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    Idées

    Aurons-nous droit à un changement dans le dossier des hydrocarbures?

    14 novembre 2017 | Marc Durand - Ingénieur en géologie appliquée et en géotechniques, et professeur retraité de l’UQAM | Actualités sur l'environnement
    La possibilité de trouver des gisements conventionnels avec les seules techniques normales a toujours été très faible au Québec.
    Photo: Yan Doublet Archives Le Devoir La possibilité de trouver des gisements conventionnels avec les seules techniques normales a toujours été très faible au Québec.

    Pierre Moreau est aux commandes du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN) et Isabelle Melançon a été récemment nommée à la tête du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC). Peut-on espérer une nouvelle orientation dans les dossiers de l’industrie extractive des hydrocarbures ?

     

    Au MERN, Pierre Moreau a vite indiqué qu’il souhaite la poursuite du moratoire de facto sur les forages dans les basses-terres du Saint-Laurent. Ses plus récentes déclarations au congrès de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) montrent qu’il n’a pas encore pris la mesure du contenu des règlements sur les hydrocarbures ; les forages dans les cours d’eau sont bel et bien permis dans la loi proposée.

     

    Du côté du MDDELCC, où plus de 300 municipalités contestent le règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP), on n’a pas vraiment d’éléments clairs sur les intentions de la ministre Melançon.

     

    La réaction de l’industrie au contenu du projet de loi 106 adopté il y a un an et ses règlements a été de reprendre des projets d’extraction du gaz et du pétrole. La législation ouvre la porte à l’emploi des techniques de fracturation. Les promoteurs savent que c’est uniquement le contenu précis des lois et des règlements qui importe, et non pas les déclarations verbales de politiciens.

     

    D’autre part, l’opposition populaire aux projets d’hydrocarbures ne faiblit pas ; elle s’est plutôt renforcée à la suite des décisions récentes perçues comme des victoires pour son action : l’abandon de l’exploration pétrolière à Anticosti et l’abandon d’Énergie Est. Ces pressions populaires ont un impact politique ; les ministres déclarent qu’ils constatent l’absence d’acceptabilité sociale pour les projets.

     

    Changement de cap

     

    Comment concilier deux volontés bien opposées ? Une solution pourra s’imposer au gouvernement : l’interdiction totale et partout au Québec des techniques de fracturation dans l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures. Ce serait un changement de cap majeur, mais c’est tout à fait réalisable à court terme. Le gouvernement doit alors retirer de sa loi et de ses règlements d’application toutes les dispositions qui se rapportent aux autorisations de fracturation.

     

    Il n’est pas nécessaire de racheter les permis d’exploration d’hydrocarbures, car l’objectif de ces permis est de trouver des gisements de pétrole ou de gaz ; les permis ne portent aucune garantie quant aux techniques permises, ni quant au type de gisement visé par l’exploration. Il n’y a aucun motif justifiant de dédommager quiconque en retirant simplement l’emploi des techniques de fracturation.

     

    Si la fracturation hydraulique n’est plus possible, l’intérêt pour les permis d’hydrocarbures tombera de lui-même. La possibilité de trouver des gisements conventionnels avec les seules techniques normales a toujours été très faible au Québec. C’est essentiellement l’arrivée de la fracturation hydraulique dans le décor qui a permis un certain regain d’intérêt pour l’exploration pétrolière au tournant de 2008.

     

    Ayant fait marche arrière dans le pétrole de schiste d’Anticosti, ayant maintenu un moratoire de facto dans les basses-terres, l’autre région où la possibilité d’extraction requiert obligatoirement la fracturation hydraulique, la suite logique est l’interdiction de la fracturation, ce qui signifiera en pratique l’abandon pur et simple de l’exploration de gisements non conventionnels.

     

    Les permis actuels pourront toujours servir à chercher des hydrocarbures, mais uniquement des gisements conventionnels. Comme la possibilité d’en trouver est très marginale, le jeu n’en vaudra plus la peine. Les détenteurs ne renouvelleront pas ces permis à leur échéance. Le gouvernement ne devra pas offrir à d’autres exploitants ces permis libérés, du moins là où il n’y a pas d’acceptabilité sociale pour l’exploration pétrolière et partout où les municipalités auront défini d’autres usages pour leur territoire.













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