Le Québec nouveau n’est pas (encore) arrivé

Le damné crucifix de l’hôpital du Saint-Sacrement, le test de valeurs pour immigrants de la CAQ, la cure de jouvence du PQ, la loi sur la neutralité religieuse des libéraux… Pas une semaine qui passe sans nous ramener aux questions qui tuent : Qui sommes-nous ? Que voulons-nous ? Où allons-nous ?

 

Il est crucial de se poser ces questions, mais comment ne pas constater l’impasse, la confusion, le ras-le-bol ? Selon mes calculs, on tourne en rond sur la question de l’identité nationale depuis exactement 22 ans. L’identité dont nous pouvions tous être fiers, celle du « maîtres chez nous », de l’éducation et de la démocratisation de la vie politique, celle de la sortie du sanatorium du Canada français, a mordu la poussière le soir du référendum. Le 30 octobre 1995, en prononçant les paroles que l’on sait, Jacques Parizeau a spectaculairement mis le doigt sur notre nouvelle plaie. En opposant le rêve de sa génération aux supposés étrangers parmi nous (le « vote ethnique »), il a donné le ton pour le prochain quart de siècle. Nous c. eux. Us vs Them. Les « ceusses » d’ici et les « ceusses » d’ailleurs. Depuis, nous sommes comme deux gros boeufs musqués, arc-boutés l’un face à l’autre, pris par les cornes, incapables de bouger.

 

Je sais. Le dernier référendum n’a pas été perdu par le vote ethnique, loin de là. Je ne tiens pas ici à culpabiliser le grand Jacques non plus. Il ne s’agit pas simplement de sa bourde, de toute façon. Dans son documentaire Disparaître (1989), Lise Payette avait fait la même opposition morbide entre eux et nous, entre la présence croissante d’immigrants et « la disparition de la nation française en Amérique ». Comme si la première génération d’indépendantistes n’a jamais pu imaginer le combat en dehors des paramètres d’un Québec tricoté serré. À force d’endurance, on n’a jamais pensé qu’on pourrait ressembler à autre chose que ce qu’on a toujours été. Cette obsession pour les crucifix ? Rien d’autre qu’une rage d’objets familiers, un besoin de bons vieux repères. On veut nos doudous, et ça presse, car on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve.

 

Ça ne peut plus continuer comme ça. Je parlais la semaine dernière du mythe fondateur américain, celle d’une grande terre de refuge, subverti aujourd’hui par Donald Trump. L’époque est au glissement des plaques tectoniques : la dissolution de l’Union européenne, la fin des grands traités de libre-échange, la remise en question des grandes institutions d’après-guerre… Ce serait peut-être un bon moment pour le Québec de rajuster sa calotte, lui aussi, de revoir ses mythes et ses principes. La survivance, qui nous a fait traverser bien des tempêtes, celle de la subjugation comme celle de l’appropriation de soi, ne suffit plus aujourd’hui. On ne peut plus se définir uniquement à partir d’une idée qui laisse une part toujours croissante de la population à la porte.

 

Ça ne veut pas dire l’ignorer, ignorer d’où l’on vient et taire l’anxiété qui nous terrasse, ça veut simplement dire arrêter de faire comme si nous, grands survivants devant l’Éternel, vivions le meilleur des mondes. Arrêter de prétendre que les problèmes viennent toujours d’ailleurs. Je n’en peux plus de vous entendre dire que le Québec a « le dos large », qu’on est « bien bon », qu’on est « trop tolérant » alors que depuis toujours on traite l’immigrant, comme le soulignait Marco Micone dans ces pages, comme des voleurs de jobs, de langue et maintenant de laïcité.

