Francisation des immigrants: la désinvolture

Dans son dernier rapport, la vérificatrice générale (VG) du Québec, Guylaine Leclerc, a constaté le dysfonctionnement du programme de francisation des immigrants dont est chargé le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI). Cette déplorable situation est pourtant connue depuis des années, et le gouvernement n’a rien fait. Quand il est question de la langue française, sa posture, c’est l’apathie ; tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, répète-t-il.

Dans son audit portant sur la francisation des immigrants par le MIDI, la VG établit que seulement le tiers des nouveaux arrivants qui ne connaissaient pas le français ont suivi un cours de français offert par le ministère. Parmi ceux qui s’inscrivent aux cours du MIDI, une poignée seulement réussit à atteindre le niveau de compétence en français jugé nécessaire pour occuper un emploi ou poursuivre des études postsecondaires.

L’an dernier, Le Devoir avait révélé que seulement 40 % des immigrants qui ne connaissaient pas le français s’inscrivaient à un cours de français, tandis que, huit ans plus tôt, cette proportion était de 60 %. Que se passait-il ? Le MIDI, entretenant d’oiseuses conjectures, n’en savait rien.

Pourtant, comme le souligne la VG, en présentant leur demande de certificat de sélection, les candidats à l’immigration choisis par Québec signent une déclaration dans laquelle ils s’engagent à respecter les valeurs communes de la société québécoise et à apprendre le français s’ils ne le connaissent pas déjà.

Or, le MIDI n’effectue aucun suivi individuel de ces nouveaux arrivants qui choisissent de ne pas participer aux cours de français du ministère. On ne sait pas si c’est parce qu’ils ont trouvé du travail et, si c’est le cas, dans quelle langue ils travaillent.

On peut se demander à quoi sert cette déclaration s’il ne s’agit pas d’un engagement à tout le moins moral. Désinvolte, le MIDI a manifestement décidé qu’il ne voulait rien dire.

Quand il est question de la langue française, le gouvernement Couillard répète qu’il n’y a pas de problème. Vendredi, la nouvelle ministre de la Culture et des Communications et responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française, Marie Montpetit, a réagi sur les ondes de LCN à ce gérant de la nouvelle boutique Adidas au centre-ville de Montréal pour qui la langue française doit être « accommodée » tandis que la langue qui prime, c’est l’anglais. Citant une étude, rendue publique jeudi par l’Office québécois de la langue française, Marie Montpetit affirmait que le français connaissait une « progression » comme langue d’usage au travail.

Ce n’est aucunement ce que montre cette étude. « Il n’y a pas de différence significative quant à l’usage du français au travail […] entre 2016 et 2010 », écrit l’auteur de l’étude, Charles-Étienne Olivier. Et il ajoute : « Il y a donc une apparente stabilisation de l’usage du français au travail depuis près de 20 ans. » Tout au plus pouvons-nous constater que les milieux de travail sont de plus en plus bilingues dans la grande région de Montréal : moins de francophones travaillent exclusivement en français tandis qu’anglophones et allophones travaillent plus souvent en français.

Peut-on y voir un réel progrès ? Seulement si l’on fait preuve de mauvaise foi en mettant de côté les conclusions du chercheur. Plutôt que de se réjouir d’un progrès imaginaire, le gouvernement libéral aurait avantage à s’en tenir aux faits et à reconnaître les ratés de la francisation. Surtout quand on sait que Philippe Couillard a l’intention de hausser substantiellement le nombre d’immigrants admis tandis qu’ils sont de moins en moins nombreux à connaître le français à leur arrivée.

14 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 27 novembre 2017 00 h 51

    quelle innocence

    vous dites de la désinvolture, vous êtes gentils, je dirais plustôt de l'incompétence crasse, qu'elles sont les pays qui seraient près a ouvrir toute grande leur porte et avec des argents a l'appui, sans autres formalitées , enfin, quelle innocence rare

    • Yves Mercure - Abonné 27 novembre 2017 13 h 49

      Comme M. Dupuis plus bas, vous semblez croire en la naïveté des libéraux. Et si c'était en parfaite conscience et stratégie de longue date, particulièrement appropriée en ce moment?
      A mari usque ad mare, bonne devise libérale, bien assise sur l'univers anglo-saxon. Pour se constituer, ce parti préféra d'emblé la majorité monétaire, militaire et populaire. Cette base est le 25-30 de vote linguistique le plus ferme au Québec, les francophones se partageant de manière variable entre divers parti. Dans les temps difficile pour cette bande d'opportuniste, le retour vers la base assurée est le moyen de sauver les meuble. Les anglophones d'origine n'ont que peu besoin du parti. Les nouveaux québécois sont très majoritairement anglophones et sont accueilli par le Canada, le fait Québec est secondaire (malgré l'influence factice du pouvoir relatif de Québec en la matière) et le choix linguistique clair. Pourquoi les libéraux feraient-ils des effort sincères pour le bilinguisme? Quel serait leur avantage de convertir vers l'ennemi de toujours? La preuve en est que ce n'est pas leur bien mais bien leur vote qui est recherché : on fait venir des gens en masse et on laisse dans cette absence de choix et un niveau de chômage aberrant. Profit pour du "cheap labor" et vote quasi assuré. Et je conçois fort bien que arrivant au CANADA, la reconnaissance va au fédéralisme plutôt qu'aux aspirations d'une minorité locle d'un pays par ailleurs anglo… Les libéraux ne se trompent pas je crois, ils sont seulement abjects.

