L’unifolié canadien est prépondérant dans la cité de Champlain

Il ne faut pas se surprendre si le gouvernement du Québec a fait montre d’un épiderme sensible dans l’abattage du mât au sommet du Musée national des beaux-arts du Québec, écrit l'auteur. 
Photo: iStock Il ne faut pas se surprendre si le gouvernement du Québec a fait montre d’un épiderme sensible dans l’abattage du mât au sommet du Musée national des beaux-arts du Québec, écrit l'auteur. 

Au Québec et dans la cité de Champlain, notre capitale nationale, chef-lieu des francophones d’Amérique, la question des drapeaux reste toujours délicate. On vient de le constater encore une fois avec la décision de l’administration du Musée national des beaux-arts du Québec de retirer le mât du fleurdelisé qui triomphait au sommet de l’édifice. Le gouvernement refuse la décision du musée. Il ne faut pas se fermer les yeux, à Québec, la guerre des couleurs entre le bleu et le rouge pour affirmer possession, pouvoir et autorité demeure omniprésente, surtout depuis le référendum de 1995.

 

Québec demeure une ville phare au Canada, une cité touristique iconique mondialement reconnue. Les Québécois forment une société distincte, française, dont les aspirations ne sont souvent pas celles du Canada. Et, en règle générale, tous nos gouvernements ont défendu bec et ongles, même symboliquement, cette originalité. Des millions de visiteurs s’arrêtent chaque année dans nos murs. Québec est bâtie pour être regardée à partir du fleuve et pour être marchée sur ses littoraux et dans ses murs. Il n’y a pas si longtemps encore, la falaise et les berges offraient de prestigieux bâtiments à ceux qui arrivaient par bateau, plusieurs édifices comportant une façade simplement décorative plaquée sur un mur de pierre aveugle, des trompe-l’oeil en bois, pour raffermir le paysage bâti. Encore aujourd’hui, l’édifice Louis-Saint-Laurent, qui ferme la terrasse Dufferin à l’est, un ancien bureau de poste en pierre, comporte une fausse façade avec portique imposant donnant sur le fleuve. Et l’hôtel Château Frontenac !

 

Marquer sa présence

 

À Québec, véritable mirador sur le Saint-Laurent avec sa citadelle, porte continentale digne de mériter le titre de Gibraltar d’Amérique, le Canada tient à marquer sa présence et son pouvoir de façon fort ostentatoire, depuis 20 ans notamment. Le rouge et le blanc à saveur d’érable dominent largement le bleu et le blanc du parfum discret de la fleur de lys, plutôt inscrits dans la timidité. Celui qui arrive par bateau comme le feront des milliers de touristes cet été, ceux qui navigueront sur le Louis-Joliet, les brise-glaces et les hélicoptères de la garde-côtière au quai de la Reine lui confirmeront qui est le véritable gestionnaire des eaux devant Québec et sur le fleuve dans une parade éclatante de navires aux couleurs canadiennes, à l’enseigne du Canada en gros caractères blancs sur la coque rouge. Celui qui débarque d’un paquebot à la gare maritime sera reçu dans les unifoliés, et au sortir du stationnement, une grosse station de Pétro-Canada sur Dalhousie, en costume à la mode d’Ottawa, lui rappellera que le Canada s’est aussi investi dans le pétrole. Suivra la parade des drapeaux au sommet des édifices. Le port de Québec en est truffé, celui de l’édifice de la douane, au sommet de sa coupole, toujours bien éclairé et claquant au vent les soirs de spectacles à l’Agora du Vieux-Port, tout le complexe naval de Pointe-à-Quarcy avec ses mâts obliques en façade sur Dalhousie… Et si on monte sur la falaise, tous les belvédères de la terrasse Dufferin, la coupole de l’ancien bureau de poste, le parc Montmorency et la porte Prescott dans la côte de la Montagne, où loge la statue de Louis Hébert, partout où il le peut, le Canada pose sa marque. Le photographe Claudel Huot, qui a produit trois albums à succès sur Québec dont nous avons signé les textes, un résident de la petite rue Champlain pendant des décennies, nous confiait qu’il n’y a plus un coin pittoresque de Québec qui n’arbore pas, dans sa perspective, un unifolié marquant bien l’espace. Même l’hôtel de ville de Québec se soumet à cette vague et de plus en plus de commerces manifestent leur association au pays de sir Macdonald. Et les plaines d’Abraham, au belvédère Grey par exemple, et la citadelle et ses alentours, et la redoute Dauphine… Dix fois plus d’unifoliés que de fleurdelysés dans notre capitale.