 

Je n’en peux plus, surtout, du détournement éhonté de l’émancipation des femmes. Que faire « avec un immigrant qui serait contre l’idée que les femmes sont les égales des hommes ? », demande François Legault afin de justifier son combat de boeuf musqué à lui et, plus précisément, sa proposition de montrer la porte à certains immigrants. Peut-être M. Legault devrait-il commencer par expulser les trolls qui ont poussé deux jeunes chroniqueuses à abandonner leurs blogues récemment ? Il n’est pas dit qu’ils viennent d’ailleurs, mais il est clair qu’ils ne tolèrent pas les femmes qui s’expriment. Tiens, j’en aurais quelques-uns, moi, à mettre sur un paquebot pour l’Antarctique — dont ce fidèle répondant qui n’arrête pas de me traiter de vieille-truie-mal-baisée qui-ne-sais-jamais-de-quoi-elle-parle. C’est formidable quand même de vivre au royaume de l’égalité, non ? On ne fait toujours pas le même salaire que les hommes, la plupart des postes de pouvoir nous échappent, on a encore peur de sortir la nuit, le risque de se faire agresser sexuellement est beaucoup plus élevé (1 sur 3) que les chances de gagner le gros lot (1 sur 14 millions), mais bon, puisque tous nos chefs nous font la sérénade là-dessus, soyons positifs ! Prétendons que les méchants misogynes viennent tous d’ailleurs. On vit à l’ère de la « post-vérité », après tout.

122 commentaires
  • Marc Tremblay - Abonné 8 mars 2017 00 h 53

    Pelletier et le vote ethnique

    Le soir du référendum de 1995, Parizeau a eu tort de ne pas mentionner qu'il ne parlait pas des votes ethniques mais des nouveaux immigrants qui ont été quasiment forcés de voter non pour obtenir leur citonneté.

    • Benoit Toupin - Abonné 8 mars 2017 11 h 53

      On a tant de facilité à condamner la déclaration de Monsieur Parizeau qui dénoncait la politique ethnique pratiquée par le camp du non. Il semble que dénoncer soit plus grave que commettre.... Je souhaiterais qu'un jour, on le réalise; Monsieur Parizeau n'a fait que dénoncer ce que d'autres pratiquaient sans respect pour le bien et la démocratie. Monsieur Parizeau était beaucoup plus respectueux envers tous que ne l'était ceux qui donnait impunément et sans gène dans la politique ethnique. Je résisterai à les nommer, il y en encore trop.

      Qu'il y ait impasse, je le veux bien, mais ce n'est certainement pas en encensant le multiculturalisme et en diabolisant les signes d'impatience qui génèrent des positions certes quelques fois discutables mais compréhnsibles vu l'inaction et inconsidération des dirigeants, Messieurs Trudeau et Couillard en premier lieu.

      Pour avancer, il faut cesser d'être des poseurs d'étiquettes mais ne jamais renoncer à l'esprit critique en chaque situation; et surtout chercher derrière chaque prise de position qui nous déplait, les raisons motivant la recherche d'une solution. Il y a de multiples solutions à un problème, mais il y a une constante: Il ne suffit pas de traiter le symptôme mais aussi corriger la source du problème.

      Mme Pelletier choisi sa vision du problème, mais oublie d'être critique à l'égard de cette même vision. En souhaitant l'ouverture, il me semble qu'elle se ferme comme une huitre et distribue les étiquettes trop facilement. Les positions de l'un et de l'autre peuvent être incompatibles, mais il y a parmi tant d'options la possibilté de trouver le moyen de répondre aux craintes et désirs des uns et des autres. Encore faut-il être prèt à écouter...

    • Michel Blondin - Abonné 9 mars 2017 00 h 07

      Monsieur Parizeau a dit une chose d’une véracité hors de tout doute, lors de son discours d’après la deuxième défaite référendaire.

      Remettre en question le caractère ethnique du vote relève purement de la fabulation et du manque de rigueur que je demande au Le Devoir de faire un effort de rétablir les faits.

      La corrélation entre les électeurs des comtés non francophones et le vote pour le non est de .959, bien démontrée en toute rationalité par le plus grand des analystes de données électorales, Pierre Drouilly (Une certitude de relation corrélée entre deux données est de 1).

      Quand la politique, les discours et les programmes ne peuvent se fonder sur des faits, le charlatanisme, le manque de rigueur et la frivolité deviennent les maîtresses de l’anarchie et de la bêtise.

      Ce qui me fait dire que dans ces haut-le-cœur, depuis le temps, incluent des colonisés qui s’ignorent, des fédéralistes qui n’en manquent pas une et des suiveux en masse. La clarté du propos de Parizeau passera à l’histoire et permettra un jour, de transcender cet interdit du syndrome du boss anglais que l'on ne veut pas voir. Un tabou de plus de 2 siècles.


