La conjugaison du plus-que-parfait du subjonctif ou la déclinaison du théorème de Pythagore (a2 + b2 = c2) ne sont pas, vous en conviendrez, l’entrée en matière rêvée pour une discussion sur la sexualité. À plus forte raison quand on a 10-12-14 ans, que le temps en classe est déjà long et que l’éveil à la sexualité, bien qu’omniprésent, se fait peu sentir à midi moins quart un mardi matin alors que la prof de français s’est curieusement métamorphosée en Janette-veut-savoir. Et toi, Arnaud, t’as déjà pensé à conjuguer le verbe avec ta petite-amie ?

Bienvenue au nouvel apprentissage d’éducation sexuelle qui devait débuter à l’automne 2017, partout au Québec, de la maternelle à la 5e secondaire, mais pour des raisons qui ne sont pas tout à fait claires, a été retardé. Après cinq ans de gestation, deux ans de projet-pilote dans une quinzaine d’écoles, et 860 000 $ d’investissement, nous ne sommes toujours pas prêts, dit le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx. Il semblerait que malgré ce temps et l’argent investis, on accuse un manque de formation et de disponibilité de matériel pédagogique.

Curieusement, la toute nouvelle trouvaille du ministère, le cours « d’éducation financière », ne connaîtrait, elle, aucun retard. Le cours sera implanté obligatoirement dès l’automne prochain dans toutes les classes de 5e secondaire. Et cela, même si cette matière est déjà disponible (on discute finances depuis 2009 dans le cours Monde contemporain) et que les enseignants n’ont toujours pas été consultés sur ce nouveau curriculum. Il faut croire que la finance, pour le ministre, c’est du sérieux, et que l’éducation sexuelle, eh bien, c’est de l’improvisation. Comment sinon expliquer ce deux poids deux mesures ?

Imaginerait-on enseigner l’économie par petites « capsules » d’abord, au gré des humeurs des commissions scolaires et des dispositions d’enseignants, qui n’ont, en plus, aucune expertise particulière en la matière ? Car c’est le modèle qui a été retenu pour réintroduire l’éducation sexuelle à l’école, l’enseignement à la « transversale », c’est-à-dire qu’il ne s’agit pas de cours inscrits à l’horaire ou donnés par un enseignant attitré. Au moment de lancer le projet-pilote en août 2015, il revenait aux directeurs d’école de recruter des « volontaires », enseignants, infirmières ou travailleurs communautaires, pour instaurer des mini-ateliers ou « projets » qui s’égrèneraient comme par magie à l’intérieur du curriculum — à raison de cinq heures par année au primaire et quinze heures au secondaire. Ah, et tout ceci, sans budget additionnel ni « balises pédagogiques claires ».

« C’est un euphémisme de dire que c’est de la broche à foin », de ponctuer le président de la Fédération autonome des enseignants, Sylvain Mallette.

Il me semble qu’à choisir, je préférais connaître les moyens de contraception disponibles que de savoir gérer, à 16-17 ans, mon téléphone cellulaire ou ma carte de crédit. Pas vous ? Pouvoir reconnaître une maladie transmise sexuellement ou encore discuter de ce fameux « consentement » avant un rapport sexuel me semble plus utile, plus formateur et infiniment plus complexe, soit dit en passant, que de parfaire mes habilités de consommatrice avertie. À l’heure où le Web nous offre des gros plans de coïts au ralenti et que la violence sexuelle est un peu partout, il y a urgence aujourd’hui de refaire nos devoirs.

Rappelons que les cours de sexualité ont disparu en 2003, année où la réforme scolaire balayait l’incontournable « cours de formation personnelle et sociale », dans lequel s’inscrivait cette matière, pour faire plus de place aux cours de base, tels le français et les mathématiques. De 2003 à 2015, l’éducation sexuelle relevait donc de l’ensemble des enseignants « sans directives précises en la matière ». En d’autres mots, devenue l’affaire de personne en particulier, cette matière a été totalement marginalisée.

Il a fallu des pétitions réclamant de nouveaux cours en 2010, ainsi que la prolifération de la porno et une montée inquiétante de maladies transmises sexuellement pour pousser le gouvernement à agir, cinq ans plus tard. Mais avec les résultats peu convaincants que l’on constate encore aujourd’hui. Mise à part l’inclusion de l’éducation sexuelle au primaire et au préscolaire, sans doute une bonne idée, le nouvel apprentissage semble s’inspirer de la même désinvolture qui a marqué l’éducation sexuelle depuis 15 ans.