 

Mais l’affirmation symbolique la plus puissante du Canada explose au bastion du Roy, voisin de la résidence du gouverneur général du Canada à la citadelle, le plus haut point topographique de la cité de Champlain. Un immense mât, doublé en hauteur sous Jean Chrétien et Sheila Copps, marque la Conquête et la propriété de la ville à ce sommet. Un étendard qui crève le ciel de loin comme le font les conquérants de l’Everest.

 

Il ne faut donc pas se surprendre si le gouvernement du Québec, même le plus tiède de l’histoire récente quant à la fierté identitaire, a fait montre d’un épiderme sensible dans l’abattage du mât au sommet du Musée national des beaux-arts du Québec. Les Québécois souhaiteraient sans doute que la nouvelle place des Canotiers et celle du Capitaine-Bernier à Lévis, au bord de l’eau, qui recevront des milliers de visiteurs cet été, portent une double rangée de fleurdelysés, comme jadis, pour souhaiter la bienvenue au pays français et qu’une haie d’honneur de mâts bleus battant au vent nous accueille au temple de l’art sur les plaines d’Abraham, affirmant clairement notre existence, notre héritage et nos valeurs.

  • Michel Lebel - Abonné 19 mai 2017 09 h 47

    Plutôt puéril!

    Ces histoires ou querelles de drapeaux me semblent d'une grande puérilité. Passons!

    M.L.

    • Jean-François Trottier - Abonné 19 mai 2017 13 h 58

      Alors recommandez que l'unifolié disparaisse.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 19 mai 2017 15 h 24

      Merci de votre analyse si profonde.

    • André Joyal - Abonné 19 mai 2017 17 h 44

      J'appuie votre proposition M Trottier.

    • Michel Lebel - Abonné 19 mai 2017 19 h 07

      @ Raymond Saint-Arnaud,


      Une grande analyse pour une histoire de drapeaux? Ce n'est pas ma marotte! Chacun sa tasse de thé!

      M.L.

  • Bernard Dupuis - Abonné 19 mai 2017 10 h 32

    Voilà une illustration du nationalisme canadien: le canadianisme

    Quel est le but des canadianistes dans cette guerre des symboles? Cela m’apparaît évident que c’est de tout faire pour rendre la culture québécoise invisible sur le plan national et international.

    Attaquer la langue française et les valeurs québécoises est devenu le sport national des nationalistes canadiens. C’est ainsi que le « bilingual » et l’anglais s’étendent de plus en plus dans l’environnement civil et médiatique. Les Mordicai Richler et Leonard Cohen sont omniprésents (même à Radio-Canada) tandis que les Anne Hébert, Gaston Miron, Félix Leclerc et Gilles Vigneault sont relégués aux oubliettes.

    Cette mainmise des nationalistes canadiens sur la langue et la culture québécoise se fait souvent grâce à l’ignorance historique et culturelle caractéristique du populisme québécois et de la ville de Québec en particulier.

    Les canadianistes ont compris depuis longtemps qu’il suffit de quelques millions de dollars, qu’ils soient symboliques ou réels, pour perpétuer cette réputation « d’un peuple sans culture et sans histoire ».

    Bernard Dupuis, 19/05/2017

  • Monique Bisson - Abonné 19 mai 2017 10 h 32

    Prise de position essentielle!

    Merci, M. Lessard, de ramener dans notre paysage politique et culturel l'importance du drapeau comme symbole identitaire d'un pays toujours en devenir. De l'autre côté de la rivière des Outaouais, face à la colline parlementaire d'Ottawa, nous sommes bien placés pour mesurer au quotidien la valeur d'un tel symbole. Aussi, il est urgent que notre fleurdelisé domine partout dans notre capitale nationale, car il ne s'agit pas d'une simple guerre des drapeaux, mais de la nécessaire récupération de cette affirmation symbolique que le gouvernement canadien étale avec une condescendance ostentatoire dans la capitale nationale du Québec.

    Monique Bisson, Gatineau

  • Pierre Raymond - Abonné 19 mai 2017 11 h 59

    Surpris ?

    Et je soupçonne que cet état de fait dérange moins de citoyens de la ville de Champlain qu'on pourrait le croire.

  • Danielle Dufresne - Abonnée 19 mai 2017 12 h 21

    Raison

    Vous avez tellement raison M. Lessard et merci de le dire (si bien) sur toutes les tribunes possibles.