La bombe à retardement de la surpopulation

Depuis un bon moment, je m’étonne que la question de la surpopulation mondiale ait disparu du débat public. Avec raison, les environnementalistes luttent contre les hydrocarbures, les pesticides, les monocultures, les OGM, etc. Mais tous ces efforts seront inévitablement annulés si nous continuons l’ascension démographique des cent dernières années.

 

Énergie renouvelable, économie verte, développement durable ne peuvent avoir de sens si, chaque seconde, nous peuplons en surnombre la planète. Du 8 août au 31 décembre, la terre vit à crédit. Non seulement la population mondiale a triplé ou quadruplé dans le dernier siècle, mais la consommation de chaque individu en a fait autant sinon plus.

 

Les « décroissancistes », pour qui la question n’est pas de savoir s’il y aura décroissance mais bien de savoir si elle sera voulue, sont les seuls à s’inquiéter de l’emballement démographique. Le dieu croissance des économies est mesuré à l’aune du PIB, donc une consommation toujours plus grande et des consommateurs toujours plus nombreux.

 

Alors que population humaine croît à la vitesse grand V, de nombreuses espèces animales sont en déclin sévère à cause de notre activité et de notre occupation toujours plus grande du territoire. Les études récentes indiquent que les populations mondiales d’oiseaux marins ont diminué de près de 70 % depuis 1950. Au Québec, les scientifiques s’inquiètent pour la colonie emblématique des fous de Bassan de l’île Bonaventure en Gaspésie. Et que dire des populations de bélugas ?

 

Au soir de sa vie, lors d’un dernier entretien, l’anthropologue Claude Lévis-Strauss, à qui l’on posait la question : « Que diriez-vous de l’avenir ? » répondit : « Ne me demandez rien de ce genre. Nous sommes dans un monde auquel je n’appartiens déjà plus. Celui que j’ai connu, celui que j’ai aimé avait 2,5 milliards d’habitants. Le monde actuel [2005] en compte 6 milliards. Ce n’est plus le mien. Et celui de demain peuplé de 9 milliards d’hommes et de femmes — même s’il s’agit d’un pic de population comme on nous l’assure pour nous consoler — m’interdit toute prédiction. »

 

Avant que notre égoïsme détruise tout, il est impérieux que chercheurs scientifiques et communicateurs remettent le sujet de la surpopulation à l’ordre du jour.

  • Nadia Alexan - Abonnée 20 mars 2017 01 h 00

    La religion impose la procréation!

    Il est regrettable monsieur Jean-Pierre Sauvé que vos propos vont se heurter à la religion qui impose la procréation et qui interdit le contrôle de la population, notamment chez les pays du tiers-monde où la religion est encore primordiale! Seuls les pays de l'Occident, qui se sont débarrassés de la religion, ont été capables de contrôler leur progéniture à un ou deux enfants par famille.

    • François Beaulé - Abonné 20 mars 2017 07 h 52

      Il y a beaucoup de vrai dans votre dénonciation de la religion nataliste. Cependant, les dangers pour l'environnement sont le résultat de l'industrialisation bien davantage que de l'importance de la natalité. Et la révolution industrielle est une création occidentale.

      L'industrialisation est allée de pair avec la montée du capitalisme, un système économique qui carbure à la croissance. Le capitalisme est fondé sur le rêve d'une croissance infinie. Ce mythe de la croissance infinie est une croyance largement partagée en Occident par l'élite et le peuple, par les gens d'affaire et les économistes, par les gouvernements, les scientifiques et même les journalistes !

      Le système capitaliste et le mythe de la croissance infinie forment une pseudo-religion dévastatrice pour l'environnement, beaucoup plus que n'importe quelle autre religion dans l'histoire.

      Quand la rationalité ou la catastrophe environnementale mènera l'humanité à abandonner le mythe de la croissance infinie sur une planète limitée, le système économique capitaliste, s'il ne peut être modifié avant, s'effondrera.

      Les riches Occidentaux veulent maintenir leurs privilèges le plus longtemps possible. Ils sont prêts à tout pour entretenir le mythe de la croissance. Ils disposent d'énormes moyens pour imposer leur credo. La propagande publicitaire en est un. Leur lobbying incessant auprès des gouvernements en est un autre. Le discours des économistes dévoués à la «religion» capitaliste en est un 3e.

    • Bernard Terreault - Abonné 20 mars 2017 11 h 17

      À François Beaulé : le communisme carburait aussi à la croissance et à la consommation sans limite. Ce n'est donc pas une carastéristique du capitalisme mais plutôt un instinct inscrit dans notre ADN. Quel enfant ne veut pas plus de bonbons et de joujoux? Un instinct de vie, longtemps positif, car il a mené au progrès. Mais un instinct que nous devrons contrôler car, pour la première fois dans l'histoire, nous avons les technologies qui peuvent mener à l'épuisement de nos ressources et donc notre propre destruction.