Le Québec est pourtant un endroit reconnu pour sa formation en sexologie. Qu’attendons-nous pour prendre l’éducation sexuelle plus au sérieux ?

29 commentaires
  • Diane Gélinas - Abonnée 19 avril 2017 01 h 43

    Sexualité des enfants

    La sexologue Jocelyne Robert a déjà publié d'excellent livres en tenant compte de l'âge de l'enfant : 0-6 ans, 6-9 ans, 9-11 ans et 12 ans et plus.

    L'instrument existe et correspond tout à fait aux besoins des garderies et des écoles. Tout-e enseignant-e est compétent pour bâtir un plan de cours inspiré de ces livres.

    Les opinions politiques de Madame Robert seraient-elles un obstacle à l'utilisation de ses oeuvres... considérant la tendance du PLQ à favoriser ses ami-es sans égard à la compétence réelle ?

  • Claude Bariteau - Abonné 19 avril 2017 07 h 41

    Quel ordre derrière ces mesures ?

    Votre présentation néglige un point basique entre l'évitement et l'empressement de deux mesures, ce qui amène à voir de la broche à foin là où il y a n'y broche ni foin, mais quelque chose comme un ordre recherché.

    Cet ordre découle -c'est mon hypothèse- d'une formation inscrite dans des apprentissages qui s'inscrivent dans une valorisation de la diversité religieuse remplaçant celle, hier dans les écoles, d'une religion et d'une culture qui formaient à l'homogénéité en deux ordres différents remplacés depuis par des ordres linguistiques chapeautant les ordres religieux à respecter.

    Dans cet univers, des cours se sexualité ne peuvent qu'être optionnels pour ceux et celles dont les parents acceptent que leurs enfants y soient exposés par des spécialites de la chose, question de ne pas sexuer les enseignants et les enseignantes. C'est une question d'ordre qui renvoie aux croyances qui se transmettent par les parents et les directeurs de conscience patentés.

    Par contre, les recettes associées à la finance renvoient à un ordre essentiel, présumé partagé par tous les parents, ceux d'hier accrochés ou simplement ancrés au territoire du Québec comme ceux venus de l'immigration. Cet ordre se conjugue autant en langue française qu'anglaise, ce qui le rend admissible et obligatoire à l'école, sans exigere d'être intégré au cursus scolaire avec doigté.

    La religion de l'argent, pour un ministre libéral, est un ordre incontournable, mais celui de la reproduction, en aucun cas, car il y a trop de diversité en la matière alors que ce ne serait pas le cas de la finance.

    Celle-ci, omniprésente, est la seule chose qui unit les habitants du territoire du Québec qui possèdent deux voies de formation linguistique et des ancrages religieux et culturels qui leur permettent de vivre leurs mythes en sachant compter, ce qui importe pour des politiciens provinciaux sans vision d'ensemble autre que l'argent.

    • Marc Lacroix - Abonné 19 avril 2017 15 h 42

      Vous touchez le problème:

      "Cet ordre découle — c'est mon hypothèse — d'une formation inscrite dans des apprentissages qui s'inscrivent dans une valorisation de la diversité religieuse remplaçant celle, hier dans les écoles..."

      Les libéraux prennent soin de mettre à l'abri leur clientèle cible au détriment de toute la jeunesse du Québec; pas de chicane de "droits et libertés" en fonction des religions de l'un et de l'autre qui serait inévitablement survenue — si un cours solide — avait été disponible. En agissant comme il le fait, le PLQ va pouvoir dire que c'est la faute des profs s'il n'y a pas de cours..., et du même souffle il va dire à ses amis plus ou moins intégristes opposés à ce type d'enseignement, que déjà le cours risque d'être source de difficultés pour les écoles alors chialer un peu et vous allez rester tranquilles.

    • Denis Drapeau - Abonné 19 avril 2017 16 h 34

      Qu’attendons-nous pour prendre l’éducation sexuelle plus au sérieux ?

      Si les libéraux répondait honnaitement, on entendrait ceci.

