Le pilote automatique

« Ils ont dormi sur la switch. » « Je ne comprends pas que des spécialistes dans le domaine n’aient pas vu le danger potentiel. »

 

Ces propos ne sont pas ceux du maire Coderre ou de représentants des partis d’opposition à l’Assemblée nationale en réaction au « cafouillage » de mardi dernier sur la A-13. Ils ont été tenus il y a plus de vingt ans par le coroner Jacques Bérubé, qui avait enquêté sur un accident mortel survenu sur la Métropolitaine en raison d’un problème de déneigement. Déjà, l’incurie des fonctionnaires du ministère des Transports l’avait consterné.

 

L’accumulation de la neige avait transformé les parapets en une véritable rampe de lancement à partir de laquelle les automobilistes qui perdaient le contrôle de leur véhicule étaient littéralement catapultés hors de l’autoroute. Ce qui devait arriver arriva. Dans la soirée du 5 janvier 1996, la voiture des parents de Yamen Ghaleb, cinq ans, s’est écrasée en contrebas. Le petit garçon est décédé cinq jours plus tard.

 

Pour casser le remblai de glace qui s’était formé en raison du froid intense, il aurait fallu fermer l’autoroute par tronçon durant la nuit, mais un responsable des communications au MTQ avait expliqué qu’on avait préféré ne pas nuire à la circulation accrue durant les Fêtes, malgré une directive donnée un an plus tôt qui exigeait que les parapets soient déneigés « dans les meilleurs délais ». Sauf que 75 % du déneigement était confié à des entrepreneurs privés, dont plusieurs étaient en congé.

 

Si le ministère avait pris ses responsabilités, l’accident du 5 janvier « aurait été banal avec des dommages matériels minimes », avait conclu le coroner Bérubé, qui avait diagnostiqué une « structurite aiguë » et insisté sur la nécessité de « faire le ménage pour faire en sorte de réagir rapidement ».

 

À l’époque, Réjean Paul Forget était un attaché politique de Jean Campeau, qui a occupé brièvement le poste de ministre des Finances entre l’annonce du départ de Jacques Parizeau et l’arrivée de Lucien Bouchard. M. Forget était de garde à Montréal durant la période des Fêtes.

 

Quand les médias ont rapporté un premier incident, il a aussitôt fait rapport au cabinet de M. Campeau à Montréal, où il n’a trouvé qu’un responsable des communications, il lui a été impossible de parler aux cadres supérieurs du ministère qui avaient la responsabilité de superviser les opérations sur la Métropolitaine. Ni le sous-ministre régional, ni le directeur régional, ni son adjoint… Tout le monde était parti en vacances, y compris le ministre.

 

« C’est comme si le ministère des Transports fonctionnait sur le pilote automatique pendant les vacances, le soir et les fins de semaine », se souvient-il. Pas de problème, disait-on au ministère, tout était prévu dans le « protocole ». Malheureusement, le « protocole » n’a pas réussi à sauver la vie du petit Yamen.

 

Le pire a été évité cette semaine sur la 13. Plus de vingt ans après le drame de 1995, il semble toutefois que cette culture du pilote automatique demeure bien présente au MTQ, et on a vu ce qui se produit quand la machine se détraque et qu’il n’y a personne aux commandes.

 

Jean Campeau n’avait aucune intention de rester en politique après l’échec du référendum et le départ de M. Parizeau. Quand le coroner Bérubé a produit son rapport, en octobre 1996, il avait déjà été remplacé aux Transports par Jacques Brassard. Même si le coroner avait clairement identifié le trio de fonctionnaires du MTQ auxquels il reprochait d’avoir « dormi sur la switch », M. Brassard n’a pas voulu imposer de sanction. « C’est tout le ministère des Transports qui doit en supporter le blâme », a-t-il déclaré.

 

Il est vrai que la tragédie de la Métropolitaine n’avait pas eu le même impact que le cafouillage de mardi. C’était l’époque où Lucien Bouchard marchait encore sur les eaux. Personne n’aurait songé un seul instant à lui réclamer des excuses. « Le ministère prendra toutes les mesures adéquates pour raccourcir les délais », avait simplement promis M. Brassard. Manifestement, il y a encore du travail à faire.