    • Danielle Houle - Abonnée 20 mars 2017 12 h 48

      Vous avez raison concernant la religion et la procréation. Dans les pays plus pauvres, il y a beaucoup d'enfants et pas seulement à cause de la religion, mais aussi parce que les femmes, encore les femmes..., n'ont pas nécessairement accès à la contraception, mais aussi, parce qu'avoir un enfant est souvent tout ce que ces gens peuvent ''avoir''. Je vois des femmes parfois qui vivent de l'aide sociale avec 2 enfants et parfois plus. Être mère est un statut, parfois c'est tout ce que les gens ont. C'est malheureux, mais c'est parfois comme ça.

    • François Beaulé - Abonné 20 mars 2017 17 h 55

      À M. Terreault,
      Ce n'est pas seulement une question de prétendus instincts des individus. Il s'agit d'un système économique que doivent intégrer les individus pour s'intégrer à la société.

      Or le système capitaliste, du moins selon les règles actuelles, ne peut pas fonctionner sans croissance. Si la plupart des Occidentaux, ayant maîtrisé leurs prétendus instincts, adoptaient un mode de vie frugal, le système capitaliste serait en crise profonde.

  • Jacques - Abonné 20 mars 2017 03 h 30

    Vous n'êtes pas le seul

    à vous inquiéter! Seulement, personne, à part vous, ne semble plus s'intéresser à la question.
    Jacques Lessard

  • Pierre Cousineau - Abonné 20 mars 2017 04 h 50

    L'inquiétude de M. Sauvé est partagée par beaucoup de gens. Tout continue comme si de rien n'était. La menace est ressentie comme imminente. Elle est invoquée dans les conversations de manière récurrente.

    La machine économique semble inarrêtable. Trop tricotée dans tous les coins et recoins pour être réformée ou transformée. Pourtant elle le sera. De gré ou de force.

    Une sagesse élémentaire, c'est de conserver chaque hectare de terre agricole du territoire qui nous entoure. Nous le devons aux jeunes.

    • Cyril Dionne - Abonné 20 mars 2017 07 h 56

      Ce n'est pas la machine économique qui est responsable, mais comme le souligne si bien le texte, la surpopulation.

      La surpopulation engendre les défis climatiques, la pollution, l'utilisation des énergies fossiles et la destruction des écosystèmes animal et végétal.

      Encore une fois, ce sont les croyances archaïques religieuses et culturelles qui font en sorte que les gens continuent de procréer surtout dans les pays en voie de développement. Avoir une famille de 10 ans enfants alors qu’on ne peut même pas en nourrir un adéquatement est ridicule. C’est dans le livre de la Genèse qui dit implicitement : « Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel ».

      Thomas Malthus avait raison.

    • Hugues Savard - Inscrit 21 mars 2017 11 h 45

      M. Dionne: Les religions prônent le détachement et l'oubli de soi. Tout le contraire de la surconsommation et de la convoitise qui nous ont mené au bord du gouffre.

      Le pillage et le gaspillage sont peut-être plus en cause que la surpopulation.

      On pourrait aussi vour rétorquer qu'il est ridicule de vivre dans le super-luxe pendant que la moitié de la planète crève de faim.

      Mais quand on veut tout mettre sur le dos de la religion...

    • Cyril Dionne - Abonné 21 mars 2017 18 h 12

      Encore une fois M. Savard, ce n’est pas la surconsommation et la convoitise qui nous ont mené au bord du gouffre, mais comme le soulignait si bien l’auteur de cette lettre, c’est la surpopulation. Posez-vous la question suivante : en quoi aspirent tous les gens des pays en voie de développement? De pouvoir consommer comme nous en Occident. Mais c’est impossible aujourd’hui avec le nombre d’humains sur la planète.

      Comme vous l’avez si bien mentionné plus bas, nous vivons sur une planète limitée et donc notre monde est limité. Ce n’est pas en étant plus d’humains au mètre carré que la Terre va produire davantage pour une espèce qui apparaît plutôt comme un virus pour toutes les autres êtres vivants. Comme ils disent en anglais : « we are living on borrowed time ».

      On est tous biens contents d’apprendre que la religion prône le détachement et l'oubli de soi mais ce n’est pas ce qu’on voit ou entrevoit. Le Québec est sorti de la grande noirceur avec ses familles de 10 à 15 enfants imposés par l’église catholique. Nous ne sommes pas prêts à retourner en arrière, quelque soit l’idéologie politico-religieuse aux accents d’amis imaginaires, laïcité oblige.

      En passant, qu’arrivera-t-il aux dieux que l’homme a inventé lorsque notre étoile, le soleil s’éteindra ?

      « La religion, ce luxe des pauvres... » (Alice Parizeau)

  • Réal Boivin - Inscrit 20 mars 2017 05 h 57

    Cancer de la terre

    Dans un tableau de Radio Canada on voyait que seul le Japon aurait une baisse de population prévue. Les Japonais forment un peuple branché sur le futur. Ici on ne cesse de nous dire que notre faible taux de reproduction est un grave problème pour notre survie. Pourtant nous savons très bien que toute les espèces sont disparus à cause de la dégradation de leur milieu de vie. Notre disparition s'en vient à très grands pas mais nos gouvernements ne parlent que d'économie.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 20 mars 2017 09 h 27

    Lettre très pertinente

    Bravo !