      «Nous attendont que les néoquébécois, qui votent massivement pour nous peut importe les scandales éthiques qui nous caractérise, demandent un tel cour afin de favoriser leur intégration aux valeurs québécoises dont l'égalité homme/femme et le rapport à la sexualité que cela implique.»

      C'est pas demain la veille !!! Il m'étonne qu'un journaliste n'est pas flairé cette évidence.

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 19 avril 2017 09 h 17

    Miner le PFÉQ de l'intérieur


    L'imposition d'un COURS-matière « de sexualité » témoignerait d'un même désaveu de l'approche programme que l'introduction d'un COURS-matière « de finance », laquelle se fera au détriment du cours monde contemporain. Comme madame Pelletier le souligne à juste titre, la littératie financière est actuellement traitée comme une compétence transversale renforcée dans plusieurs volet du programme de l'école. En principe, il ne devrait pas en être autrement concernant la sexualité, qui devrait en principe être abordée selon des approches complémentaires dans plusieurs volets du programme. Quand madame Pelletier traite d'un peu haut le traitement « à la transversale » que le ministère semble privilégier, ce qu'elle remet en cause, c'est le principe même et l'économie du PFÉQ. C'est légitime. Mais au risque, autrement, de retourner à l'organisation en silo de l'enseignement - par matières - sans même se rendre compte de la portée de ce recul, il serait judicieux de porter la réflexion à ce niveau principiel.

    • Jacques de Guise - Abonné 19 avril 2017 12 h 48

      Délire confusionnel

      Lorsqu’on sait que la transversalité ne peut être repérée que par un spécialiste après coup en examinant s’il y a identité de structures ou de procédures entre les problèmes ou les situations en question. Ceci présuppose que le contenu disciplinaire est déjà magistralement assimilé et intégré. On est en plein délire, il faut enfermer ces gens, si c’est cette intelligibilité artificielle qui prédomine dans le programme : On est au primaire et au secondaire!!!!!!

      C’est également présupposé que l’éducation repose sur l’éducation disciplinaire, qui se rapporte à un contenu et à son appropriation (pour que la transversalité ait quelque sens que ce soit, donc, malgré tous les discours, on est encore à l’enseignement en silo) et non à une éducation subjective, qui se rapporte à une personne qui veut s’outiller pour connaître.

    • Jacques de Guise - Abonné 19 avril 2017 12 h 57

      Délire confusionnel

      Lorsqu’on sait que la transversalité ne peut être repérée que par un spécialiste après coup en examinant s’il y a identité de structures ou de procédures entre les problèmes ou les situations en question. Ceci présuppose que le contenu disciplinaire est déjà magistralement assimilé et intégré. On est en plein délire, il faut enfermer ces gens, si c’est cette intelligibilité artificielle qui prédomine dans le programme : On est au primaire et au secondaire!!!!!!

      C’est également présupposé que l’éducation repose sur l’éducation disciplinaire, qui se rapporte à un contenu et à son appropriation (pour que la transversalité ait quelque sens que ce soit, donc, malgré tous les discours, on est encore à l’enseignement en silo) et non à une éducation subjective, qui se rapporte à une personne qui veut s’outiller pour connaître.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 19 avril 2017 22 h 00

      Je retiens de votre commentaire que les gens qui ont conçu le PFÉQ sont en plein délire et qu'il faut les enfermer. Des propos bien sonnants, comme ceux que font les grosses caisses. Il faudra manifestement chercher ailleurs de quoi réfléchir.

    • Jacques de Guise - Abonné 19 avril 2017 22 h 29

      Si vous préférez votre soupe aux abstractions transversales, pour y trouver ce qui pourrait sustenter votre réflexion, je vous la laisse, car l'anorexie mentale guette sûrement son consommateur.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 20 avril 2017 06 h 38

      Il faut avoir les moyens de faire la fine bouche et de se permettre des jugements à l'emporte-pièce comme les vôtres. Je vous les laisse.

    • Jean Gadbois - Abonné 20 avril 2017 10 h 32

      "Il serait judicieux de porter la réflexion à ce niveau principiel", dites vous?

