Patriotes: allez comprendre pourquoi

Le jeudi 11 mai, le député de René-Lévesque, avec l’appui de la CAQ, a présenté une motion pour que flotte le drapeau des patriotes au mât du parlement et à celui des mairies du Québec le lundi de la Journée nationale des patriotes, soit le 22 mai. Or, le gouvernement a refusé d’appuyer cette motion qui voulait pourtant signaler visuellement la Journée nationale des patriotes.

 

Pourquoi ce pied de nez à des parlementaires du dix-neuvième siècle qui ont tant lutté pour la liberté et la démocratie ? Sait-on qu’un député sur trois fut emprisonné pour avoir participé à ce combat, que d’autres furent même pendus ou que leur tête fut mise à prix ? En refusant une demande qui relève du devoir de mémoire, le gouvernement ignore-t-il aussi que tous les Partis politiques d’aujourd’hui sont issus du Mouvement patriotique ?

 

Comme le rappelait Claude Ryan, qui leur rendait hommage, le 29 novembre 1989 à l’Assemblée nationale : « Certains peuvent s’approprier [les patriotes] pour justifier le mouvement souverainiste d’aujourd’hui ; d’autres peuvent se les approprier pour justifier l’option fédéraliste. Je ne pense pas qu’on ait le droit de se les approprier en exclusivité. Ils appartiennent à l’histoire avec tout ce qu’ils ont été, aussi avec ce qu’ils ont dit et ce qu’ils n’ont pas dit. » De sorte que ce refus d’arborer leur drapeau au parlement et dans les mairies relève d’un mesquin calcul partisan qui déshonore la démocratie québécoise.

15 commentaires
  • Alain Raby, Raby - Abonné 15 mai 2017 00 h 33

    Protestons le 22 mai prochain

    Le parti libéral lui-même est issu du Parti patriote que mena Louis-Joseph Papineau. Alors pourquoi les libéraux refusent-ils cet honneur aux patriotes de 1834-1839. Protestons en participant à la marche des patriotes organisée par Cap-sur-l'indépendance et la société-Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM), le 22 mai prochain.

    https://www.facebook.com/events/1282423868472845/

  • Denis Paquette - Abonné 15 mai 2017 01 h 40

    Un citoyen de nulle-part?

    Comme si nous ne l'étions pas toujours, comme s'il existerait une identité a part, que l'on appellerait les citoyens du monde, comme si nous ne l'étions pas toujours également, a moins de vouloir être un citoyen de nulle-part

  • Claude Bariteau - Abonné 15 mai 2017 04 h 49

    Facile à comprendre

    Monsieur Gaulin, vous vous indignez que le gouvernement du PLQ ait refusé d'appuyer une motion pour faire flotter le drapeau des Patriotes au parlement et dans les mairies. Avec raison.

    La réponse est dans l’éditorial de monsieur Dutrisac. Il écrit que « Philippe Couillard cultive une méfiance toute tocquevillienne à l’endroit de la démocratie dans son expression populaire », car pour lui il revient à une « élite éclairée de procéder sans entrave ».

    Or, c’est précisément le principal biais du régime politique au Bas-Canada, car y étaient à la tête des élites nommées aux Conseils législatif et exécutif à qui il revenait d’approuver ou de refuser les lois votées par les parlementaires élus de l’Assemblée législative.

    Aussi, pour le PLQ du PM Couillard, gouverner avec 42 % d’appui électoral est hautement démocratique. Alors, pas question de rappeler que les Patriotes proposaient une réforme du régime politique pour que les lois aient l’appui d’élus qui ont majoritairement celui des électeurs.

    Mieux valait rejeter cette motion commémorative comme les dirigeants britanniques ont rejeté les propositions du Parti patriote, car, pour le PLQ, le peuple québécois doit être dirigé par « une élite éclairée ».

    C’est ce que pensait Londres à l’époque pour le bien des habitants du Bas-Canada. Et c’est ce genre de pensée que nourrit le régime politique actuel de telle sorte que le changer demeure d’actualité comme au temps des Patriotes.

    En fait, la journée des Patriotes devrait être une journée de réflexions sur le régime actuel pour le changer, ce qui irait dans le sens de leur lutte pour un gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple.