 

Le premier ministre Couillard a bien compris que, dans son cas, des excuses s’imposaient et que des têtes devaient rouler au MTQ. Dans la mesure où Florent Gagné ne présentera vraisemblablement pas avant le début de l’été les conclusions de l’enquête qui lui a été confiée, Laurent Lessard devrait survivre jusqu’au prochain remaniement ministériel. Si M. Couillard tient absolument à le garder dans son équipe, et on se demande bien pourquoi il le devrait, le cantonner à l’Agriculture serait un moindre mal.

 

Le choix d’un ministre des Transports n’est généralement pas une priorité dans la composition du cabinet, mais M. Couillard rendrait un grand service au Québec en y nommant enfin quelqu’un qui soit capable et désireux de « faire le ménage », comme le coroner Bérubé le recommandait il y a plus de vingt ans.

  • Nadia Alexan - Abonnée 18 mars 2017 00 h 49

    On prêche dans le désert!

    Voici le coeur du problème: «Sauf que 75 % du déneigement était confié à des entrepreneurs privés, dont plusieurs étaient en congé.» Selon le Devoir: «le gouvernement se tourne de plus en plus vers le privé pour entretenir ses autoroutes, l’une des causes du chaos de la nuit de mardi». On ne le répète pas assez. Le privé nous coute plus cher et la qualité n'est pas au rendez-vous. On dirait qu'on prêche dans le désert! Même une république de banane ne fait pas autant d'erreurs!

  • Robert Bernier - Abonné 18 mars 2017 08 h 04

    Faire le ménage ...

    Pour trouver quelqu'un "qui soit capable et désireux de « faire le ménage » ", comme vous dites, il faudra trouver quelqu'un, au PLQ, qui soit, oui bien sûr, capable de réveiller ceux qui dormaient au gaz mais aussi, et surtout, quelqu'un qui n'ait jamais trempé dans les nombreuses magouilles qui ont mené à la Commission Charbonneau. Ça, ça risque d'être difficile.

    Robert Bernier
    Mirabel

    • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 18 mars 2017 11 h 59

      Pourquoi vouloir se débarrasser de Laurent Lessard? Même si c’est un mauvais ministre, c’est un bon libéral et c’est tout ce qui compte pour Couillard.

      Quant à Michel David, au lieu de comparer l’accident du 5 janvier 1995 à l’ensemble des évènements de mardi dernier il aurait dû se contenter de faire un parallèle avec la mort de deux hommes sur la rue principale d’un petit village cette semaine. Je ne pense pas que le ministre aurait pu y changer quelque chose, quel que soit le parti politique au pouvoir et le chroniqueur vedette du Devoir aurait eu l’air moins partisan libéral et anti PQ.

    • Claude Gélinas - Abonné 18 mars 2017 14 h 01

      Grand commis de l'État. l'enquêteur désigné par le Gouvernement qui est appelé régulièrement à la rescousse pour éteindre les feux aurait reçu plus de Million de dollars depuis sa retraite de la fonction publique, somme versée à son entreprise ( Source: Journal de Montréal)

      Dans ce contexte de répétition des mandats sans appels d'offres ou de listes d'admissibilité d'experts conseils dans lesquels seraient choisis les enquêteurs, il est raisonnable de penser, cela est humain, que l'enquêteur agissant seul pourrait garder en mémoire qu'il ne doit pas épuiser la source de ses honoraires.

      En se faisant, par le choix de mots appropriés reposant sur une expérence exceptionnelle, l'enquêteur pourrait-il céder à la tentation de ne pas mordre la main qui l'enrichi ?

      Partant delà, le rapport pourrait-il être édulcoré voire moins sévère ?

      L'enquêteur prendra-t-il la précautions de ne surtout pas écorcher trop durement le donneur d'ouvrage ainsi que les principaux décideurs dans l'octroi de futurs mandats : ministre, sous-ministres, directeurs.

