Virginie: une manifestation de l'extrême droite vire au drame

Une femme reçoit les premiers soins après qu'une voiture a percuté des manifestants à Charlottesville, en Virginie, le 12 août 2017.
Photo: Paul J. Richards Agence France-Presse Une femme reçoit les premiers soins après qu'une voiture a percuté des manifestants à Charlottesville, en Virginie, le 12 août 2017.

Charlottesville — Un véhicule a foncé sur une foule qui manifestait contre un controversé rassemblement de groupuscules de l’extrême droite américaine, samedi, en Virginie, tuant une personne et en envoyant au moins 26 autres à l’hôpital.

 

Par ailleurs, un hélicoptère de la police de l’État de Virginie s’est écrasé, entraînant dans la mort un pilote et son passager. La police de l’État a indiqué que l’appareil surveillait le rassemblement au moment du drame.

 


 


Une femme de 32 ans, qui traversait la rue lorsque la voiture a percuté la foule, a perdu la vie, a déclaré le chef de la police de Charlottesville, Al Thomas.

Le conducteur de ce véhicule, identifié par la police comme James Alex Fields Jr., un homme de 20 ans venu de l’Ohio, a été inculpé de meurtre, de blessures et de délit de fuite.

Lors d’une réunion d’urgence, samedi soir, le conseil municipal de Charlottesville a accordé unanimement à la police des pouvoirs étendus, lui permettant par exemple d’établir un couvre-feu au besoin. « Nous avons procédé ainsi, ayant une pleine confiance en la capacité du chef Thomas et des instances régionales à prendre la décision finale », a précisé le maire Mike Signer.

Les événements ont exacerbé les tensions déjà fort vives qui ont fait sombrer cette ville universitaire dans le chaos provoqué par le plus important rassemblement d’extrémistes de droite depuis au moins 10 ans.


Consternation et frustration

En après-midi, samedi, le maire de Charlottesville, Mike Signer, s’était dit « furieux et découragé » par l’incident meurtrier, sommant du même coup la population d’évacuer les lieux.

Ces incidents sont survenus peu après l’interdiction de la manifestation émaillée de violentes échauffourées, une situation qui a conduit le président Donald Trump à dénoncer la « haine » exprimée, mais sans vouloir faire porter la responsabilité sur la droite radicale.

« Nous allons faire tout notre possible pour que la “guérison” se fasse le plus vite possible », a indiqué Donald Trump dans une conférence de presse peu après les événements. Il a aussi condamné le « sectarisme et les violences, quelle que soit leur origine ». 


 

Plus tôt, il avait vivement réagi sur son compte Twitter. « Nous devons TOUS nous unir et condamner tout ce qui représente la haine. Il n’y a pas de place en Amérique pour ce type de violences. »

 

Matt Korbon, un étudiant de 22 ans de l’Université de la Virginie, a raconté que plusieurs contre-manifestants marchaient dans la rue lorsqu’on a entendu « un crissement de pneus ». Une Dodge Challenger de couleur argent a percuté un autre véhicule avant de reculer à travers « une mer de monde ». Plusieurs personnes ont été projetées dans les airs. « Je pense qu’il y a une dizaine de blessés. Une fille au sol a été mutilée. C’était volontaire, ils ont fait exprès de reculer », a relaté à l’AFP un témoin.


Une des nombreuses vidéos qui ont circulé sur les réseaux sociaux. Les images pourraient choquer certains lecteurs.




Selon divers témoins, les victimes étaient des contre-manifestants venus dénoncer la présence à Charlottesville de groupes de la droite radicale et identitaire américaine, dont le Ku Klux Klan et des néonazis.

Une journaliste de l’AFP présente sur les lieux a vu des blessés étendus au sol, des personnes en pleurs, des brancards, des ambulances et des camions de pompiers.
La police a selon elle lancé un appel à témoin.

Photo: Chip Somodevilla / Getty Images / AFP Des secours escortent une femme blessée.

 

Manifestation tendue
 

De violentes échauffourées avaient éclaté plus tôt samedi entre militants antiracistes et groupuscules de l’extrême droite américaine réunis dans la petite ville américaine, forçant le gouverneur de l’État à déclarer l’état d’urgence et la police à décider l’interdiction du rassemblement.

Dans un air chargé en gaz lacrymogène, les heurts opposant manifestants de la droite radicale et contre-manifestants se sont multipliés avant même le début prévu du rassemblement, avec des rixes, des jets de projectiles, des échanges de coups de bâton, selon une journaliste de l’AFP sur place.