      Ne pas prendre comme un fait cette relation entre les votes ethniques ou Anglos et ce refus de faire un pas, montre bien notre désespérance et l'acceptation par certains des pires compromissions.

      Quand 22% serré d'un peuple empêche l'évolution naturelle dans le prolongement de son histoire, il y a un problème qui doit être pris en compte et nécessite de faire les analyses les plus justes.

  • Nadia Alexan - Abonnée 8 mars 2017 01 h 26

    La lutte continue!

    Pour l'amour du ciel, madame Pelletier, il ne faut pas tout mélanger quand même. J'aimerais savoir comment vous aimeriez vivre chez le pays le plus misogyne de la terre, l'Arabie saoudite! Peut-être vous allez comprendre la différence entre un pays où les femmes sont égalitaires aux hommes et où elles ne le sont pas! Je pense que parfois vous ne savez pas de quoi vous parler? La lutte contre la misogynie est universelle, elle existe partout dans le monde, incluant les pays arabes.
    Peut-être, quelques politiciens, comme M. Legault, instrumentalisent l'égalité homme/femme comme prétexte identitaire. Mais cette idée de la libération de la femme est universelle et la lutte continue.
    Le risque de se faire agresser sexuellement ou le fait que les salaires des femmes stagnent sont des luttes qu'on mène encore, mais ça ne veut pas dire qu'il faut délaisser les femmes voilées à leurs traditions inégalitaires! Il incombe aux féministes de libérer leurs consoeurs de la noirceur et l'obscurantisme!

    • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 8 mars 2017 15 h 07

      Comment voulez-vous faire avancer la cause des femmes quand certaines d’entre elles, comme Francine Pelletier, ont encore la nostalgie du bon vieux temps et encouragent les femmes soumises à le rester.

    • Jocelyne Lapierre - Abonnée 8 mars 2017 15 h 21

      Correction, madame Alexan, dans les pays islamiques (ce qui incluent tous les pays arabes), le combat féministes est inexistant, pour la simple raison que le peu de femmes courrageuses qui se sont soulevées contre le régime ultrachauvin et misogyne ont été vite réprimées par l'emprisonnement, la flagellation, la répudiation, la torture, et j'en passe. Les seules femmes de ces pays qui militent pour l'avancement des droits des femmes dans les pays islamiques se sont exilées... en Occident.

    • Jacques Patenaude - Abonné 8 mars 2017 20 h 10

      Une précision sur mon dernier commentaire

      Le président nommé devrait obligatoirement ne pas être un élu de l'assemblée nationale comme c'est la cas actuellement.

  • Claude Bariteau - Abonné 8 mars 2017 01 h 28

    J'applaudis

    Vous ciblez avec raison des héritants et des blocages, qui renvoient à des murs de protection érigés par des élites, hier seigneurs, membres du clergé catholique et clercs au service du pouvoir après la conquête du territoire de la colonie du Canada, aujourd'hui par des promoteurs d'une identité québécoise reconfigurée avec la révolution tranquille pour des canadiens-français du Québec.

    Ces murs, abaissés un temps avec les Patriotes, furent rétablis par les Lafontaine, les Mgr Bourget, les Cartier et bien d'autres, dont Duplessis, Lesage et compagnie. Or, du temps des Patriotes, aussi du PQ des années 1970, le temps était à la construction de quelque chose de nouveau avec une ouverture qui annonçait un avenir tout autre.

    Après les deux référendums, l'ouverture s'est refermée et les murs ont eu de nouveaux promoteurs, comme elle s'était refermée après la défaite à Odelltown en 1838 après un affrontement sans issue.

    Que faire ?

    Vous dites que le « Québec nouveau n'est pas (encore) arrivé ». Si j'applaudis à vos propos, c'est que vous faites du Québec le lieu d'ancrage de ce Québec nouveau.

    Je me permets de vous dire que ce Québec nouveau est déjà présent, tellement qu'il ne pourra pas ne pas surgir. Actuellement, il rayonne hors Québec faute d'un ancrage au Québec.

    Et ce Québec là, celui à ancrer, celui de la patrie des gens qui s'y associent, sera le produit des citoyens et des citoyennes du Québec, quelles que soient leurs origines, qui en feront la promotion. Il importe seulement qu'ils prennent la parole, débattent entre eux et aient surtout comme objectif de créer leur pays en d'inventer leur mythe fondateur.

