition ne mérite pas un sérieux débat, mais l’idée de se mettre à la remorque de Donald Trump pour la promouvoir n’était peut-être pas l’idée du siècle.

     

    On retrouve d’ailleurs des relents de trumpisme dans le discours de M. Bernier sur le rôle de la banque centrale et les changements climatiques.

     

    Il est intéressant, enfin, de voir le candidat Bernier proposer d’importantes baisses d’impôt aux entreprises et aux particuliers, qu’il financerait en bonne partie par l’élimination de maints crédits d’impôt ciblés mis en place par le gouvernement dont il faisait partie.

     

    En toile de fond, c’est le rapetissement de l’État que prône en général M. Bernier, l’État fédéral en l’occurrence. Ça veut dire « rendre la péréquation plus équitable », un retrait fédéral du secteur de la santé avec plein transfert de financement aux provinces et abolir le CRTC, les barrières interprovinciales et les limites à la concurrence dans les télécommunications, le transport aérien ou le service postal.

     

    Autant de propositions qui représentent, de l’aveu même de M. Bernier, une « révolution tranquille » canadienne.

     

    Et on ne sent pas d’empressement à diluer le tout chez le candidat ou ses proches. Plutôt que de faire comme Stephen Harper, au penchant libertaire soluble dans le pragmatisme électoral, M. Bernier mise sur les deux années menant à la prochaine élection pour répondre aux attaques qui ne manqueront pas de venir et faire la pédagogie de la liberté et de la responsabilité auprès des Canadiens. Un pari audacieux qui semble stimuler le député de Beauce, qui devra ajouter à sa tâche d’enseignant celle de chef de l’opposition s’il l’emporte le 27 mai. Est-ce que les élèves canadiens seront aussi réceptifs que les conservateurs à ses enseignements sans compromis ?













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