Dans ce climat de haute tension, les craintes de débordements plus graves étaient avivées par la présence d’armes portées ouvertement par les manifestants, ainsi que le permet la loi dans l’État de Virginie.

Des membres de milices d’extrême droite s’étaient positionnés en tenue paramilitaire, fusil semi-automatique en bandoulière, non loin des forces de l’ordre très sollicitées.
Face à ces incidents, la police en tenue anti-émeute a donc décidé peu avant midi (16 h GMT) d’interdire la manifestation prévue et a procédé à l’évacuation du parc public où elle se tenait. Les forces de l’ordre ont procédé à un nombre inconnu d’interpellations.

Les groupes de la droite radicale et identitaire américaine présents, dont le Ku Klux Klan et des néonazis, entendaient dénoncer de façon unitaire le projet de Charlottesville de déboulonner dans ce jardin municipal la statue d’un général sudiste favorable à l’esclavagisme.
 

Rapprochement mis en doute

« Cet événement pourrait offrir une vitrine historique de haine, en rassemblant en un seul lieu un nombre d’extrémistes inédit depuis au moins une décennie », avait averti Oren Segal, directeur du Centre sur l’extrémisme de l’Anti-Defamation League (ADL), une association de lutte contre l’antisémitisme.

Le 8 juillet dernier, quelques dizaines de membres du Ku Klux Klan s’étaient déjà rassemblés dans cette ville paisible et pittoresque, très largement surpassée en nombre par les manifestants antiracistes. Mais les images de ces extrémistes en robe traditionnelle avaient été diffusées dans le monde entier.

Cette fois-ci, la droite nationaliste espérait attirer nettement plus de partisans, grâce à la présence de différents responsables de la mouvance Alt-Right, qui avait soutenu Donald Trump pendant sa campagne.

Les experts doutent toutefois d’un véritable rapprochement entre ces différents groupes très disparates.

Les participants, censés venir de tous les États-Unis, ont rencontré des difficultés à se loger : la plateforme de location d’appartements Airbnb a annulé un nombre inconnu de comptes liés à l’extrême droite, en mettant en avant ses principes d’accueil indépendamment des origines ethniques.

Jason Kessler, l’organisateur du rassemblement, avait estimé sur Twitter que cette mesure équivalait à une « attaque contre la liberté d’expression et les droits civiques ».
  • Gilles Bonin - Abonné 12 août 2017 14 h 23

    Avec la présidence de Trump

    Trump président et la logorée violente, «raciste», de l'homme en place et de ses affidés ne font qu'encourager le crypto-fascisme qui sourd d'une partie de la société américaine. C'esty triste, même tragique, mais pas étonnant.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 12 août 2017 15 h 25

      Trump n'est pas assez futé pour réaliser qu'il est reponsable de ce chaos.

  • Nicole Delisle - Abonné 12 août 2017 16 h 22

    Et ils ont peur de la violence des étrangers!

    Le terrorisme et la violence ne viendront pas de l'extérieur mais bien à l'intérieur de leur frontière. Ils auront beau expulser tous les immigrants illégaux, c'est de leurs concitoyens qu'ils ont le plus à craindre! Avec les armes en circulation, avec des groupes d'extrême-droite dynamisés par un président sans aucune retenue verbale, avec la présence du Ku Klux Klan et des néo-nazis, la violence est là pour rester et prendre de l'ampleur. Rien pour apaiser l'atmosphère et la vie sociale américaine.
    C'est le déroulement d'une Amérique qui se dirige vers son déclin. Si cette étincelle
    qui s'exprime aujourd'hui se propage à d'autres états, les USA ne seront plus "Big"!
    Et Trump qui essaie de se faire plus gros et plus fort devant la Corée du Nord. Vraiment lamentable!

    • Hélène Boily - Abonnée 13 août 2017 09 h 00

      Vous avez entièrement raison.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 12 août 2017 16 h 39

    Le début d'une guerre civile...

    ... une première étape vers la guerre civile aux USA.

  • Odette Bernier - Abonnée 12 août 2017 17 h 00

    Et de ses principaux conseillers

    Steve Bannon, représentant d'extrême droite, personnage occulte. Guerre civil avant celle de la Corée du Nord?

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 12 août 2017 18 h 25

    C'esty triste ou bien pas?

    Les musulmans intégristes ne sont pas les seuls à vouloir pourfendre l'infidèle.

    Le KukluxKlan et autres extrémistes assument aussi leur haine et passent à l'acte.

    Ça se corse!

    Il faudrait qu'un jour, les déshérités trouvent patrie et que les justes soient ce qu'ils devraient êtres. Pour tous et toutes.