La «question identitaire» en question

«À quoi fait-on référence au juste quand on parle de la
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «À quoi fait-on référence au juste quand on parle de la "question identitaire" au Québec ?», questionne l'auteure.

Francine Pelletier (Le Devoir, chronique du 1er mars 2017) prétend que nous avons, comme Québécois, « un sentiment aigu de qui nous sommes, d’où on vient et, à défaut de savoir où l’on va, le sentiment d’être dotés d’une mission salvatrice ». Elle nous invite néanmoins à ajuster, au goût du jour, l’identité québécoise, parce que la survivance, « c’est bien beau », mais pas assez dynamique. Vraiment ?

Pourquoi politiciens et chroniqueurs parlent-ils autant de « question identitaire » si tout est si limpide ? Au surplus, quand celle-ci est évoquée, c’est comme si c’était une tare, un chancre, une maladie de peau ou du cerveau.

À quoi fait-on référence au juste quand on parle de la « question identitaire » au Québec ? À la sauvegarde de la langue nationale ? Aux « valeurs » dites québécoises ? À la religion héritée de nos ancêtres européens ? À l’histoire du Québec (150 ans sous l’ancien Régime français et 250 ans comme colonie britannique, puis monarchie constitutionnelle fédérale — avec le visage de la reine d’Angleterre apparaissant toujours sur notre piastre) ? Au « rêve » d’indépendance mis en veilleuse mais toujours sous-jacent ? À la survivance de la nation québécoise ? À un projet de société enthousiasmant qu’on n’a pas le courage de porter politiquement ? À ce qu’il faudrait « sauver » de notre passé pour le transmettre à nos enfants et petits-enfants ?

La « question identitaire », expression-valise brandie le plus souvent comme une arme à l’encontre des « séparatisses », ne se pose pas à tous ceux qui se reconnaissent dans un drapeau, une fête nationale, une histoire, une littérature, une musique et une culture communes qu’ils sont prêts à défendre bec et ongles. Si on ne sait plus qui on est, et ce qui vaut la peine d’être conservé, c’est que le mal est profond. À défaut de trouver une réponse claire, viable et collective à ce questionnement, on se donnera au plus offrant comme quantité négligeable, de la même façon qu’on vendait au siècle dernier, pour trois sous, les belles armoires à pointes de diamant remisées dans les granges, par ignorance de leur valeur patrimoniale.

Grand tout planétaire

Si être Québécois aujourd’hui c’est communiquer avec la planète en anglais, vivre dans sa bulle en permanence, écouteurs aux oreilles et pouces alertes sur un clavier tactile, se vautrer dans l’hyperconsommation, passer sa vie à revendiquer des droits parce que les lois ne nous conviennent pas, placer son fric aux îles Caïman pour éviter l’impôt, laisser des multinationales américaines mépriser nos lois « and get away with murder », etc., alors oui, la question identitaire se pose plus que jamais, quelle que soit la définition qu’on lui donne.

Le Québec glisse lentement mais sûrement dans le grand tout planétaire, conformiste et sans saveur — « du pain et des jeux », revendiquaient à grands cris les Romains juste avant que les « barbares » assènent le coup final à l’Empire.

Le fait français peut disparaître au Québec et, avec lui, la pensée, la recherche et la création uniques qui se font ici ; les sièges sociaux de nos fleurons économiques s’envolent déjà ; les institutions et politiques forgées ici depuis 400 ans peuvent changer et disparaître ; la fédération canadienne peut également disparaître, de même que tous les traités qu’on a signés. L’« impermanence » est un concept fondamental du bouddhisme : tout change, rien n’est éternel.

Le Québec francophone, minorité insulaire noyée dans une mer anglo-saxonne, n’est pas éternel, c’est même une espèce menacée à moyen terme, comme le sont les Cajuns de la Louisiane et les îlots francophones du ROC et de la Nouvelle-Angleterre. À Montréal, ma ville, l’anglais est sur le point de dominer comme langue d’usage. Le patrimoine mondial de l’humanité protège des monuments, des vestiges culturels, des sites exceptionnels. À quand une protection pour le patrimoine vivant de l’humanité ? Tient-on suffisamment à notre langue et à notre culture pour les faire vivre, et pas seulement survivre ?

22 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 8 mars 2017 05 h 38

    Qui sommes-nous ?

    Une des difficultés à dire ce que nous sommes vient du fait qu’on a perverti le sens des mots. Selon les écoles de pensée, ‘nation’, ‘peuple’ et ‘pays’ ont des sens variés. Si bien que les experts ne se comprennent pas, parlant différents patois techniques. Et nous, sans mots pour exprimer notre pensée, nous sommes prisonniers du silence.

