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    Macron sous un feu croisé

    La caricature est ignoble : Emmanuel Macron, le candidat centriste qui a déjà été banquier avant d’être ministre de l’Économie de François Hollande, et qui (du moins pour l’instant) fait figure de favori au second tour de l’élection présidentielle française, y est représenté en « affreux banquier mondialiste ».

     

    On le voit nez crochu, avec un haut-de-forme noir façon années 1930, coupant son cigare avec une faucille rouge… Sous-titre : « La vérité sur la galaxie Macron. » Même s’il y manque une allusion directe à la judéité, le clin d’oeil antisémite est absolument transparent.

     

    Non signé, ce dessin, d’un genre que même le Front national de Marine Le Pen n’oserait plus avaliser aujourd’hui, n’a pas circulé que dans les bas-fonds de la blogosphère. Il a été diffusé, pendant plusieurs heures, avec le logo de la formation, sur le site officiel du parti LR (Les Républicains) du candidat François Fillon, longtemps sous la poigne de Nicolas Sarkozy.

     

    En fin de semaine, les autorités du parti ont fait disparaître le dessin de leur site, annonçant ensuite — avec des excuses — qu’elles le désavouaient et prendraient des mesures disciplinaires.

     

    La « comète Macron » — pour reprendre la métaphore astronomique — semblant plus durable qu’on le croyait, elle devient naturellement la cible première de ses adversaires, principalement Marine Le Pen et François Fillon.

     

    Et la campagne de 2017 ayant une vilaine tendance à esquiver les débats de fond — « l’affaire Fillon », avec le scandale des probables emplois fictifs au bénéfice de sa famille, a pris beaucoup de place depuis six semaines, avant d’aboutir au sauvetage miraculeux de la candidature Fillon —, les attaques ad hominem remplacent la discussion sur les programmes et leurs mérites. Dans cette spirale négative, qui rappelle un peu ce qu’on voit aux États-Unis, l’irruption de ce dessin scandaleux ne fait que représenter l’air du temps.

     

    On peut reprocher beaucoup de choses à Emmanuel Macron. L’homme a eu des propos contestables sur la culture (« Il n’y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse ») et sur la colonisation (« crime contre l’humanité »). Certaines de ses prestations face à la foule ressemblent aux envolées d’un prédicateur en extase, ivre de ses propres paroles.

     

    Libéral qui a servi un gouvernement officiellement socialiste, cet homme a trahi son ancien mentor François Hollande pour faire cavalier seul avec son mouvement « En marche ! ». Son programme « ni de gauche ni de droite » (sic) paraît insaisissable, et l’homme a, pendant des mois, cultivé l’ambiguïté, surfant sur des slogans (« France nouvelle », « Esprit de conquête », « Libérer la France ») peu substantiels.

     

    Qu’entend faire, concrètement, Emmanuel Macron sur la protection sociale, sur les retraites ? Comment se situe-t-il, à l’heure des grands réalignements géopolitiques, entre les États-Unis, l’Allemagne et la Russie ?

     

     

    Questions justes et préoccupantes… mais qu’y a-t-il en face ? Essentiellement, et sauf improbable sursaut à gauche (Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon), deux personnalités : François Fillon et Marine Le Pen, qui se ressemblent de plus en plus.

     

    L’épreuve du scandale a poussé François Fillon profondément à droite. Il défend une idée de la nation française qui n’est pas si loin de celle de Marine Le Pen, même s’il ne vomit pas, contrairement à elle, l’Union européenne. Comme elle, il est aux prises avec des scandales d’emplois fictifs pour ses proches, emplois payés à même l’argent public. Comme elle, il dénonce avec férocité les médias et le pouvoir judiciaire. Et comme elle, il se montre d’une mansuétude extrême et suspecte face à Moscou.

     

    On peut déplorer qu’un face-à-face Macron-Le Pen, au second tour du 7 mai prochain, jetterait dehors tout un pan de ce qu’est ce grand pays (une défense, à la fois résolue et modérée, de la nation française dans l’Europe et face au monde), laissant en lice « l’ultranationaliste » face au « mondialiste ».

     

    Mais une finale Le Pen-Fillon serait encore plus dangereuse. Elle ne ferait aucune place au sentiment européen qui existe encore, ou aux idéaux du centre gauche. Le sentiment d’exclusion d’une grosse moitié de l’électorat serait immense et, l’abstention aidant, c’est ce cas de figure qui donnerait le plus de chances à Le Pen de se faufiler. Selon l’adage « Prenons l’original, pas la copie ».













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