    • Jocelyne Lapierre - Abonnée 8 mars 2017 07 h 11

      "... d'inventer un mythe fondateur"

      Pourquoi cette obsession à vouloir faire table rase avec notre passé?

      Nul besoin d'un Québec "nouveau". Mais il faut aimer le Québec, sa langue, sa culture, son histoire, son patrimoine et son peuple fondateur pour assurer sa survie.

    • Jean-François Trottier - Abonné 8 mars 2017 07 h 19

      Des "héritants", vraiment ? Quel magnifique lapsus scriptae!

    • Christian Montmarquette - Inscrit 8 mars 2017 07 h 54

      Heureux d'être d'accord avec vous ce matin, M. Bariteau.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 8 mars 2017 09 h 06

      J'aime bien vos propos, monsieur Bariteau. Pourriez-vous caractériser davantage ce qui ferait la différence du Québec une fois abaissés ces murs ? Quels sont les principes du mythe fondateur ?

    • André Joyal - Abonné 8 mars 2017 10 h 02

      Moi, je n'applaudis pas!

      La semaine dernière j'ai évité de réagir à la chronique de Mme Pelletier, car elle annonçait une suite. J'ai alors écrit que je m'attendais au pire: j'ai eu raison.

      Pas besoin d'argumenter longuement, Angèle Dufrenes, dans ces pages, passe le KO à Mme Pelletier d'une façon que je ne saurais faire mieux .Et ce un 8 mars. Je m'en réjouis.

    • Claude Bariteau - Abonné 8 mars 2017 10 h 05

      Monsieur Trottier, j'ai hésité entre irritants et héritants avant d'y aller avec héritants, ceux qui se disent des héritiers, comme veut l'être madame Lapierre.

      Cela dit, une précision pour madame Lapierre.

      Si les « Patriots » américains, aussi les Patriotes du Bas-Canada, avaient construit l'avenir en se basant sur le passé, ils n'auraient pas envisagé de changer l'ordre politique et auraient fait l'éloge des mères patries.

      Ce n'est pas ce qu'ils ont fait. Ils ont cherché à créer autre chose dans un contexte donné sans pour autant faire table rase de leur passé, mais en composant avec les habitants qui firent des territoires en cause leur patrie.

      En cela, les « Patriots » américains ont créé leur mythe fondateur alors que ceux du Québec durent tenter de survivre.

      En donnant la priorité à la survie, vous vous associez à ceux qui luttèrent contre les Patriotes et se firent les promoteurs de la survivance, ce qui leur octroya de nombreux avantages.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 8 mars 2017 10 h 56

      Bien dit M.Bariteau,d'accord avec vous.

    • Jacques Patenaude - Abonné 8 mars 2017 11 h 21

      Le texte de mme Pelletier dénonce l’acrimonie des uns par un texte tout aussi acrimonieux. Ce que j'aime de votre commentaire c'est vous proposez au moins une esquisse d'un discours rassembleur.
      Le Québec a besoin d'une vrai vision nouvelle et pour cela il faut sortir des visions culpabilisantes.

    • Claude Bariteau - Abonné 8 mars 2017 14 h 17

      Monsieur Maltais-Desjardins, votre demande implique un exposé que ne permet pas les commentaires. J'irai à l'essentiel.

      Les Patriotes, ai-je écrit, ont voulu abaisser les murs érigés en 1791. . Ils voulaient que les décisions concernant les affaires du Bas-Canada soient prises par les élus de l’Assemblée législative et ceux du Conseil législatif, le conseil exécutif devant les appliquer.

      Ça impliquait que less citoyens et citoyennes du Québec élisent des parlementaires qui leur rendent des comptes, ce qui n’était pas le cas des dirigeants britanniques qui relevaient de Londres.

      Le PQ voulut aussi abaisser des murs pour que l’Assemblée nationale ne soit pas un gouvernement local subordonné à celui du Canada. Il s’y prit en tenant des référendums, mais ne parvint pas à abaisser les murs de l’ordre canadien.

