Idées — Le fédéralisme des Québécois se conjugue au conditionnel

L'auteur pose la question: «les Québécois peuvent-ils choisir eux aussi qui sera à la tête du gouvernement fédéral, tout en s’attendant à ce que leurs députés, ici au Québec, soient d’abord et avant tout leurs représentants du Québec à Ottawa?»
Photo: Tom Hanson La Presse canadienne L'auteur pose la question: «les Québécois peuvent-ils choisir eux aussi qui sera à la tête du gouvernement fédéral, tout en s’attendant à ce que leurs députés, ici au Québec, soient d’abord et avant tout leurs représentants du Québec à Ottawa?»

Pas évident d’être un Québécois qui cherche la place du Québec à Ottawa. C’est ce que je constate aux premières loges, assis sur les banquettes de la Chambre des communes, élu par mes voisines et voisins de Longueuil et de Saint-Hubert pour les représenter. C’est ce que j’ai constaté aussi, depuis Cap-aux-Meules, en vacances d’une semaine aux îles de la Madeleine, en regardant les débats de la course à la chefferie du NPD.

 

Le problème n’est pas nouveau, bien sûr. La moitié du Québec a déjà rêvé, à un moment ou à un autre, à l’option de l’indépendance. J’ai été de ceux-là. Et de René Lévesque à Robert Bourassa, de Brian Mulroney à Lucien Bouchard, nombreux sont les Québécoises et les Québécois, femmes et hommes politiques, à avoir tenté de faire comprendre au reste du Canada la nature distincte du Québec, sa réalité nationale.

 

Avec toute la bonne foi du monde, j’ai travaillé pour que le Québec ait sa place au sein du Parlement canadien, comme au sein de mon parti. Je me suis fait un devoir de défendre sans relâche les intérêts du Québec. En tant que porte-parole néodémocrate pour la culture et vis-à-vis de Mélanie Joly, je me suis exprimé inlassablement au nom de nos industries culturelles. Quand l’avenir de la culture québécoise et de la langue française à la télé a été remis en question par le CRTC au printemps dernier, j’ai été de ceux qui ont crié sur tous les toits pour dénoncer les effets pervers de cette décision.

 

Comme tant de Québécois, je conjugue mon fédéralisme au conditionnel. En tant qu’élu, je me suis promis d’aller au bout de l’expérience fédérale, de chercher notre place dans cette structure constitutionnelle dont nous avons hérité, et de tirer les conclusions au besoin. Mais comme bien d’autres qui sont passés par là, et qui eux aussi y ont mis du coeur, j’en suis à douter.

 

Le doute

 

Je doute quand je vois Mélanie Joly, ministre responsable de nos industries culturelles, hésiter à défendre nos moyens industriels, économiques et identitaires en matière de culture et permettre la démolition en douce de notre écosystème culturel, sans égard aux réalités exprimées par le milieu.

 

Je doute quand je vois les libéraux et les conservateurs repousser, sans une seconde de réflexion, la proposition du premier ministre du Québec de discuter de notre avenir dans un état de fait constitutionnel auquel nous n’avons d’ailleurs jamais adhéré.

 

Et je doute quand je vois des candidats à la chefferie de mon propre parti — dont certains sont devenus des amis au fil des ans — issus d’autres provinces remettre en question la légitimité des débats qui se passent à l’Assemblée nationale et réfléchir à haute voix à d’éventuelles mesures disciplinaires fédérales. Si la reconnaissance de la nation québécoise a un sens, on ne peut évidemment pas accepter, en tant que représentants du Québec, que le fédéral propose de s’ingérer dans nos affaires.

 

Nous vivons aujourd’hui dans un système fédéral, et nombre de pouvoirs — dont plusieurs lois et institutions fondamentales pour la culture québécoise — demeurent à Ottawa. Ce n’est pas pour rien que les Québécois ont cherché, lors des deux dernières élections fédérales, à élire un parti pouvant former le gouvernement.

 

Mais les vagues orange de 2011 et rouge de 2015 ne doivent pas être perçues comme la mise en veille des aspirations nationales du Québec. Bien au contraire. Les Québécois attendent des partis fédéraux le respect du Québec et de sa distinction nationale. Ils s’attendent à ce que leurs représentants au Parlement fédéral, peu importe l’étiquette, défendent la distinction québécoise.

 

La question est donc la suivante : les Québécois peuvent-ils choisir eux aussi qui sera à la tête du gouvernement fédéral, tout en s’attendant à ce que leurs députés, ici au Québec, soient d’abord et avant tout leurs représentants du Québec à Ottawa ?

 

Un partenariat

 

Il faut reconnaître que je ne suis pas un néodémocrate de souche. Je me suis retrouvé par deux fois candidat du NPD non pas par militantisme de longue date, mais parce que — comme tant de Québécois l’ont été en 2011 — j’ai été séduit par le message d’un étonnant et sympathique conseiller municipal torontois nommé Jack Layton. Il lançait aux Québécois, avec son aplomb désarmant, une offre assez audacieuse : un partenariat, au sein de son parti quasi inconnu au Québec, pour former un gouvernement où le Québec serait respecté et où il aurait toute sa place en tant que nation distincte.

