Soumettre le projet de REM à un «test climat»

L'étude de la CDPQ ne tient pas «compte des effets du projet sur l’étalement urbain», souligne l'auteur.
Photo: Caisse de dépôt et de placement du Québec L'étude de la CDPQ ne tient pas «compte des effets du projet sur l’étalement urbain», souligne l'auteur.

Lettre envoyée à David Heurtel, ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques

 

Comme vous le savez très bien, nos engagements de réduction des gaz à effet de serre (GES) sont ambitieux et leurs échéances sont très courtes. Pour respecter nos engagements, nous devons choisir les meilleurs projets disponibles, dès maintenant. Le Réseau électrique métropolitain (REM) est un projet de plus de 6 milliards, qui prendra la plupart des investissements en transport collectif pendant la prochaine décennie. Il nous semble donc pertinent de faire une évaluation complète des effets du projet sur les émissions de GES.

 

Le promoteur du projet, la Caisse de dépôt et placement du Québec filiale Infrastructures (CDPQ-Infra), a effectivement réalisé une étude à ce sujet : « Étude sur les gaz à effet de serre », datée du 1er février 2017. Par contre, cette étude comporte plusieurs lacunes majeures qui empêchent de conclure sur les mérites du projet.

 

La première lacune porte sur les effets du REM sur l’utilisation de l’automobile. L’étude présente (p. 15) une estimation de la réduction des GES associée à l’exploitation du REM, soit 35 049 tonnes de CO2, en 2021.

 

Cette réduction estimée est très modeste, soit un dixième de 1 % des émissions du transport au Québec. Elle porte sur la réduction de voitures/km ou de bus/km, sans tenir compte des effets du projet sur l’étalement urbain. Il existe pourtant un consensus voulant que la hausse des émissions du transport soit directement liée à l’étalement urbain. L’étude de la CDPQ néglige donc l’enjeu le plus important à moyen et à long terme.

 

De plus, l’étude néglige complètement les effets du projet sur les autres services de transport collectif. Par exemple, le REM « enlèvera » une forte proportion des usagers des lignes de trains de Vaudreuil et de Candiac. Cela pourrait entraîner la fermeture de ces lignes et inciter plusieurs usagers à utiliser leur automobile au lieu du transport collectif.

 

Émissions à court terme

 

Une autre lacune porte sur les émissions à court terme, dues à la construction du projet. Au tableau 4-4, l’étude présente une « Estimation des émissions totales résultantes des activités de construction du REM », soit 86 930 tonnes de CO2. Voici deux citations dans le texte (p. 17) qui indiquent que le titre du tableau est trompeur :

 

« L’estimation inclut les émissions associées au transport des matériaux et celles associées à la consommation de carburant par les équipements mobiles sur les chantiers » ;

 

« L’estimation des émissions de GES associées à la construction du REM ne tient pas compte du cycle de vie complet des matériaux de construction, notamment des émissions associées à la production de l’acier et du béton. »

 

Un chercheur indépendant, Luc Gagnon, a comparé le REM avec trois projets similaires dont les analyses incluent la fabrication du ciment, qui est l’enjeu principal de la construction. Cette comparaison permet de conclure que les émissions de GES de la construction du REM dépasseront probablement 700 000 tonnes de CO2. La construction du REM annulerait donc pendant 20 ans la baisse annoncée des émissions.

 

Globalement, l’étude de la CDPQ néglige ainsi plusieurs enjeux importants relatifs aux émissions de GES, dont l’étalement urbain et la fabrication du ciment. Nous vous demandons donc de combler ces lacunes, en réalisant une étude complète des émissions des GES. Une telle étude doit être réalisée par une institution indépendante de la CDPQ. Les résultats doivent être discutés publiquement, avant le début de la construction du projet. Une évaluation crédible devrait également considérer si d’autres projets permettraient d’offrir de plus grandes réductions des émissions, à moindres coûts.

 

Deux coalitions vous demandent donc que le Réseau électrique métropolitain (REM) soit soumis à un vrai « test climat ». La réduction des émissions de GES représente le plus grand défi de notre génération. En tant que ministre responsable de la Lutte contre les changements climatiques, nous espérons que vous y accorderez l’importance requise.

Jean-François Boisvert
Shaen Johnston

Climat Montréal

Francis Lapierre
John Symon

Groupe Trainsparence

5 commentaires
  • Pierre Robineault - Abonné 13 septembre 2017 08 h 10

    Quelle heure est-il?

    Il est minuit moins cinq!
    Où étiez-vous donc et qu'y faisiez-vous?

    • Sylvain Auclair - Abonné 13 septembre 2017 18 h 17

      Ça fait des mois que des groupes agissent contre le REM.

  • Bernard Terreault - Abonné 13 septembre 2017 09 h 05

    Bien souligné

    Comme je le pense (et l'ai écrit) dès le début ce REM ne devrait pas aller au-delà de la gare Panama à Brossard et de Laval. Sinon, ça encourage l'étalement alors qu'il y a d'immenses terrains vacants sur l'Île de Montréal et en banlieue proche.

  • Nadia Alexan - Abonnée 13 septembre 2017 11 h 16

    Visiblement, le REM est un échec épouvantable.

    Le projet REM n'a rien à faire avec la réduction des effets de serre. Ça sera une source d'investissement pour la Caisse et pour faire plaisir aux amis du PLQ avec des subventions substantielles de l'argent des contribuables, comme d'habitude. Si ce projet va en avant, il va se révéler aussi raté que les autres projets grandioses tels que le CHUM et l'aéroport Mirabel.

  • Alison Hackney - Abonnée 13 septembre 2017 20 h 14

    vivement un test climat!

    J’appuie la demande pour un test climat pour le Réseau électrique métropolitain ou « REM » (Le Devoir 13 septembre 2017, Libre Opinion.) Si le ministre Heurtel prend au sérieux ses responsabilités en ce qui concerne la lutte contre les changements climatiques, « le plus grand défi de notre génération », il doit exiger de la rigueur de la part des promoteurs. Malheureusement cela ne semble pas être le cas… voici une perle du rapport préparé pour la CDPQ sur l’effet du REM sur les GES : « … les trajets (d’autobus) ajoutés et modifiés… auront une incidence négligeable (sur les GES) puisque leurs tracés futurs ne sont pas encore déterminés (rapport soumis par la compagnie Hatch, p 11). »

    Alison Hackney
    Senneville