      Changer cet ordre consistait pour ce parti à créer un ordre québécois en réplique à l'ordre canadien, pas d’instituer un ordre politique différent de celui du Canada, ce que, à mon avis, seules les personnes qui ont fait du Québec leur patrie peuvent faire.

      Là est la base. Elle consiste à rendre le peuple québécois maître de son avenir. Il s’agit d’une foncièrement ancrée dans ce qui définit une démocratie dans laquelle les citoyens et les citoyennes décident majoritairement de leur devenir et exercent un contrôle sur les parlementaires.

      L’ordre canadien repose sur un mythe issu du monarchisme parlementaire britannique. Sa particularité est de fonder l’autorité politique sur des traditions établies à la suite d'un moment fondateur.

      Or, pour s’en écarter, ce que firent les Américains en instituant un régime républicain particulier, il ne faut surtout pas le reproduire. C’est un principe, pour reprendre vos termes, incontournable.

      De ce principe peuvent être mis en place un régime politique original qui s'inscrit dans une approche valorisant la démocratie, l'égalité des citoyens et des citoyennes et une prise de décisons en concordance.

    • Sylvain Auclair - Abonné 8 mars 2017 14 h 35

      Monsieur Baritreau, l'indépendance m'importe plus que la république. Permettez-moi de citer mon blogue:

      «On prend souvent pour acquis que le Québec indépendant serait une république. Moi-même, j'aime beaucoup mieux l'idée de la république (...)

      Mais, dans les faits, ce qu'on veut vraiment, c'est une démocratie. (...) Comme je le dis bien souvent, je préférerais de loin être sujet du roi de Suède qu'être citoyen de la République haïtienne... Pas vous?

      Dans les faits, établir une république québécoise amènerait son lot de problèmes, dont certains qu'un royaume du Québec n'aurait pas à affronter. Premièrement, tous ces immigrants qui prêtent serment à Sa Majesté (...) pourraient devenir citoyens du Québec sans se sentir parjures (...) Les anglophones du Québec seraient aussi symboliquement rassurés de rester sous la protection de la reine (...) Finalement, bien des Premières Nations considèrent que les traités qu'ils ont signés l'ont été, presque de manière personnelle, avec la reine ou le roi du Royaume-Uni, puis du Canada; ce serait un blocage de moins à faire sauter.

      La démocratie, quant à elle, ne ressort pas du fait de vivre en république ou en royaume, mais bien de la conscience politique des habitants du pays et du détail des mécanismes électoraux. (...)

      En fait, le seul argument que l'on pourrait opposer au fait de devenir un royaume supplémentaire pour la reine ou le roi du Royaume-Uni est d'ordre symbolique: c'est au nom de ce royaume que nous avons été conquis (...) Mais, dans les faits et au XXIe siècle, notre sujétion envers la reine ne va guère plus loin que de voir son visage sur nos billets de banque, nos pièces de monnaie et nos timbres-poste, et de la recevoir tous les cinq ou dix ans. D'un autre côté, garder ce lien rassurerait bien des gens qui, autrement, nous seraient farouchement opposés. N'est-ce pas une concession à considérer?

      Et rien n'empêche de devenir une république dans les décennies à venir.»

    • Jocelyne Lapierre - Abonnée 8 mars 2017 16 h 42

      M. Bariteau, qui parlent de "survie"? Vous me prêtez des paroles qui ne sont pas miennes. Je ne crois pas que vous ayez compris le combat des Patriotes, à qui, encore une fois, vous leur prêtez des intentions et des aspirations qui étaient loin d'être les leurs à l'époque. Car ces Patriotes, pour se rallier à la révolution française, devaient d'abord s'affranchir du joug britannique.

      Pour ma part, je rêve que l'on s'affranchisse du joug anglo-saxon, multiculturaliste, mondialiste et qu'on se passe pour ne pas disparaître comme peuple. Nous n'avons rien à envier aux autres religions et cultures, et notre histoire et notre patrimoine culturel ont fait de notre société où il fait bon vivre, jusqu'à présent, et qui attire tant de gens du monde entier.

      C'est vers l'avenir, monsieur Bariteau, que je suis tournée.

    • Claude Bariteau - Abonné 8 mars 2017 17 h 43

      Monsieur Auclair, on ne fait pas un pays pour ceux et celles qui s'y opposent. Et il revient à ceux et celles qui votent en sa faveur de décider quel genre de régime politique ils entendent instituer en adoptant leur constitution.

