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    La p'tite biblio C'est l'histoire d'une petite bibliothèque sauvage installée devant une porte. Des feuilles, des bouquins y sont laissés puis voyagent, épiés par la propriétaire de cet «hôtel de passe» pour mots. En découlent d'autres histoires, de voisinage celles-là, que vous raconte ici Catherine Lalonde.

    Le contre-feu de la fée carabine

    1 mars 2017 11h23 |Catherine Lalonde | La p'tite biblio

    Je ne sais me souvenir autrement qu’en faisant récit, et des moments mémorables ainsi mus en mots je vois les sensations et émotions peu à peu s’effriter, perdant dans l’étiolement bémols, nuances et détails, au fur et à mesure que je les raconte et re-narre.

     

    Il y a de la détresse qui émerge périodiquement de cette solitude du corps face à cette mémoire tectonique, face à son propre vécu, face à cet impossible re-sentir, à ces souvenirs dissous en un éternel présent, magasin d’autres souvenirs tout aussi mémorables donc tout aussi oubliables.

     

    Je sais mal relire, aussi, car l’imprégnation, la présence d’un livre me semblent si fort dépendre de tant de variables – contexte, états de corps et de cœur, la météo aussi peut-être… – qu’il me semble vain de vouloir y revenir. Les retrouvailles me sont rarement aussi vives que les rencontres. Et il y a tant et tant de livres pas du tout lus, qui attendent.

     

    N’empêche qu’une essentielle curiosité me rappelle régulièrement à l’exercice de la relecture. Avec ma mémoire de poisson rouge, qu’est-il tout de même resté, et qu’ai-je omis et occulté d’une lecture? D’où lis-je, des années plus tard, et ce nouvel angle semble-t-il changer le propos?

     

    Cette curiosité ne s’allume pas seulement aux grandes œuvres, à ces livres que je sais avoir lus trop jeune, loin de là.

     

    Et elle s’est réveillée cette semaine devant La fée carabine, en édition originale 1987 Série noire – ce qui nous permet de trouver des erreurs sur la page Wikipédia consacrée à ce titre… –, ce bouquin qui m’avait fait entrer, pour quelques livres, au sein de la tribu Malaussène.

     

    Seul souvenir : je m’étais bien amusée.

     

    Lisant le premier chapitre, quatre pages bien trempées, je me suis trouvée baignée d’impressions si spécifiques, si claires, qu’elles en forgent une sorte d’épiphanie.

     

    Je connais.

    J’ai su ce livre.

    Je le sais.

     

    La même lumière thoracique et cérébrale que lorsque sans m’y attendre je revois dans une salle de spectacle une chorégraphie à laquelle j’ai déjà assisté. La même qui s’étale au zénith de mon crâne lorsqu’une odeur d’enfance, un goût depuis longtemps absent des papilles ressurgissent.

     

    Tout résonne, re-sonne en moi.

     

    Ce que je sens, je le sais déjà.

     

    Je revis, sachant que j’ai vécu, dans une nostalgique et diffractée réalité ; avec cette heureuse impression d’être à la fois le lieu et la spectatrice d’une aurore boréale.

     

    Quel plaisir.














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