      En somme pour le dire autrement, un rapport que d'aucuns pourraient qualifier de complaisant et qui pourrait être rapidement oublié lors de sa production en pleine canicule.

      Quant au suivi des recommandations, si la tendance se maintient, personne ne se verra confier cette responsabilité ni l'obligation de rendre compte.

    • Claude Gélinas - Abonné 18 mars 2017 16 h 33

      Précision extrait d'un article de Daniel Lessard paru dans le Journal La Presse du 25 janvier 2017 visant à corriger le montant de 1 Millions et plus.

      Retraites dorés

      Contrats d’un tout autre ordre, ces négociations avec les autochtones attirent aussi bon nombre de mandarins à la retraite qui, pour ne pas voir leur pension réduite, se constituent en société de consultants.

      S’ils étaient engagés personnellement, ils verraient leur rente réduite de moitié – la règle quand un pensionné de l’État obtient des fonds publics.

      Florent Gagné, ancien sous-ministre aux Transports et aux Affaires municipales, enquêteur sur l’administration municipale de Laval, est aussi un expert en négociation avec les autochtones.

      Ses cinq contrats de 2011 à 2017 frôlent potentiellement les 700 000 $.

      Mais Florent Gagné et « Florent Gagné Consultation n’ont facturé que 426 000 $ entre 2010 et 2016.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 18 mars 2017 09 h 21

    Dehors Lessard et Coiteux

    Il faut se débarrasser de ces deux incompétents et c'est le premier geste qu'aurait dû poser M. Couillard au lie de réitérer sa confiance. Venant d'un incompétent, il ne pouvait agir autrement...

  • Gilles Théberge - Abonné 18 mars 2017 09 h 23

    Qu'est-ce que Jean Campeau vient faire dans ce contexte...?

    Est-ce le bon vieux réflexe de casser du sucre sur le dos du PQ ?

    Parlez nous de Laurent Lessard.

    Où était-il ?

    Qu'est-ce qu'il faisait ?

    Comment ça se fait qu'il n'était pas en contact avec son environnement?

    Parlez-nous de l'entreprise privée, grand contributeur du parti libéral.

    Comment ça se fait que Couillard n'est pas capable de sévir contre l'incompétence crasse de deux de ses ministres?

    D'après ce que je vois, il n'y a pas qu'au MTQ qu'on dort sur la switch!

    • Normand Carrier - Abonné 18 mars 2017 14 h 24

      Vous avez raison de mentionner que nous sommes dans deux contextes différents car depuis il y a eu la crise du verglas , Lac Mégantic et la tragédie de l'Iles-Verte tous extrèmement bien gérés par Lucien Bouichard et Pauline Marois .... Il me semble depuis que le gouvernement aurait du apprendre et s'adapter avec les modèles que le PQ lui avait enseigné ....

  • Jean Lapointe - Abonné 18 mars 2017 09 h 29

    Monsieur David fait de la politique.

    Si je comprends bien, Michel David tient à préciser que le Parti québécois, quand il était au pouvoir, n'a pas fait mieux que les Libéraux ces jours-ci.

    Il a peut-être raison mais pourquoi insister là-dessus maintenant.

    Ça me donne de l'impression qu'il profite de l'occasion pour passer le message que pour lui, comme pour GND, nos partis politiques sont tous pareils. Ils sont des pourris.

    Est-ce que c'est bien ce qu'on doit attendre d' un chroniqueur ? Pas pour moi en tout cas.

    Ce n'est pas en dénigrant tous les acteurs politiques qu' on peut favoriser des améliorations, à moins d'être complètement défaitiste.

    Je trouve cela très désolant.

    • Louise Collette - Abonnée 18 mars 2017 12 h 34

      En effet, d'accord avec vous, il insiste et son article est majoritairement consacré à ce qui est arrivé le 5 janvier 1996 au lieu de s'attarder plus sur ce qui vient de se produire et, en outre, il semble y prendre beaucoup de plaisir. Je l'avais aussi remarqué et quand je vous ai lu j'ai eu la confirmation que je n'étais pas dans les patates....