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    Les indépendantistes catalans face au défi de former un gouvernement

    23 décembre 2017 | Alfons Luna - Agence France-Presse à Bruxelles | Actualités internationales
    Carles Puigdemont avait affirmé pendant la campagne qu’en cas de victoire il rétablirait le gouvernement destitué.
    Photo: Emmanuel Dunand Agence France-Presse Carles Puigdemont avait affirmé pendant la campagne qu’en cas de victoire il rétablirait le gouvernement destitué.

    Forts de leur victoire aux élections régionales, les indépendantistes catalans doivent relever le défi de reprendre le pouvoir, avec leurs dirigeants en prison ou en exil et alors que Madrid maintient son intransigeance.

     

    Le camp séparatiste, malgré son succès dans les urnes, a perdu des sièges par rapport à 2015, et ses divisions internes vont compliquer les tractations pour former un cabinet, estiment les experts.

     

    Depuis Bruxelles, où il a pris la fuite pour éviter l’arrestation, le président catalan Carles Puigdemont, destitué mais conforté par le scrutin, a proposé vendredi au chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, de le rencontrer « à Bruxelles ou dans n’importe quel autre lieu de l’Union européenne ».

     

    M. Rajoy a refusé, estimant que « la personne avec laquelle je devrais m’asseoir, c’est celle qui a remporté ces élections, madame Arrimadas », la tête de liste du parti Ciudadanos qui a remporté le plus de voix et de sièges au Parlement catalan.

     

    Poursuivi pour « rébellion et sédition », M. Puigdemont risque toujours d’être arrêté s’il remet les pieds en Espagne.

     

    Il a également demandé à être entendu par les institutions européennes. Dans son bras de fer avec Madrid, le dirigeant nationaliste cherche systématiquement à se placer sur le même plan que le chef du gouvernement espagnol et à être reconnu par la communauté internationale, sans y parvenir pour l’instant.

     

    À Bruxelles, un porte-parole de la Commission s’est contenté de répondre : « Notre position sur la question de la Catalogne est bien connue […] Elle ne changera pas. S’agissant d’une élection régionale, nous n’avons pas de commentaire à faire. »

     

    M. Rajoy a également prévenu que le prochain gouvernement catalan, « quel qu’il soit […] sera soumis à l’empire de la loi ».

     

    Une façon de sous-entendre qu’il n’hésiterait pas à recourir à nouveau à l’article 155 de la Constitution, utilisé pour la première fois le 27 octobre pour destituer le gouvernement catalan et dissoudre le Parlement qui venait de déclarer l’indépendance.

     

    M. Puigdemont avait affirmé pendant la campagne qu’en cas de victoire il rétablirait le gouvernement destitué.

     

    Mais bien que réélu, il ne pourrait exercer ses fonctions ni de député ni de président depuis une cellule. Au total, parmi les nouveaux députés indépendantistes, dix-sept sont inculpés, dont trois en prison et cinq en exil.

     

    La Cour suprême espagnole a d’ailleurs élargi vendredi à six personnalités indépendantistes supplémentaires (en plus des vingt-deux déjà inculpées) les poursuites engagées pour rébellion, sédition et malversations.

     

    Processus difficile

     

    Selon Federico Santi, chercheur au sein de l’Eurasia Group, « le plus probable est la formation d’un gouvernement indépendantiste minoritaire comprenant les trois partis séparatistes. Ce sera un processus long et difficile, étant donné l’emprisonnement ou l’exil volontaire de nombre de députés ».

     

    Si aucun gouvernement n’est formé à Barcelone avant la fin mars, de nouvelles élections devront être convoquées dans les deux mois.

     

    La victoire des indépendantistes, en sièges mais pas en voix, sera également limitée par le bon résultat du plus résolu des partis opposés à l’indépendance, Ciudadanos, qui est arrivé en tête avec 37 députés.

     

    Inés Arrimadas a remporté un succès spectaculaire avec 1,1 million de voix. Son parti, formé il y a dix ans pour lutter contre le nationalisme catalan, sera le plus fort au Parlement régional, mais elle ne dispose pas d’alliés pour former une coalition de gouvernement.

     

    Les socialistes, opposés comme elle à l’indépendance, n’ont que dix-sept sièges et le PP s’est effondré, tombant à trois sièges contre onze aux dernières élections en 2015.

     

    « Il est désormais clair qu’ici, en Catalogne, il n’y a jamais eu de majorité en faveur d’une indépendance », a déclaré vendredi la députée de 36 ans. « Si ce processus [menant à une sécession unilatérale] n’avait aucun sens hier, il en a encore moins aujourd’hui. »

     

    La situation économique, alors que plus de 3100 entreprises ont déménagé leur siège social dans d’autres régions et que le tourisme et les investissements sont en baisse, risque de pâtir de la poursuite de l’incertitude politique dans laquelle reste plongée la Catalogne.

     

    Pour l’économiste José Carlos Diez, de l’Université d’Alcala, « des emplois ont déjà été détruits, et d’autres vont l’être au début de 2018, dans le tourisme, les services et l’industrie ».













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