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    Incursion d’une néophyte dans l’univers du zéro déchet

    Une semaine à jauger ma poubelle

    Adepte du zéro déchet depuis cinq ans, Mélissa de la Fontaine, fondatrice de l’entreprise Le Mini-vert, a graduellement éliminé les emballages de sa vie. Sa poubelle se limite à ce petit contenant en verre. 
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Adepte du zéro déchet depuis cinq ans, Mélissa de la Fontaine, fondatrice de l’entreprise Le Mini-vert, a graduellement éliminé les emballages de sa vie. Sa poubelle se limite à ce petit contenant en verre. 

    Si éliminer totalement les déchets relève du défi, on peut réduire de façon spectaculaire ses ordures et le contenu de son bac de recyclage. Expérience d’une semaine dans l’univers « zéro déchet ».


    Utopie, rêve, folie ? Plonger ma propre tribu sept jours durant dans le monde du zéro déchet ? Le défi semblait colossal, à moins de convertir ma famille en ascète, de gonfler ma facture d’épicerie, sans compter la menace de rébellion que mes ados risquaient de soulever à l’annonce que leurs aliments chéris ne passeraient plus le pas de la porte.

     

    Résultat des courses ? Rome ne s’est pas construite en un jour, le zéro déchet non plus. Tout éliminer en une semaine relevait du mirage, à moins de mettre un cadenas sur notre garde-manger déjà rempli d’une myriade de produits empaquetés. Comme le compost fait déjà partie de notre quotidien, nous avons plutôt mis le cap sur la réduction, un objectif nettement plus réaliste, concentrant nos efforts sur le bac de recyclage. Car le bac, réceptacle de notre bonne conscience, n’élimine pas le problème. Celui de la production à la source de tonnes d’emballages fabriqués de matières souvent non renouvelable, notamment de pétrole.

     

    Avant de me lancer tête première dans l’aventure, j’ai parcouru blogues et articles, consulté ma collègue, Isabelle Sanchez, chez qui la poubelle se résume maintenant à un pot Mason oublié sur le comptoir. « Le but, c’est d’abord de réduire. Il faut aller vers ce qui est le plus simple et le plus valorisant pour chacun, m’a conseillé l’instigatrice de Mini-vert, Mélissa de la Fontaine. Zéro déchet, c’est devenu une formule, mais l’objectif, c’est de réduire graduellement ces déchets. »

     

    Notre score « pré-zéro déchet » : au moins deux poubelles de trois gallons de compost, deux sacs de cuisine de déchets et trois ou quatre bacs de cinq gallons de recyclage par semaine. Comment réduire tout ça ?

     

    Le plan de match a démarré en glissant dans mes sacs d’épicerie l’attirail essentiel pour éviter l’achat d’aliments emballés : petits et grands bocaux pour les produits secs, sacs de tissu ou de plastique réutilisables pour recueillir fruits et légumes, contenants de plastiques pour la viande et bouteilles pour les liquides.

     

    Étape no 2 : repérer sur une carte tous les commerces de vrac ou susceptibles de vendre leurs produits non emballés pour me tricoter un nouvel itinéraire de courses.

     

    Pour le néophyte du zéro déchet, la première virée peut être un brin éprouvante. Fouiller à tâtons dans son sac pour attraper le pot ou le sac approprié, aller à la pesée, marquer le code du produit, tout en jonglant avec ses contenants : plus compliqué que tout balancer en un éclair dans le sac de plastique.

     

    Se préparer aussi à gérer… l’imprévu. Comme commander un poulet chez un boucher inconnu sans avoir pensé à un contenant capable de loger le volatile zéro déchet. La boucherie étant le royaume de la barquette non recyclable, la bête a abouti coincée, ailes au vent, dans le plus grand de mes plats Tupperware. « Je vous le recouvre d’un film plastique ? » de dire le boucher, circonspect. « Non ! » La poulette a hérité d’un sac biodégradable comme couvre-chef. C’était mal parti pour le zéro poubelle.

     

      

    Le choc

     

    Pour les fruits et légumes, la première virée prend l’allure d’une course à obstacles à travers la déferlante de barquettes et contenants en polystyrène (honnies du bac de recyclage) qui prolifèrent sur les étals. Difficile d’échapper au diktat du papier film dans certains grands commerces abonnés aux « paquets » tout prêts. Haricots sous cellophane, courgettes emmaillotées et même noix de coco emballées (vraiment ?) semblent soudain omniprésents. Guidée par mon nouveau GPS interne antidétritus, jamais le monde de l’alimentation ne m’est apparu autant truffé de rebuts en devenir. « Prenez un numéro » ; « Coupon de caisse ? » ; « Remplissez notre concours » ; « Goûtez à notre vin ! » On m’avait prévenue, le refus est le premier pas vers la réduction. Solution : mettre le cap vers les marchés publics et les fruiteries de quartier.