    On accueille donc avec beaucoup de plaisir le texte d’Angèle Dufresne.

    Pour moi, un Québécois est toute personne qui aime le Québec, qui y vit ou qui y a vécu, et qui se considère comme tel.

    Donc, peu importe la couleur de sa peau, le nom qu’on donne au Dieu qu’on adore, la langue qu’on parle, on est un Québécois si on pense l’être.

    Dans ses discours à la Convention nationale, Louis XVI ne parlait pas du peuple français, mais des peuples de France.

    Il en est ainsi du Québec. Juridiquement, je conçois qu’on puisse parler du ‘peuple québécois’. Mais dans les faits, ce n’est pas le cas.

    Mon peuple à moi, ce sont les Francophones du Québec. C’est à lui que je m’identifie.

    Les différents peuples autochtones du Québec sont d’autres peuples; chacun de leurs membres est un Québécois, sur un même pied d’égalité que moi.

    On a donc tort d’attacher une connotation péjorative au qualificatif ‘ethnique’. Ce n’est pas parce que quelqu’un possède des caractéristiques ethniques différentes qu’il faut les ignorer par rectitude politique.

    De la même manière, reconnaitre cette différence n’est pas du racisme. Le racisme, c’est d’attacher une supériorité à la possession d’une caractéristique ethnique.

    • Pierre Bernier - Abonné 8 mars 2017 10 h 36

      Aujourd’hui, toutes les sociétés démocratiques occidentales ne se posent-elles pas la même question ?

      La recette d’une réponse adéquate n’est-elle pas la même partout ?

      C’est-à-dire la conduite d’une action collective soucieuse de perpétuation ?

      Et ce, en ciblant aussi bien le perfectionnement des instruments de la puissance publique que ceux qui permettent dans la durée des apports sociétaux pertinents à l’humanité ?

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 8 mars 2017 07 h 21

    … fierté ?

    « Le patrimoine mondial de l’humanité protège des monuments, des vestiges culturels, des sites exceptionnels. À quand une protection pour le patrimoine vivant de l’humanité ? Tient-on suffisamment à notre langue et à notre culture pour les faire vivre, et pas seulement survivre ? » (Angèle Dufresne)

    De ce questionnement, pertinent, cette douceur

    Autrefois, au Québec, on affichait notre culture-identité, comme en-famille, lorsqu’on entendait ce genre de question : « T’es le fils de qui ? Je suis le fils de Théodore, le serrurier du coin ! ». Et, tout le monde comprenait, comme en famille !

    Depuis et au lendemain de la période de la Révolution dite « Tranquille », notre identité-culture tend à s’afficher comme suit : « Combien gagnes-tu ? Réussis-tu ta vie ? Je suis propriétaire d’une chaîne d’alimentation qui gagne beaucoup de $$$ ! »

    De ce jour, il est plus difficile d’afficher son statut socio-économique que celui de l’être en tant qu’être humain, et la base des rapports interhumains reposerait sur la jalousie et l’envie des avoirs-autres !

    De ce questionnement, et si on veut « vivre » plutôt que « sur-vivre », de la question identitaire, le « comme ailleurs » ou le « comme en famille » de …

    … fierté ? - 8 mars 2017 -

  • Christian Montmarquette - Inscrit 8 mars 2017 07 h 31

    L'absence chronique de projet de société

    La «question identitaire», expression-valise brandie le plus souvent comme une arme à l’encontre des «séparatisses» - Angèle Dufresne

    Tel n'est pas le problème Mme Dufresne,

    Le problème, c'est l'absence chronique de projet de société lié à l'indépendance du Parti québécois, qui plus est, s'est approprié le monopole de la question nationale pendant plus de 40 ans.

    Il n'y avait même pas de projet de Constitution lors du référendum de 1995. Seulement un traité de libre-échange commercial entre le Québec et le Canada en lieu et place d'un projet de société et d'une Constitution dans son «Entente du 12 juin 1995».

    Depuis, sans vision globale d'un Québec indépendant et sans référendum durant plus de 28 ans en 2022. Le PQ ne fait plus qu'attiser le nationalisme ethnique et la question identitaire pour tenter de mobiliser ses votes. Alors que c'est justement cette approche identitaire qui fait obstacle à cause nationale.

    Parce que si nous faisions du projet de pays un projet social plutôt qu'un projet identitaire. Je ne vois pas pourquoi autant les nouveaux arrivants, les Anglais et même certains fédéralistes ne pourraient pas y adhérer; puisque par définition, l'identité véhiculé par les péquistes ne concerne désormais plus qu'un segment de notre société.

