Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Que peut Trump contre la Corée du Nord?

    Julien Tourreille
    9 septembre 2017 |Julien Tourreille | États-Unis | Chroniques

    La Corée du Nord constitue la crise de politique étrangère la plus importante à laquelle le président Trump doit faire face depuis son arrivée à la Maison-Blanche. Disposant de l’arme nucléaire et développant à grande vitesse ses capacités balistiques, elle représente une menace sérieuse pour la Corée du Sud, le Japon, les États-Unis, et la scène internationale. Inexpérimenté, indiscipliné et au tempérament ô combien volatil, Trump peut néanmoins réussir à gérer efficacement cette crise.

     

    Quelques semaines avant son investiture en janvier dernier, Trump affirmait dans un tweet catégorique que jamais il ne laisserait la Corée du Nord développer des armes nucléaires et des missiles capables de frapper les États-Unis. Huit mois plus tard, il n’a pas pu, à l’instar de ses prédécesseurs, tenir cette promesse.

     

    Une menace nord-coréenne évidente

     

    Dimanche dernier, Pyongyang effectuait en effet un sixième test nucléaire, le plus puissant à ce jour. Si une incertitude demeure quant à la nature exacte de l’arme utilisée, tout indique qu’il s’agissait d’une bombe à hydrogène. Le 29 août, la Corée du Nord tirait un missile de moyenne portée qui survola le nord du Japon. La trajectoire de celui-ci, plus opérationnelle que celle plus courbée des missiles à longue portée testés en juillet, démontre les avancées rapides et la confiance accrue de Pyongyang dans ses capacités balistiques.

     

    Si des questions telles que le niveau de miniaturisation des ogives nucléaires, la capacité de celles-ci à résister à la réentrée dans l’atmosphère des missiles à longue portée ou encore la précision de ces derniers restent en suspens, il n’en demeure pas moins que les capacités nord-coréennes représentent une menace évidente et de plus en plus prégnante. Face à celle-ci, les options de Washington apparaissent des plus limitées.

     

    Si l’option militaire « reste sur la table » comme le laissent clairement entendre le président Trump et son secrétaire à la Défense, James Mattis, celle-ci apparaît peu vraisemblable tant ses conséquences seraient catastrophiques. Les différents scénarios d’opérations militaires contre Pyongyang font en effet état de potentiellement un million de victimes en Corée du Sud. Il n’est donc guère surprenant que le président sud-coréen, Moon Jae-in, insiste auprès des États-Unis pour qu’aucune action ne soit déclenchée de façon unilatérale et sans l’accord de Séoul. Se lancer dans un tel conflit pourrait également être dévastateur pour la présidence de Trump tant son aptitude à diriger le pays dans une période de crise est loin de faire l’unanimité, même chez les républicains au Congrès. Il ne pourrait donc pas compter sur le traditionnel phénomène de ralliement autour du drapeau et de la présidence lorsque les États-Unis sont en guerre.

     

    Une approche plus mesurée

     

    Alors qu’il y a un mois à peine Trump promettait « le feu et la fureur » au régime de Kim Jong-un si celui-ci ne cessait pas ses provocations, sa rhétorique semble avoir quelque peu évolué. Il ne promet plus un déferlement de la puissance militaire américaine sur la Corée du Nord. Lors d’une conférence de presse jeudi aux côtés de l’émir du Koweït en visite à Washington, il a même exprimé sa préférence pour une résolution diplomatique de la crise.

     

    Son gouvernement a ainsi présenté cette semaine au Conseil de sécurité de l’ONU un projet de résolution instaurant de nouvelles sanctions plus punitives contre la Corée du Nord. Celles-ci pourraient aller jusqu’à un embargo pétrolier et à une autorisation d’arraisonner des navires nord-coréens. L’adoption de telles sanctions est loin d’être acquise, la Chine, et surtout la Russie, semblant avant tout soucieuse de ne pas provoquer davantage Pyongyang.

     

    De plus, l’efficacité de telles sanctions n’est pas assurée. Un récent rapport d’un panel d’experts onusiens conclut en effet qu’une application laxiste (pour ne pas dire un non-respect) des sanctions existantes par des pays membres de l’ONU (tels que la Syrie, l’Ouganda ou encore le Mozambique) conjuguée à l’inventivité nord-coréenne pour les contourner n’a pas permis de freiner le programme nucléaire.

     

    Il faut cependant souligner que le régime de sanctions en place contre la Corée du Nord n’est pas aussi sévère que celui qui avait été adopté, avec un certain succès, contre l’Iran. Il reste donc encore une marge de manoeuvre pour accroître la pression internationale sur Pyongyang.

     

    Tout en laissant toute sa place à la diplomatie, le président Trump dispose enfin d’une autre carte intéressante dans son jeu. Il pourrait ordonner l’interception du prochain missile tiré par Pyongyang. Il exprimerait ainsi clairement sa détermination à Kim Jong-un, freinerait l’élan de confiance qui anime le dictateur du royaume ermite, et renforcerait la crédibilité des États-Unis dans ce dossier.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.