 

C’était à des années-lumière des campagnes et des programmes pancanadiens « coast to coast » que nous proposent aujourd’hui les partis politiques majeurs à Ottawa. C’est pourtant précisément une offre de partenariat comme celle de Jack Layton que tant de Québécois attendent de recevoir de ces mêmes partis politiques qui aspirent à gouverner — et je parle ici aussi du mien. Il n’y a aucune raison pour que chacun de ces partis ne s’ouvre pas à la création d’ailes québécoises fortes et autonomes, dotées de programmes qui répondent aux aspirations et aux ambitions des Québécois. Il n’y a aucune raison pour justifier qu’ils ne s’engagent pas formellement à respecter la légitimité des débats démocratiques de l’Assemblée nationale, institution qui — doit-on le rappeler à nos voisins du Rest of Canada — existait bien avant la Confédération. Il n’y a aucune bonne raison pour que ces partis ne cherchent pas à gouverner sur la base d’un partenariat d’égal à égal, entre le Canada, le Québec et les peuples autochtones.

 

Le NPD a déjà été — pendant les années Layton — porteur d’une telle proposition respectueuse. Pour parler au Québécois, il est encore à peu près temps pour que la candidate et les candidats à la chefferie du NPD prennent pleinement conscience de cette démarche, plus que jamais d’actualité. Au final, ce seront les Québécois qui jugeront de l’offre qui leur sera faite.

26 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 13 septembre 2017 01 h 51

    Merci

    Aux dernières élections fédérales, le NPD pouvait se présenter comme le parti le plus susceptible de 'dé-harperiser' le Canada. Effectivement, le gouvernement Trudeau poursuit globalement les mêmes politiques économiques que le gouvernement conservateur.

    Je ne doute absolument pas de votre sincérité, M. Nantel. Mais vous savez que des sujets sensibles occupent une place démesurée dans les débats politiques. L'un de ces sujet est l'intention québécoise d'obliger l'offre et la fourniture de services gouvernementaux à visage découvert.

    Cette exigence est le plus petit dénominateur commun de tous les partis politiques du Québec. Or le NPD s'y oppose tout en disant respecter l'intention québécoise.

    J'apprécie ce respect mais je crois que cela ne suffit pas. Je crains que ce sujet disqualifie le NPD aux yeux d'un grand nombre d'électeurs québécois.

    Sous la direction de Martine Ouellet, un autre parti fédéral est probablement plus en phase avec les mentalités qui prévalent au Québec.

    Ceci étant dit, je crois qu'il existe des gens sincères et dévoués dans tous les partis politiques et je vous souhaite bonne chance dans votre carrière au parlement.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 13 septembre 2017 07 h 10

    Entretenir un mythe

    Il est aussi possible de réformer la canadian constitution que de bannir la neige de l'hiver québécois.

    D'ailleurs, le NPD a toujours été le parti le plus centralisateur dans ses approches.

    La vague orange fut une erreur de parcours!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 13 septembre 2017 12 h 11

      Re : constitution de 1982 et Meech, le NPD contre le Québec.

      « Malgré les dissensions, la Constitution sera rapatriée en 1982, sans l'accord du Québec. Cette année-là, le NPD d'Ed Broadbent appuie son rapatriement.(….) Puis, lors d'un congrès tenu en 1989, le NPD rejette l'accord, à l'instar de son nouveau chef, Audrey McLaughlin, qui, elle, s'y est toujours opposée.(…)

      L'Autochtone Elijah Harper, député néo-démocrate provincial manitobain, est l'un de ses fossoyeurs, mais il est loin d'être le seul. »
      http://beta.radio-canada.ca/nouvelle/611505/consti

  • Cyril Dionne - Abonné 13 septembre 2017 07 h 56

    "Le fédéralisme des Québécois se conjugue au conditionnel".

    Moi, je le conjugue au passé antérieur.

    • Cyril Dionne - Abonné 13 septembre 2017 18 h 01

      Pour rajouter, ceux qui ont cru aux sirènes de Jack Lawton étaient naïfs. Ce politicien de 2e ordre au ROC n'a jamais réussi à se faire élire maire de Toronto à maintes reprises. Même durant la supposée vague orange, le ROC n'a pas voté pour lui. Son épouse a été éclaboussée durant la dernière campagne électorale à Toronto.

      Ceci étant dit, les gens du NPD ne se reconnaissent plus dans ce parti qui était jadis pour les travailleurs. Maintenant, c’est à l’autel du multiculturalisme exagéré qu’ils prient et plus personne ne se retrouve. Ce n’est pas avec Jagmeet Singh que ceux-ci retrouveront la ferveur des « Canadians » ordinaires. Non seulement le Québec au complet va lui échapper, mais aussi le Nord de l’Ontario et la plupart des comtés dans l’ouest canadien. Et je ne donnerais pas cher de la peau de ceux qui sont dans le sud de l’Ontario.

      Nous avons vu à la dernière élection que les multiculturalistes ne votaient pas NPD (voir Montréal, Toronto et Vancouver). Alors, si les inconditionnels boudent ce parti, il ne reste plus rien à part de ceux qui épousent une certaine idéologie politico-religieuse et qui se promènent en motocyclette sans casque protecteur ou bien arpentent des chantiers de construction de la même façon.

  • Pierre Samuel - Abonné 13 septembre 2017 08 h 36

    NPD ou l'art de se tirer dans le pied...

    Après avoir dégommé Thomas Mulcair, le pugnace chef de l'opposition, voir la députée, Hélène Laverdière, du comté Laurier-Ste-Marie, ex-fief de Gilles Duceppe, appuyer un Jagmeet Singh, vos chances sont, en effet, très bonnes, n'est-ce pas ?

  • Bernard Terreault - Abonné 13 septembre 2017 08 h 38

    Question

    À quoi réfère précisément Pierre Nantel quand il parle de candidats "qui remettent en question la légitimité des débats qui se passent à l’Assemblée nationale et réfléchir à haute voix à d’éventuelles mesures disciplinaires fédérales" ?