    En d'autres termes, pour convaincre et rassembler une majorité d'appuis à l'indépendance. Il faudrait proposer un pays bien meilleur que le Canada. Alors qu'il n'y a rien de concret sur la table depuis plus de 45 ans.

    Christian Montmarquette

    • Gilles Théberge - Abonné 8 mars 2017 11 h 34

      Mais oui monsieur Montmarquette, nous connaissons le fond de votre pensée.

      Le problème, c'est le parti Québécois!

      Nous le savons bien maintenant, grâce à vos interventions incessantes et répétées.

      Merci beaucoup monsieur Montmarquette, nous ne céderons pas aux sirènes du PQ maintenant.

      Grâce au seul sujet que vous maîtrisez bien, la démythification du parti Québécois.

      Ah, mon professeur de philosophie avait raison de dire, "timeo hominem unius libri" je crains l'homme d'un seul livre...

    • David Cormier - Abonné 8 mars 2017 13 h 29

      L'identité québécoise, ne vous en déplaise M. Montmarquette, ce n'est pas le programme de Québec solidaire.

    • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 8 mars 2017 13 h 38

      « Alors qu'il n'y a rien de concret sur la table depuis plus de 45 ans. » C .M.

      Qu’a donc proposé de concret Québec solidaire qui est assis à cette table depuis dix ans, sinon dénigrer 90% de la population du Québec qui ne pense pas comme eux?

    • Christian Montmarquette - Inscrit 8 mars 2017 14 h 45

      " Je crains l'homme d'un seul livre.." - Gilles Théberge

      ..et moi, je crains le parti d'une seule idée.

    • Christian Montmarquette - Inscrit 8 mars 2017 18 h 22

      À Richard Génois Chalifoux,

      "Qu’a donc proposé de concret Québec solidaire qui est assis à cette table depuis dix ans, sinon dénigrer 90% de la population du Québec qui ne pense pas comme eux?" - Richard Génois Chalifoux,

      QS propose une société égalitaire, un revenu minimum décent et garanti; un Québec sorti du pétrole; la gratuité scolaire; un impôt équitable pour les entreprises; des redevances sérieuses sur ses ressources naturelle; une banque nationale et gouvernementale du Québec; un régime de pensions suffisant et universel; l'éradication de la pauvreté; des services de santé gratuits et digne de ce nom; Pharma-Québec; un mode de scrutin proportionnel; Une Assemblée constituante où ce sont les citoyens qui vont décider eux-mêmes de leur Constitution et de la loi des loi et des loi qui gouvernera leurs élus.es etc.

      Quant à cette affirmation farfelue comme quoi QS dénigre 90% de la population du Québec.. Je ne sais pas d'où vous sortez ça.

      C'est vraiment n'importe quoi.

      Christian Montmarquette

  • Lise Bélanger - Abonnée 8 mars 2017 08 h 03

    Quel beau texte. Une belle réflexion sur la société québécoise, sa réalité.

    Le Canada déstabilise nos fleurons économiques nous enlevant ainsi la possibilité d'indépendance.

    Par manque de courage et inconscience on délaisse notre langue au profit d'une anancuture homogène anglophone. C'est bien difficile d'être debout quand trop se tiennent à genoux.

    Il y a ceux qui ne comprennent pas, entre autre certains (es) journalistes, il y a ceux qui devenus importants financièrement lèvent le nez sur ce projet de société autonome, il y a ceux qui sont indifférents sauf à leur petit confort etc....

    Mais les humains se lèvent quand il y a un projet emballant et des chefs efficaces e amène un effet d'entraînement, comme boule de neige qui roule.

    C'est pour cela que je ne désespère pas d'un pays à concrétiser. Tout dépend de notre volonté à y mettre les efforts pertinents à ne plus se laisser écraser en se croyant inférieur en ne parlant que français, en autre bien sur.

    Et surtout arrêter le Canada de déstabiliser notre économie, s'approprier nos fleurons économiques afin d'anéantir toute autonomie possible du Québec.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 8 mars 2017 08 h 12

    Je reste bouche bée devant cette description...

    ... de la situation actuelle inacceptable de ma société. Ce manque de fierté rend impuissant. Voter pour des citoyens qui dans le fond sont bienheureux de travailler pour qu'il en soit ainsi. Comment convaincre nos compatriotes que nous faisons fausse route dans ce carcan fédéral ou tant nous est imposé avec ordre d'obéir sans réagir. Tant qu'on y restera, on dépérira, seule la liberté nous sauvera.