      Dans cette perspective, il est plus simple, en regard de vos préoccupations, d'accepter que les citoyens et citoyennes du Québec puissent se prévaloir d'une double ou tripe nationalité, leur obtention relevant des décisions des nations politiques qui la leur accordent.

    • Jacques Lamarche - Abonné 8 mars 2017 17 h 48

      ¨Si j'applaudis, c'est parce que vous faites du Québec le lieu d'ancrage du Québec nouveau¨, dites-vous. Forcément! A moins que je ne comprenne pas, en dépit de grands efforts!

      De quels murs s'agit-il aujourd'hui? Depuis la dernière défaite, les fédéralistes et le PLQ ont mené le jeu et fait la loi! C'est eux qu'il faudrait sermonner! Plutôt vous vous en prenez aux promoteurs de la souveraineté; pourtant ils n'ont avancé que quelques pions, puis reculé devant une armée bien organisée! Vous leur reprochez d'avoir creusé des tranchées, érigé des murs alors qu'ils cherchaient à construire une maison sur une nouvelle fondation!

      Mme Pelletier a de quoi se féliciter! Elle a réussi une belle opération, à semer la confusion! Cette société qu'elle ne cesse de discréditer, qui fait toujours partie du Canada et qui est dirigée depuis quinze ans par la grande famille libérale, serait, dit-elle, dans un état lamentable en raison de divisions issues d'un nationalisme revanchard et sectaire! Ouf!!

      Le Québec qui est en train de se faire est canadien et nord-américain, inodore et incolore, autant individualiste dans ses actes que mondialiste dans ses pensées, coupé de ses racines françaises et branché sur la culture anglaise! Montréal en est déjà une éloquente illustration!! La défaite a toujours un prix!Notamment celui de ne point jouir des outils pour gérer, selon la volonté populaire, toutes les questions touchant l'immigration et l'identité de la nation! D'où tant de tensions!!!

    • Jacques Patenaude - Abonné 8 mars 2017 18 h 15

      @ Mm Auclair et Bariteau
      Il existe un compromis possible: Pourquoi ne pas faire comme l’Irlande et se doter d'une présidence nommé par consensus du parlement tel qu'il en existe en Irlande. Une telle présidence non- partisane dont le rôle pourrait être de garantir le résultat processus démocratique. Ce rôle devrait normalement être celui du Lieutenant-gouverneur mais celui-ci n'ayant aucune légitimité ne peut exercer aucun rôle dans notre dans notre démocratie. Un président qui serait le président de l'Assemblée nationale pourrait avoir sous sa gouverne les organismes qui par définition arbitrent et controle le processus démocratique tel que le DGE, le vérificateur général et autre organismes de même nature. Ce serait fort utile. La question du lien avec la couronne britannique deviendra ainsi une question encore plus obsolète mais la qualité de notre démocratie y gagnerait beaucoup. Quand nous serons là on l'évacuera tout simplement.

    • Cyril Dionne - Abonné 8 mars 2017 18 h 53

      Moi, M. Bariteau, je n'applaudis pas.

      Comme c'est facile de dire n'importe quoi au Québec en profitant du combat des autres pour le dire encore en français (Mme Pelletier). Il y a présentement un ras-le-bol qui fermente partout au Québec incluant le ROC pour dire qu'assez, c'est assez. Personne n'a encore rien appris du BREXIT et de l'élection de Donald Trump? Trump est en train de façonner l'image américaine pour affirmer tout simplement, l'Amérique des Américains, par les Américains et pour les Américains.

      Le Québec nouveau n'est pas multiculturaliste, mais plutôt régionaliste. Le Québec nouveau n'est pas libre-échangiste, oui, cette ignobilité qui transpose tous les emplois (ceux qui donnent une dignité socioéconomique aux travailleurs québécois) dans les pays du tiers monde en les polluants. Le Québec nouveau a pour balise l'égalité homme-femme sans contredit et la liberté d'expression. Le Québec nouveau ne croit pas aux amis imaginaires mais fonde sa réalité dans son génie qui transforme les matières premières qui apportent une richesse réelle et renouvelable. Le Québec nouveau a apprivoisé la gravité pour en faire une forme d'énergie qui ne pollue pas et qui est naturelle.

