Un attentat à trois jours du scrutin en France

Un soldat français monte la garde devant les Champs-Élysées après l’attaque de jeudi.
Photo: Thomas Samson Agence France-Presse Un soldat français monte la garde devant les Champs-Élysées après l’attaque de jeudi.

On savait que la campagne présidentielle française était menacée. À un peu plus de 48 heures de l’ouverture des bureaux de vote, c’est dans le sang qu’elle se sera terminée alors qu’un individu a assassiné froidement un policier et en a blessé deux autres au coeur de Paris, sur les Champs-Élysées. L’attentat revendiqué par le groupe armé État islamique est survenu alors même que les candidats s’exprimaient sur la chaîne publique France 2 pour la dernière grande émission de la campagne.

Depuis l’arrestation mardi de deux djihadistes à Marseille et la saisie de trois kilos d’explosifs, les policiers savaient que les terroristes préparaient un attentat « imminent » visant la campagne présidentielle. Sans que l’on sache s’il est lié à la cellule de Marseille, l’homme qui a abattu un policier était un récidiviste fiché par les services de police et connu pour sa radicalisation. Celui que le groupe État islamique identifie comme Abu Yussef le Belge avait fait plusieurs années de prison pour une agression armée contre plusieurs policiers. « Le soutien de la nation est total », a réagi le président François Hollande en confirmant la piste « terroriste ».

Le soutien de la nation est total

 

Réactions en direct

L’attentat, qui pourrait avoir un effet déterminant sur cette fin de campagne, a surpris les candidats alors qu’ils participaient à une grande émission de France 2. La nouvelle a aussitôt chamboulé cet exercice qui a duré trois heures et pendant lequel les 11 candidats officiels ont été interviewés les uns après les autres pendant 15 minutes chacun.

En direct, François Fillon et Marine Le Pen ont appelé à suspendre la campagne. François Fillon a notamment annulé son déplacement à Chamonix, où il devait faire une randonnée au pied du mont Blanc avec plusieurs élus qui le soutiennent. Ces deux candidats tiendront une conférence de presse ce vendredi.

Au contraire, le candidat de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon a appelé à ne pas céder à la « panique » et à « ne pas interrompre le processus de démocratie » en cours. Le candidat prévoyait clore sa campagne en tenant un peu partout en France des « apéros insoumis ». Il devait aussi accueillir dans le quartier de Ménilmontant, à Paris, le leader du parti de gauche espagnol Podemos, Pablo Iglesias. Au moment d’écrire ces lignes, on ne savait pas si Emmanuel Macron annulerait les trois assemblées qu’il devait tenir vendredi dans un véritable marathon de fin de campagne à Rouen, Amiens et Arras.

Impacts sur les résulats

À Paris, la plupart des observateurs ne cachent pas que cet événement tragique pourrait avoir un effet sur cette course à quatre qui s’achève dans la plus grande incertitude et alors que les candidats sont dans un mouchoir de poche. Même si Emmanuel Macron et Marine Le Pen restent les mieux placés pour accéder au second tour avec respectivement 25 % et 22 %, selon un sondage Harris Interactive, ils sont talonnés par François Fillon et Jean-Luc Mélenchon, tous deux autour de 19 %. Les sondeurs eux-mêmes affirment qu’un léger déplacement d’électeurs pourrait complètement changer la donne.

En direct sur France 2, les candidats n’ont pas tardé à réagir. « Je voudrais dire que la lutte contre le terrorisme doit être la priorité absolue du prochain président de la République », a déclaré François Fillon, qui est le candidat qui a le plus parlé dans cette campagne du terrorisme islamiste, auquel il a même consacré un livre. Le candidat veut créer une coalition mondiale pour combattre le groupe EI, combattre la montée du fondamentalisme à l’intérieur même de la religion musulmane et juger tous ceux qui ont des contacts avec le groupe terroriste pour intelligence avec l’ennemi. « Je veux que nous aidions les musulmans de France à éradiquer l’islamisme », dit-il.

Marine Le Pen a aussi réagi en direct. « Je ne veux pas que l’on dise à notre jeunesse qu’elle vivra durablement avec ce danger, a-t-elle déclaré. Il faut s’attaquer aux racines du mal : c’est fini le laxisme et la naïveté. On ne peut pas laisser ce pays impuissant à les défendre. C’est cela que vous, Français, vous devez exiger et choisir. » La candidate propose notamment l’expulsion des étrangers fichés par la Sécurité de l’État ou qui commettent un crime.