     

    Pour les produits secs, notre pèlerinage dans le monde du vrac s’est avéré autrement moins contraignant qu’imaginé, donnant lieu à la découverte de nouveaux produits, souvent de meilleure qualité — notamment du chocolat 70 % cacao —, vendus à une fraction du prix.

     

    En prime, on vous enlève 15 % à la caisse dans certains commerces si vous apportez vos contenants ! Idem chez le marchand de thé. Herbes, pâtes, céréales, farines, huiles, vinaigres, nettoyants, croustilles, biscuits, yogourts et tofu (plus rares), chocolats fins : presque tout se trouve en vrac. Même le dentifrice. « Le plus difficile, c’est le lait, inexistant en vrac, et les fromages, toujours emballés. Avant, trouver certains produits en vrac pouvait être complexe, concède Mélissa. Mais on trouve presque tout maintenant, même le vin ! »

      

    Changer ses réflexes

     

    Côté cuisine : on a boudé la cellophane, couvert nos restants d’assiettes ou de bols, troqué le papier d’aluminium pour le papier parchemin biodégradable. « On peut aussi remplacer ça par des feuilles de silicone qui vont au four et le Saran wrap par des petits contenants ou des tissus enduits de cire d’abeille », affirme la nihiliste des ordures. Fini le réflexe du sac plastique dans la poubelle. « Sans déchets organiques, rappelle Mélissa, on peut mettre le contenu dans un sac papier. »

    25 %
    C’est le taux de recyclage des matières organiques putrescibles en 2015, selon Recyc-Québec
     

    Enfin, le grand tabou du petit coin. Et le papier hygiénique dans tout ça ? Et les tampons, lingettes, couches pour bébé ? À moins de retourner à l’ère néolithique, on peut trouver du papier hygiénique fait de fibres recyclées, emballé dans du papier. Même chose pour papiers essuie-tout et lingettes si l’idée de vous convertir aux vertus des couches, serviettes et protections féminines lavables vous donne l’impression de revivre au temps de Maria Chapdelaine.

     

    Au bout des sept jours fatidiques, notre volume de compost est resté le même, le volume de notre bac a chuté de plus de moitié et un seul sac-poubelle a suffi. Bien, mais peut mieux faire, comme on dit.

     

    À choisir, quels gestes prioriser pour réduire le plus ses déchets ? « Composter ses résidus alimentaires. Les jeter à la poubelle, c’est les destiner au site d’enfouissement où ils produisent du méthane, un gaz à effet de serre 25 fois plus néfaste que le CO2, affirme Mélissa. Pour le reste, aller vers ce qui est le plus facile pour vous et qui va durer. »

     

    Bref, choisir ses batailles. La mienne fut de pourchasser le plastique, sachant que le recyclage ne fait que repousser l’heure où cet indestructible finira à la poubelle ou en milliers de particules dans l’océan. Comme les 29 milliards de bouteilles de plastique fabriquées chaque année nécessitent autant de pétrole que faire rouler 100 millions de voitures pendant un an, chaque contenant évité m’est apparu telle une petite victoire contre Goliath.

     

    via GIPHY


    La surprise de la semaine : faire mon yogourt moi-même, une expérience si simple que je me demande encore pourquoi les compagnies de yogourt font fortune. Mon bac en sortira ainsi allégé d’au moins 200 pots par année et mon portefeuille d’environ 380 $, même en comptant le lait acheté en sus. Bref, même atteint à moitié, le zéro déchets peut s’avérer emballant !


    Des gestes pour réduire ses ordures À la maison

    Composter (près de 40 % des déchets sont organiques !)

    Acheter en vrac

    Apporter vos contenants en épicerie

    Éviter les objets en plastique ou suremballés

    Bannir eau et boissons en bouteille de plastique ou non consignée

    Réduire les produits à usage unique (essuie-tout, cellophane, lingettes, etc.)

    Refuser circulaires et articles promotionnels

    Faire toutes ses transactions en ligne

    Bannir le café en capsules

    Au travail

    Apporter son repas, sa tasse, ses couverts et ustensiles

    Opter pour le stockage infonuagique













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