      Cette chère madame Pelletier devrait sortir du 514 de temps en temps pour prendre le pouls de la population. Ce sont les régions qui nourrissent et alimentent en énergie le Québec et non pas les régions métropolitaines. Le nier, c'est jouer à l'autruche.

      P.S. Marine le Pen sera la prochaine présidente en France et vous verrez les idéologies du passé se briser comme de la porcelaine.

    • Sylvain Auclair - Abonné 8 mars 2017 20 h 21

      Monsieur Bariteau,
      Je tiens à convaincre le plus de gens possible d'adhérer au projet d'indépendance; je ne pense pas qu'aux déjà-convaincus. Et, pour cela, je suis tout à fait prêt à rester un royaume. L'important, c'est la démocratie.

    • Sylvain Auclair - Abonné 9 mars 2017 09 h 19

      Monsieur Patenaude,
      Bien entendu que je veux un système palermentaire, avec une présidence surtout protocolaire et un gouvernement responsable devant le parlement. Mais ça ne change pas le fait que certains verront dans la répubique un parjure.

      D'aileurs, l'Irlande indépendante a attendu quelques décennies (de 1922 à 1947) avant de devenir une république.

    • Claude Bariteau - Abonné 9 mars 2017 17 h 07

      Monsieur Dionne, si j'ai applaudi, c'est uniquement parce que le texte de madame Pelletier faisait du Québec le lieu d'ancrage du nouveau Québec que je vois en partie comme vous le voyez. Et c'est ce que je lui souligne.

      Par contre, comme monsieur Lamarche, je m'attendais à un texte qui inciterait le peuple québécois, surtout ceux et celles qui ont fait du Québec leur patrie et ont en communune vision différente de celle du Canada, à se modeler sur le Canada et à devenir accueillant comme l'exige le Canada.

      Or, ce n'est pas ce qu'elle a fait. Elle a plutôt, comme bien d'autres, critiquer des travers en ciblant je ne sais pas trop pourquoi les Québécois hier « canadiens-français » alors que les Québécois ne le sont plus et cherchent, avec les gens qu'ils côtoient sur le territoire du Québec, une autre façon de s'affranchir du joug canadien.

      C'était aussi ce que j'imaginais qu'elle estimait être un non-lieu au sens où ce Québec n'est pas encore arrivé.

      Je me suis peut-être trompé, mais rien dans son texte m'est paru en opposition avec une telle perspective. Les suivants me permettropnt sûrement de mieux jauger ses propos.

  • Jacques Lamarche - Abonné 8 mars 2017 01 h 35

    Le Québec ne tourne pas en rond! Il a pris la mauvaise direction!

    Nous aussi, nous n'en pouvons plus! On nous avait promis, en 1995, l'enfer si nous gagnions! Nous avons perdu! Beaucoup perdu!

    Ce chapelet de lamentations perturbe la réflexion et éloigne de toute solution!

    Comme si Jacques Parizeau avait inventé le vote ethnique! Vous-même, madame, vous continuez à l'instrumentaliser!

    • Claude Bariteau - Abonné 8 mars 2017 17 h 54

      Jacques Parizeau a fait un constat découlant du refus des dirigeants des communautés ethnoculturelles, parce qu'il les y a invités, à demeurer neutres, c'est-à-dire à ne pas intervenir dans la décision des membres des dites communautés.

      De là découle l'expression du vote « ethnique » instrumentalisé par Charles Taylor, la presse canadienne et les médias, y compris nombres d'élites politiques locales dont Bernard Landry. Quiconque néglige ce fait tient des propos hors contexte.

      Cela dit, des positions analogues furent prises par les dirigeants britanniques auprès des chefs des peuples amérindiens en 1760 mias aussi auprès des élites « canadiennes » en 1774 pour empêcher que les « canadiens » appuient, ce qu'ils ont fait en grande majorité, les forces américaines venues chasser les Britanniques du territoire de la « Province of Quebec ».

      Personne parmi ces élites y a vu un comportement irrévérencieux. Au contraire, ces élites ont tout fait pour répondre aux attentes des Britanniques au grand plaisir des élites britanniques implantées au Québec.