      Le programme de formation de l'école québécoise n'a aucune idée de l'élève qu'elle veut former. Son approche est instrumentale et s'appuis sur l'idéologie constructiviste (p.32). Les impératifs d'intégration au marché guident les apprentissages "par compétence". On veut des jeunes compétents, pas de têtes bien faites, pas d'esprits critiques, encore moins des libres-penseurs formés aux humanités, et qui pourraient remettre en question le pouvoir néolibéral en place.
      Enseignement en silo ou pas, transversalité ou pas, le niveau principiel et la réflexion que vous semblez souhaiter ne vise pas (encore une fois) la bonne cible.

      Ergoter sur les littératies financières et sexuelles? Mais au nom de quel idéal d'être humain "en devenir" dans nos écoles? Plusieurs millions plus tard: le vide. Les "niveaux principiels" n'y peuvent rien, voyez-vous?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 20 avril 2017 22 h 20

      Monsieur Gadbois, vous vous en tenez à des généralités convenues entre gens partageant habituellement les mêmes préjugés, les mêmes ignorances. Avec ce genre d'attitude, rien ne sert de souligner que la structuration de l'identité est l'une des trois visées du programme et que celle-ci est favorisée, notamment, par le développement du jugement critique, qui fait partie des compétences d'ordre intellectuel. La réponse, toute prête, c'est que tout cela, ce n'est que du vent, du blabla de fonctionnaire. Peut-être, en effet, cela ne veut-il rien dire pour ceux qui préfèrent s'écouter parler. Pour d'autres, cela constitue des engagements réels qui commandent leurs actions réelles.

    • Jean Gadbois - Abonné 21 avril 2017 01 h 03

      Si vous me permettez...
      Trois affirmations, trois erreurs.
      La 1ière: pour ce qui est des généralités que vous mentionnez, elles sont tout sauf convenues. On n'en serait pas là en éducation au Québec, monsieur.
      La 2ième: Elles ne peuvent être convenues entre gens partageant "habituellement" (sic) les mêmes préjugés et les "mêmes ignorances": car il y a peu de chance que "l'habitude" fasse le lien de cause à effet entre les préjugés et l'ignorance en éducation. D'une part, les préjugés et l'ignorance font office de connaissance dans ce domaine, plus que dans beaucoup d'autres au Québec, et c'est pour cette raison, encore, qu'on en est là.
      D'autre part, vous vous trompez d'ignorance (encore et toujours), celle là ne fait pas partie des solutions en regard des ratés du PFÉQ.
      3ième erreur: la plus spectaculaire.
      En effet, le jugement critique et l'identité dont vous parlez et abordés dans le programme, sont justement inféodés aux impératifs de l'instrumentalisation et du constructivisme (construire son objet de connaissance et se reconnaître en lui). On veut amener l'élève à se structurer une tête en adéquation avec les diktats du marché. Toujours selon ses critères et ses catégories cognitives et affectives. En dehors desquelles, point de salut, ni de diplômes... à la baisse.
      Voilà, monsieur, ce qui "constitue des engagements réels qui commandent leurs actions réelles"... misère.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 21 avril 2017 18 h 11

      Au fond, monsieur Gadbois, vos propos sont intéressants. Ils ont l'inconvénient de ne pas porter sur le contenu et les intentions du PFÉQ mais de faire état seulement d'une crainte des forces du mal.

  • Nadia Alexan - Abonnée 19 avril 2017 09 h 34

    La priorité pour ce gouvernement est de faire la propagande pour les maitres du monde!

    Vous avez raison de dire «deux poids deux mesures» de la politique de ce gouvernement. Le bienêtre des étudiants ou de la population en générale n'est pas une priorité pour le PLQ. Tout ce qui les intéresse c'est de servir les maitres du monde, les banques et les grandes sociétés. Faire de la propagande économique du bienfait de la consommation débridée auprès des étudiants est plus important que leur enseigner comment vivre se respecter sexuellement.

  • Denis Paquette - Abonné 19 avril 2017 10 h 07

    Un pays divisé en deux

    Le Québec n'est-il pas un pays divisé en deux, les riches ceux qui ont eu la chance de s'en sortir dont les préocupations sont de classe et les pauvres, ceux pour qui le bien-etre social est la solution,depuis plusieurs générations, il serait peut-etre temps de se dire que ce sont deux mondes différents ayant des valeurs différentes, vouloir faire disparaitre ces difficultées sera toujours une problématique importante, que ce soit en sexualité ou autrement