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    France: les «fainéants» manifestent contre la réforme du Code du travail

    Première mobilisation contre le plan du président français Emmanuel Macron

    13 septembre 2017 | Christian Rioux - Correspondant à Paris | Europe
    Sur les pancartes, le président Macron était ciblé, comme ici à Paris, pour ses propos dans lesquels il promettait de ne céder «ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes».
    Photo: Thibault Camus Associated Press Sur les pancartes, le président Macron était ciblé, comme ici à Paris, pour ses propos dans lesquels il promettait de ne céder «ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes».

    La France est-elle partie pour une nouvelle série de manifestations de masse ? C’est la question que l’on se posait mardi à Paris alors que plusieurs dizaines de milliers de manifestants ont foulé le pavé dans la plupart des grandes villes de France. Pendant que le président Emmanuel Macron était sous le soleil des Antilles afin de conforter les sinistrés de l’ouragan Irma, son gouvernement affrontait à Paris ce qu’on désigne en France comme son baptême du feu.

     

    À Paris, 24 000 personnes (60 000 selon les syndicats) ont défilé de Bastilles à la place d’Italie pour protester contre la réforme du Code du travail. Même si les mobilisations ne semblaient pas dépasser en nombre celles de 2016 contre la loi El Khomri, la centrale syndicale CGT se déclarait satisfaite d’avoir fait le plein de ses troupes. « C’est une première qui s’annonce réussie », a déclaré le président de la CGT, Philippe Martinez. Il faut dire que, contrairement à 2016, le syndicat Force ouvrière n’a pas appelé à manifester même si l’on retrouvait des syndiqués de cette centrale dans les cortèges.

     

    Ulcérés de s’être fait traiter de « fainéants » vendredi à Athènes par le président — qui a dit qu’il ne céderait « ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes » —, les manifestants ont décliné le mot sur tous les tons. « Macron t’es foutu, les fainéants sont dans la rue », reprenaient de nombreuses pancartes. « Fainéants de tous les pays, unissez-vous ! » hurlaient des manifestants. « Trop fainéant pour trouver un slogan », avait même gribouillé un plaisantin. Le président a eu beau corriger le tir en disant qu’il ne visait pas les syndiqués mais les responsables politiques qui n’ont pas fait les réformes nécessaires, la presse a largement désapprouvé cette déclaration qui risque de marquer le quinquennat, selon plusieurs éditorialistes.

     

    « Nous tiendrons ! »

     

    Pas question cette fois de reculer devant la rue, martèle-t-on du côté du gouvernement. « Nous tiendrons », a déclaré le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, sur Radio Classique. Alors que le président présente l’allégement des normes du travail comme le seul moyen de « gagner la bataille du chômage de masse », les syndicalistes dénoncent des ordonnances qui donnent « les pleins pouvoirs aux employeurs ». Le projet, qui sera adopté selon une procédure parlementaire expéditive, limite notamment les indemnités versées aux employés en cas de licenciement et donne plus de marge de manoeuvre aux petites et moyennes entreprises afin de déroger aux accords sectoriels.

     

    « La réforme contestée dans la rue a été approuvée par les Français dans les urnes, il est normal que nous allions jusqu’au bout », a déclaré le député Olivier Véran, membre de la majorité parlementaire.

     

    Les manifestations avaient commencé à l’aube. Même s’ils ne protestaient pas contre la réforme du Code du travail, dès 7 h, des forains ont paralysé la place de l’Étoile. Ils réclamaient la suppression d’une nouvelle réglementation qui les oblige à répondre à des appels d’offres alors que ces artistes du cirque fréquentent souvent les mêmes villes depuis des décennies. Des milliers de camions, dont plus de 400 à Paris, ont bloqué le trafic un peu partout en France. La CGT a recensé 180 manifestations dans l’Hexagone et 4000 appels à la grève.

     

    Entre 2000 et 5000 personnes ont aussi envahi les rues de Nice, où les transports en commun ont été entièrement paralysés. Du jamais vu depuis 2006. Place de la Bastille, les traditionnels « casseurs » cagoulés s’en sont pris aux vitrines et aux affiches. À Lyon aussi, les policiers ont dû faire usage des grenades lacrymogènes. Si le métro parisien roulait normalement, les grévistes ont paralysé entre 50 % et 80 % des trains sur les lignes de banlieue.

     

    De nouvelles manifestations

     

    Ce premier bras de fer avec les syndicats est considéré en France comme crucial pour la suite des réformes libérales que veut entreprendre le nouveau président. Celui-ci annonce notamment la suppression des régimes de retraite spéciaux, comme ceux particulièrement avantageux des cheminots, une réduction des aides au logement et une suppression partielle de l’impôt sur la fortune.

     

    Des réformes sur lesquelles les Français sont partagés. Selon un sondage publié la semaine dernière dans Le Figaro, 64 % d’entre eux soutiennent la volonté d’Emmanuel Macron de réformer le modèle économique et social français. Mais 61 % des sondés jugent que le président a pris de mauvaises décisions dans ces domaines. Signe de ces divisions, même au Parti socialiste, il n’y a pas de consensus sur la participation aux manifestations syndicales.

     

    La CGT doit se mobiliser à nouveau le 21 septembre, 24 heures avant la présentation au Conseil des ministres du projet de réforme du Code du travail. Le président de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a aussi appelé à manifester le 23 septembre.













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