    • Clermont Domingue - Abonné 27 novembre 2017 18 h 32

      À monsieur Mercure.
      Je pense que vous avez bien compris que les immigrants n'ont pas besoin du français.

      Le parti libéral,lui, a besoin du vote des immigrants.Il est tout à fait normal que ce parti ne fasse rien pour leur imposer une langue difficile dont ils n'ont pas besoin.

      Élisons les libéraux pour un autre mandat et leurs partisans réclameront le libre choix de la langue d'enseignement pour les enfants du Québec.Imaginez la suite...

  • Robert Beauchamp - Abonné 27 novembre 2017 05 h 51

    Alliance-Québec

    En ne faisant rien, Katleen Weil en tant qu'ex-conseillère d'Alliance-Québec, a fait un excellent travail de sape. Comment a-t-on pensé lui confier un tel dossier! Elle qui vient de faire un virage à 180 degrés, démontrant ainsi sa vraie nature en acceptant le mandat de veiller à mesurer les impacts de toute nouvele loi ou mesure sur la communauté anglophone, celle qui est la mieux choyée. Cette approche est totalement discriminatoire pour les autres Québécois. Ils ne se sentent pas Québécois dit-on. Ils ont choisi pour beaucoup d'entre eux la getthoïsation de luxe, et leur plainte quant à leur sentiment d'appartenance n'est qu'un vieux disque.
    Trop de ces personnes ayant choisi la culture anglophone, confondent méprise et mépris. Je le sais d'expérience pour être né et avoir vécu à Montréal depuis 1941.

    • Gilles Théberge - Abonné 27 novembre 2017 09 h 53

      Comment a-t’on pensé à lui confier un tel dossier?

      Ben voyons, c’est tout réfléchi!

  • Gilles Théberge - Abonné 27 novembre 2017 07 h 53

    Il est certain que la solution à court terme, c’est le renvoi de cette bande de joyeux drilles jovialistes...

    Mais les remplacer par la CAQ...?

    Je pense que le moyen le plus sûr de s’écraser dans le mur de l’indifférence, c’est de voter pour la CAQ.

    Parce que ce parti bon ententiste est prêt à de multiples compromis, qui peuvent s’avérer être des compromissions, coûteuse.

  • Bernard Dupuis - Abonné 27 novembre 2017 11 h 35

    Le Québec en tant que province a-t-il un sens?

    Les libéraux ne cessent d’adopter une attitude pleine d’espoir relativement à la francisation des immigrants en particulier et relativement à l’avenir du français dans leur province. Or on peut se demander sur quelle exoplanète ils vivent. Le Québec en tant que province s’en va vers l’augmentation grandissante de l’importance et de la popularité accordé à l’anglais et vers le dénigrement et la disparition progressive du français.

    Ce non-sens vers lequel se dirige la Québec comme province se manifeste parmi les rangs du parti libéral lui-même. On y accorde un droit de regard aux anglophones relativement à toutes les lois québécoises. Ces mêmes anglophones proposent la bilinguisation de la fonction publique québécoise afin de ne pas avoir à utiliser le français au Québec. Puisque le Québec est une simple province et que le Canada est un pays bilingue (sic), l’anglais devrait avoir plus d’importance quitte à contribuer à la disparition graduelle du français.

    La francisation des immigrants comme solution à la pérennité du français apparaît de plus en plus comme un faux espoir. Tant que le Québec sera considéré comme une province, le français ne suscitera aucun espoir pour les immigrants. Ce n’est pas pour rien qu’ils se considèrent comme des Canadiens d’abord et que pour eux c’est le nationalisme canadien qui a du sens.

    Il suffit de voir leur enthousiasme devant le drapeau blanc et gros rouge anglais. Leur espoir c’est l’affirmation de l’anglais pour arriver au bilinguisme et à la disparition du français. C’est pourquoi ils n’ont aucun intérêt à se mettre à l’apprentissage du français. C’est le Canada qui est le pays et qui suscite de l’espoir.

    Tant que le Québec demeurera une province, il ne récoltera que le mépris de la part des immigrants et de la part des libéraux eux-mêmes. Ceux-ci préféreront aller vivre sur leur exoplanète, on ne sait trop où .

    Bernard Dupuis, 27/11/2017

    • Clermont Domingue - Abonné 27 novembre 2017 18 h 50

      Les immigrants font partie de la majorité anglophone du Canada. Pourquoi voudraient-ils faire partie de notre minorité?

  • Pierre Raymond - Abonné 27 novembre 2017 13 h 53

    Respect !

    Il faut soumettre tous les immigrants choisissant le Québec à un solide apprentissage du français et... bien leur faire comprendre deux (2 ) choses :

    1- Refuser d'apprendre le français c'est tourner le dos à la majorité de la société
    d'accueil.
    2- Si les lois et règlements du Québec leur sont trop contraignants-es, leur nouveau
    passeport leur offre le loisir de choisir 9 autres provinces et 3 territoires pour faire
    leur vie sans autre formalité que de louer un camion pour déménager.

    C'est la grande qualité du Canada... c'est grand !!!

    • Brigitte Garneau - Abonnée 27 novembre 2017 18 h 34

      Et vlan dans les dents! Tout est dit.

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 novembre 2017 18 h 54

      Néanmoins, ce serait illégal...