Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    Chefferie du Parti conservateur

    O'Leary accusé à son tour de tricher pour recruter des membres

    21 mars 2017 | Canada
    Hélène Buzzetti - Correspondantes parlementaires à Ottawa
    Marie Vastel
    Kevin O’Leary a accusé la semaine dernière l’équipe d’un rival de faire du recrutement frauduleux.
    Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Kevin O’Leary a accusé la semaine dernière l’équipe d’un rival de faire du recrutement frauduleux.

    L’arroseur s’est retrouvé arrosé : Kevin O’Leary, qui accusait la semaine dernière le camp Bernier de fraude électorale, a eu droit aux mêmes reproches de son rival québécois. Néanmoins, l’équipe de Maxime Bernier souhaite tourner la page prétextant que ces magouilles affligent toutes les campagnes électorales — comme en témoigne d’ailleurs l’histoire récente d’autres luttes à la direction de partis politiques.

     

    La campagne de Maxime Bernier a fourni dimanche au Globe and Mail la déclaration sous serment de six Canadiens sikhs qui plaident qu’un organisateur de Kevin O’Leary issu de leur communauté dans la région de Toronto leur a offert une carte de membre à ses frais. Ron Chatha leur aurait dit « de ne pas s’inquiéter des frais parce qu’ils allaient s’en occuper », relatent ces individus dans une déclaration sous serment que le camp Bernier n’a pas voulu partager avec Le Devoir.

     

    L’équipe du candidat beauceron ne veut pas s’étendre sur ces allégations. Elle souhaitait simplement envoyer un message à Kevin O’Leary : qu’eux aussi pouvaient « lancer de la bouette » sur la campagne de leur rival. « Une chose est certaine, si chaque équipe commence à fouiller sur les autres équipes, c’est sûr qu’il y a des organisateurs bénévoles quelque part qui essaient de frauder le système. Mais ces gens-là vont se faire prendre », a argué une source au Devoir. La campagne de Maxime Bernier martèle qu’elle a suivi les règles de la course et que le parti dénicherait de toute façon toute carte de membre obtenue frauduleusement grâce à ses vérifications d’usage.

     

    L’attaché de presse de Kevin O’Leary, Ari Laskin, a refusé de commenter « quelque chose que nous n’avons pas vu », en déplorant que le Globe and Mail ne leur ait pas soumis la déclaration sous serment. La campagne s’est-elle enquise auprès de M. Chatha de ces allégations ? M. Laskin n’a pas répondu. « M. Chatha a seulement enregistré les membres de sa famille », a-t-on indiqué par communiqué en assurant respecter les règles de la course.

     

    Le camp O’Leary accusait la semaine dernière la campagne d’un rival d’avoir recruté de « faux membres, et ce, sans que ces individus soient probablement même au courant ». Rapidement, des sources ont cité le nom de Maxime Bernier, ce que ce dernier a démenti. Vendredi, le PC a annulé 1300 cartes de membres obtenues par l’intermédiaire de deux seules adresses IP qui ont attiré les soupçons.

     

    Le Parti conservateur « révise régulièrement les memberships », a rappelé son porte-parole, Cory Hann. Mais il craint de ne pas pouvoir en faire plus en l’absence de la déclaration sous serment que l’équipe Bernier ne fournira pas au parti.

     

    L’aspirante chef Lisa Raitt réclame « l’expulsion [de la course] de tout candidat trouvé coupable d’avoir enfreint les règles de la chefferie ». Les règles de la course le permettent, mais encore faudrait-il des preuves irréfutables, explique-t-on en coulisses.

     

    Une longue tradition

     

    Les allégations de recrutement frauduleux de nouveaux membres dans le cadre d’une course à la chefferie sont monnaie courante. En 2000, l’aspirant chef de l’Alliance canadienne, Tom Long, se retrouve dans la tourmente parce qu’il recrute par milliers des membres au Québec. Dans la circonscription farouchement souverainiste de Bonaventure–Gaspé–Îles-de-la-Madeleine, le membrariat passe de zéro à 2822 du jour au lendemain. La péninsule gaspésienne — où le parti n’avait même pas cru bon de présenter un candidat à l’élection précédente — devenait ainsi l’endroit comptant le plus d’alliancistes au pays, devant les bastions réformistes albertains ! Cela avait amené le premier ministre libéral de l’époque, Jean Chrétien, à railler que, d’ici au scrutin, « les cimetières de Gaspé seront vidés. Tout le monde sera allé voter ! »

     

    La crainte était que les membres de l’entourage du candidat se substituent à ces faux membres pour voter eux-mêmes, par téléphone. À un débat tenu à Montréal, moins de 12 partisans de M. Long s’étaient présentés, des adolescents pour plusieurs qui reconnaissaient que quelqu’un d’autre avait payé les frais d’adhésion de 10 $.

     

    Cette fois-ci, cependant, les conservateurs doivent acheter leur carte de membre avec une carte de crédit ou un chèque personnels et ils devront fournir une photocopie d’une carte d’identité avec photo pour voter. Il sera donc plus ardu pour une équipe de campagne de voter à la place du membre en question.

     

    En 2002, l’Alliance canadienne se cherche à nouveau un chef. Cette fois, le groupe pro-vie Campaign Life Coalition (CLC) tente de noyauter la course pour favoriser le candidat antiavortement Stockwell Day. La coalition recueille elle-même les noms et coordonnées des membres, les frais de 10 $ et s’engage à acheter en bloc les cartes de membres. L’initiative est déclarée illégale par le parti et annulée.

     

    En 2004, une nouvelle course à la chefferie anime la droite désormais unifiée. La candidate Belinda Stronach se retrouve dans l’eau chaude parce que des Micmacs de Gaspé — décidément ! — se retrouvent embrigadés dans le Parti conservateur à leur insu. On retrouve notamment 12 autochtones déclarant une même adresse comme domicile : le bureau du conseil de bande. La mère de 77 ans de l’un des organisateurs de Mme Stronach se trouve elle aussi recrutée sans son consentement.

     

    Ces accusations de recrutement débridé ont aussi surgi du côté libéral. En 2006, lors de la course qui couronnera Stéphane Dion, le camp Bob Rae alerte lui-même le parti que les papiers de 78 de ses 111 délégués de Colombie-Britannique semblent falsifiés. Les signatures sur leurs papiers ne correspondaient pas à celles apparaissant sur leur carte de membre.













    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Populaires|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.