  • Jacques Lamarche - Abonné 15 mai 2017 07 h 27

    Dans l'ordre des choses ... du gagnant!

    La conquête n'est pas encore tout-à-fait achevée! La guerre n'a cessé, mais elle pourrait bientôt se terminer. Dans le camp des conquérants, il faut éviter de raviver les mémoires et d'encourager la résistance à tenir plus longtemps. Les gagnants n'iront pas intérêt à célébrer un combat que des insurgés ont perdue dans le sang, qu'importe si les vainqueurs aient ou non changé de camp!

  • Hermel Cyr - Abonné 15 mai 2017 09 h 28

    Le PLQ, le parti de l’amnésie collective, une nouille molle

    Les Patriotes sont à l’origine de tous les partis politiques québécois, ayant été les premiers à combattre pour la responsabilité ministérielle. Ce fut particulièrement le cas des Rouges du milieu du 19e siècle, ancêtres des libéraux, qui furent alors les plus anticolonialistes, les plus autonomistes. Mais le présent parti libéral de Philippe Couillard est devenu une nouille molle qui ne se reconnait plus de filiation avec cette lutte historique pour la démocratie et la décolonisation.

    Le PLQ est devenu le parti de l’amnésie collective. C’est tout à fait significatif par exemple qu’il ait enlevé des crédits d’enseignement sur l’économie du monde actuel pour mettre à la place des crédits de comptabilité personnelle; une véritable entreprise de lessivage et de « ratatinement » des savoirs, de repli sur l’individu et d’isolement des réalités du monde.

    Vivement un gouvernement qui redonne au Québec une vision du monde … et sa place dans le monde.

    • Claude Bariteau - Abonné 15 mai 2017 12 h 48

      La responsabilité ministérielle fut demandée en 1811 par Pierre-Stanislas Bédard, ce qui lui valut l'emprissonnement car cette responsabilité ne pouvait pas être octroyée à des sujets coloniaux majoritaires à l'époque. Il fut par contre libéré pour inciter les habitants du Bas-Canada à participer à la guerre britannique contre les Américains.

      Cette idée, très britannique, intégrée dans le parlementarisme londonien en 1783, n'a pas été reprise par le Parti patriote sous Papineau, ce parti lui préférant la responsabilité des élus en demandant que ces derniers votent les lois à la fois à l'Assemblée législative et au Conseil législatif et soient responsables devant leurs électeurs.

      C'est ce qui fut le motif principal qui incita les Britanniques, leurs supporters loyalistes de même que des membres de l'élite locale choyée par les dirigeants à s'opposer radicalement à cette demande puisque les élus devaient être responsables devant le gouverneur général qui représentait l'ordre britannique.

      Les Patriotes écrasés, des ex-patriotes, dont Hippolyte Lafontaine, se firent promoteurs du gouvernement d'Union imposé par Londres, aussi de ce concept britannique de responsabilité, qui fut intégré par le gouverneur général en 1848 peu après qu'il eut été institué dans d'autres colinies britanniques d'Amérique du Nord.

      Ce point est majeur. Pour les Patriotes, il importait de changer le régime politique pour en instituer un qui reprenait des pans majeurs du régime républicain mis en place aux États-Unis en 1787.

      En 1864, Dorion remit cette idée de l'avant à la tête du Parti rouge en demandant la tenue d'un référendum sur le projet de Dominion of Canada. Les élus du gouvernement d'Union, dont le leader local Cartier, le déboutèrent sur la base qu'ils détenaient la responsabilité ministérielle de telle sorte que le Canada est devenu l'affaire d'élus locaux associés aux Britanniques.

    • Hermel Cyr - Abonné 15 mai 2017 13 h 23

      Merci de cette précision M. Bariteau.

      Effectivement, les Patriotes avaient des visées "rébublicaines" ... responsabilité des députés devant le peuple. Il est dommage que plusieurs commentateurs des 92 Résolutions (comme ici... http://hda-quebec-info.com/?p=157) répètent ce fait erroné.

      Voir l'excellente explication de Gilles Laporte ici:

      http://quebec.huffingtonpost.ca/gilles-laporte/pat