« Présider, c’est protéger », a affirmé le favori de cette élection, Emmanuel Macron, dont la campagne a jusqu’ici été assez discrète sur ces questions. « Mais nous ne devons pas céder à la peur, donner à nos ennemis le sentiment que nous nous divisons, a-t-il aussitôt ajouté. Je veux rassembler nos concitoyens, quelles que soient leurs sensibilités d’origine autour d’un projet progressiste. »

Dernier blitz

À 48 heures de l’ouverture des bureaux de vote, cet attentat vient bouleverser le cours d’une campagne déjà totalement inédite. Et cela, alors même que les candidats s’apprêtaient à se lancer dans un dernier blitz. Inquiète du tassement de ses sondages, Marine Le Pen est depuis quelques jours revenue à ses fondamentaux : l’immigration et les frontières. Quant à François Fillon, il distille depuis quelques jours que « voter Le Pen, c’est voter Macron ».

Ce n’est pas la première fois qu’une tragédie survient en pleine campagne présidentielle. En 2002, l’agression d’un retraité de 72 ans, Paul Voise, à Orléans, avait largement défrayé la chronique alors que le débat électoral portait largement sur la sécurité. En 2012, les assassinats d’enfants juifs et de militaires commis par Mohamed Merah avaient entraîné pour la première fois de l’histoire une suspension de la campagne présidentielle.

4 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 21 avril 2017 03 h 29

    L'issue?

    La France connaît une très mauvaise campagne présidentelle. Personne n'ose prédire l'issue du scrutin. On prévoit beaucoup d'abstentions. L'attentat parisien ne devrait guère changer la donne, si ce n'est donner quelqes voix de plus à Marine Le Pen, candidate d'une droite bien musclée. On verra dimanche...


    M.L.

  • Jocelyne Lapierre - Abonnée 21 avril 2017 07 h 49

    Rattrappés par la réalité

    La réalité est si alarmante et criante, mais il se trouvera toujours des Français pour la renier, notamment les gauchistes qui se dirigent délibérément à l'abattoir, guidés par Macron ou Mélanchon.

    La situation est désespérante, à en pleurer de rage. Je crois aux prévisions de guerre civile dans un très proche avenir.

    En passant, saviez-vous que le Louvre a un section sur l'histoire de l'Islam, mais pas sur l'histoire de la chrétienté, pourtant le fondement de la France? Et c'est le ministre de la culture de François Hollande qui avait fait avorter le projet de développement d'une section réservée au christianisme. Combien d'autres faits doit-on exposer avant que la majorité réalise que l'Ouest est bien en phase d'islamisation?

  • Gilbert Troutet - Abonné 21 avril 2017 09 h 27

    À qui profite le crime ?

    Ce genre de provocation n'arrive pas par hasard. Il y en a manifestement qui cherchent à alimenter l'insécurité pour attirer l'électorat vers les partisans de l'ordre. Il y a aussi dans la société française de plus en plus de ces adversaires de la démocratie, qui ne connaissent que la violence pour défier l'autorité quelle qu'elle soit.

    Cela dit, on peut se demander pourquoi le gouvernement français fournit des armes aux groupes djihadistes en Syrie, qui sont un bras de l'État islamique qu'on dit combattre par ailleurs. Laurent Fabius n'a-t-il pas dit que le Front Al-Nosra (affilié à Al-Qaïda) faisait du « bon boulot sur le terrain »? Cherchez l'erreur.

  • Lise Bélanger - Abonnée 21 avril 2017 09 h 30

    Protéger ou plutôt tenter de protger ne suffit plus, cela semble évident. Lever simplement le bras pour se protéger d'un agresseur qui ne cesse de cogner et cogner et qu'arrivera-t-il?

    Ce cogneur frappe criminellement sur des gens sans défense et ce cogneur a des tentacules, comme un cancer des métastases.

    Tenter de détruire une métastase à la fois au gré du vent, ne guérira pas le cancer, car il prolifère trop vite et partout à la fois.

    Sommes-nous trop lâches pour nous protéger.