  • Yves Côté - Abonné 8 mars 2017 04 h 15

    Un projet.

    Un projet.
    Un projet de société républicain, respectueux des humains, de leur Droits comme de leurs manières individuelles de vivre (tant que celles-ci ne menacent pas l'intégrité et la sécurité des autres...); respectueux de l'environnement et épanouissant pour toutes et tous. Projet politique où l'abondance donnée par la nature et/ou générée par les humains profitent à tous. Plutôt que toujours aux mêmes qui depuis des années, s'accaparent de manière exponentielle ces fruits qui pourtant, ne valent que s'ils sont partagés.
    Voilà ce que les Québécois, avec ou sans "zes", attendent à mon avis pour se mobiliser afin de l'obtenir. Ou à tout le moins, pour unir leurs volontés individuelles.
    Rien de moins, comme dans "cela ou bien la mort de notre société"...
    A chaque fois que nous errons, à mon humble observation, c'est parce que nous oublions d'en appeler à la justice élémentaire; celle qui réside dans la lutte fondamentale et libératrice pour une humanité partagée.
    A chaque fois que nous errons ici, nous les Hommes en commençant par nous les hommes, c'est parce que nous nous perdons dans le labyrinthe de notre nombrilisme plutôt que de nous plonger dans l'infini de l'universel. De le faire avec ce que nous sommes tous et avec ces outils culturels qui, étant les nôtres, sont propres à nous faire participer à l'émancipation du monde. Et non à une imitation bête d'un système économique qui par la puissance de ceux qui le contrôlant, sont favorisés par lui. Et cela, au point de nier la réalité de la limitation des ressources de la Terre.
    Je suis un homme québécois, Madame.
    N'en suis pas faraud pour autant, mais n'en aie certainement pas honte en rien.
    Nord-américain, mon existence est toutefois de refuser d'aligner mes valeurs sur ces préceptes britanico-canadiens d'égalité des êtres qui sont conditionnés à la domination de l'anglais sur le français au Québec.
    Concept que très malheureusement, Monsieur Micone nous montre sans nuance faire dorénavant sien...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 8 mars 2017 09 h 28

      « mon existence est toutefois de refuser d'aligner mes valeurs sur ces préceptes britanico-canadiens d'égalité des êtres qui sont conditionnés à la domination de l'anglais sur le français au Québec. »

      Il m'a fallu me rendre jusque là pour voir en quoi ce projet serait spécialement québécois. Or la domination coloniale britanico-canadienne n'est linguistique que secondairement à une aspiration hégémonique avant tout économique. Bay Street n'a pas d'états d'âme fondés sur la couleur, la langue, la religion. Ce n'est probablement pas sur ces bases-là que se jouera l'avenir de cette société.

      Honnêtement, si nous devions cesser de nous distinguer par la langue de la majorité, à moins de nous rabattre sur un laïcisme républicain à la française plus défensif qu'accordé à une différence de philosophie politique, dans le monde ordinaire, je ne vois pas en quoi les valeurs que vous soutenez nous rendraient si étrangers au Canada à faire...

    • René Pigeon - Abonné 8 mars 2017 10 h 23

      "poursuite du bonheur" individuel VS projet de société :
      Madame Pelletier, votre rappel « du mythe fondateur américain, celui d’une grande terre de refuge, subverti aujourd’hui par Donald Trump » pointe vers le vrai enjeu véritable, que certains lecteurs de votre chronique soulèvent, de même que madame Angèle Dufresne à la page précédente.

      D’après la Déclaration d’indépendance, il existe au moins deux mythes fondateurs. À côté du mythe perverti, celui d’une « grande terre de refuge », persiste solidement le mythe celui de « la poursuite du bonheur » individuel : croissance illimitée du PIB et partage minimal de ce PIB.

      C’est ce que certains lecteurs de votre chronique soulèvent : un « projet de société » pour répondre à « Des questions pas spécialement québécoises ». De même que madame Angèle Dufresne à la page précédente sous le titre La «question identitaire» en question : « Le Québec glisse lentement mais surement dans le grand tout planétaire, conformiste et sans saveur — « du pain et des jeux », revendiquaient à grands cris les Romains juste avant que les « barbares » assènent le coup final à l’Empire. »
      http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-soci