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    Prendre la mesure des dégâts d’«Irma»

    12 septembre 2017 | Annabelle Caillou - Avec l’Agence France-Presse | Actualités sur l'environnement
    À Jacksonville, en Floride, un homme transporte dans ses bras une fillette de six ans pour l’amener au sec.
    Photo: Dede Smith / The Florida Times-Union / AP À Jacksonville, en Floride, un homme transporte dans ses bras une fillette de six ans pour l’amener au sec.

    Après avoir dévasté une à une les îles des Caraïbes qui se trouvaient sur son passage, l’ouragan Irma a été rétrogradé au rang de tempête tropicale lundi. Moins touchée que prévu, la Floride tentait de mesurer l’ampleur des dégâts pendant que Cuba revoyait son bilan à la hausse, annonçant la mort d’au moins dix personnes.

     

    En quelques jours, le plus puissant ouragan jamais vu dans l’océan Atlantique aura fait au moins une quarantaine de morts, de nombreux blessés et des dégâts matériels sans précédent.

     

    En Floride, six personnes ont perdu la vie. Trois décès ont été répertoriés en Géorgie et un autre en Caroline du Sud. Maisons inondées, arbres déracinés, grues renversées et poteaux électriques fracassés : les dégâts sont désormais estimés entre 20 et 60 milliards de dollars selon plusieurs experts. Un scénario moins alarmant que ce qui était initialement prévu. Pour le gouverneur de Floride, Rick Scott, qui a survolé lundi le chapelet d’îles, « la route de la reconstruction sera longue ». Les quelque six millions d’évacués tentaient de regagner leur domicile lundi et environ 13 millions d’habitants, soit les deux tiers de la population de l’État, étaient toujours sans courant.

     

    À Cuba, le courant demeurait aussi coupé dans la majeure partie du pays et les autorités commençaient à recenser les nombreuses destructions, notamment dans les secteurs agricole et touristique.

     

    S’adressant à la population, le président Raúl Castro a indiqué que des mesures étaient « prises pour qu’aucune famille cubaine ne soit abandonnée à son propre sort » et que les employés de l’État « devaient effacer au plus vite les séquelles de ce phénomène destructeur », qualifiant cette tâche d’« immense ».

     

    À Haïti, moins touché que prévu, les autorités ont annoncé la mort d’un homme, alors qu’un autre est toujours porté disparu à la suite des inondations engendrées par l’ouragan Irma. Près de 5000 maisons ont été inondées et 8000 familles ont été déclarées sinistrées par les autorités du pays, qui précisaient que l’habitat de ces personnes avait été fortement endommagé ou totalement détruit.

     

    Sur les autres îles dévastées par l’ouragan, les autorités locales, appuyées par des organismes humanitaires et l’aide internationale, multipliaient les opérations de secours, de nettoyage et de reconstruction pour remettre en état les infrastructures et services de base. Plusieurs semaines, voir des mois seront nécessaires pour que la situation rentre dans l’ordre.

     

    Au milieu de la journée lundi, Irma se trouvait dans le sud de la Géorgie, avec des vents faiblissants à 85 km/h, et devait prendre mardi la direction de l’Alabama.

     

    Rapatriement des Canadiens

     

    Environ 370 Canadiens encore coincés à Saint-Martin et aux îles Turks-et-Caicos devaient être rapatriés d’ici la fin de la journée lundi, d’après le gouvernement fédéral.

     

    Un avion d’Air Canada, arrivé la veille aux îles Turks-et-Caicos avec à bord des ingénieurs et des électriciens venus apporter de l’aide, a finalement reçu l’autorisation de décoller de l’aéroport de Providenciales lundi. Il est reparti en après-midi avec 90 passagers à bord. Un appareil de WestJet était aussi en route pour « acheminer des vivres et des secours d’urgence » et ramener 130 personnes.

     

    Des employés des services consulaires et de l’Agence des services frontaliers ont quant à eux pris la direction de Saint-Martin à bord d’un avion de WestJet pour évacuer 150 Canadiens vers Toronto.

     

    D’ailleurs, Geneviève Brière et Antoine Dutrisac, qui tentaient de quitter la portion néerlandaise de l’île depuis plusieurs jours — et dont Le Devoir a suivi le périple —, se trouvaient à bord de l’appareil au moment d’écrire ces lignes.

     

    Au courant de la semaine, un avion C-17 des Forces armées canadiennes doit également se rendre dans la région pour livrer des approvisionnements de secours et rapatrier des Canadiens restés sur les lieux.

     

    Ceux-ci s’ajouteront aux 390 Canadiens évacués de l’île de Saint-Martin cette fin de semaine.

     

    Certains se trouvent encore sur d’autres îles de la région, dont Anguilla, Antigua, Saint-Barthélemy, Porto Rico, les îles Vierges Britanniques et les Bahamas, a indiqué la ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau.

     

    Des explications

     

    Le gouvernement Trudeau est critiqué depuis le passage dévastateur de l’ouragan Irma. Les Canadiens affectés et leurs familles inquiètes l’accusent d’avoir tardé à réagir pour organiser leur évacuation.

     

    L’arrivée dimanche aux îles Turks-et-Caicos d’un appareil d’Air Canada qui n’a pu repartir sur-le-champ avec des passagers n’a fait que jeter de l’huile sur le feu. L’avion « est arrivé […] avec l’intention de ramasser des passagers, mais on n’a pas eu l’autorisation de le faire », s’est défendu le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau. Les autorités locales jugeaient les infrastructures de l’aéroport non sécuritaires pour transporter des passagers, bien qu’ils aient laissé l’avion atterrir pour recevoir de l’aide humanitaire.

     

    Le manque de communication de la part du gouvernement canadien a aussi été de nombreuses fois montré du doigt depuis une semaine. Pourtant, ce dernier assure avoir augmenté ses effectifs pour répondre aux appels et aux courriels des personnes en détresse. Cette fin de semaine, où la demande a été la plus forte, une centaine d’employés leur prêtaient main-forte, et d’autres étaient en attente, prêts à prendre du service. « Il n’y a pas de raisons techniques pour lesquelles on n’aurait pas pu répondre à leurs appels au centre d’intervention d’urgence », a soutenu Mme Bibeau.

     

    C’est plutôt sur le terrain que se trouve le problème, alors que les vents violents et les inondations ont provoqué des coupures d’électricité, d’après M. Garneau.

     

    Voyageurs en faute ?

     

    Sans accuser directement les voyageurs d’avoir fait preuve d’imprudence, la ministre Bibeau a souligné que « les gens ne portent pas forcément attention aux préavis et aux informations de voyage » divulguées sur le site Internet d’Affaires mondiales.

     

    « Un avertissement aux voyageurs disait d’éviter les îles Turks-et-Caicos dès le 3 septembre. Les avertissements sont toujours donnés bien à l’avance », a renchéri M. Garneau.

     

    Aux yeux du directeur de l’Observatoire canadien sur les crises et l’aide humanitaire de l’UQAM, François Audet, un gouvernement ne peut pas être responsable de tous les voyageurs hors de son territoire. Ces derniers doivent s’informer avant de partir, selon lui. « Avec tout le respect que j’ai pour ces voyageurs coincés dans des situations difficiles, le Canada n’a pas les ressources pour envoyer des avions pour chercher chaque personne coincée quelque part. »

     

    Il estime cependant que les dirigeants ont leur part de responsabilité, trouvant le site d’Affaires mondiales « inadéquat, pas assez détaillé, pas toujours à jour et parfois pas assez alarmiste ».

     

    Selon lui, le gouvernement devrait responsabiliser les transporteurs et les agences de voyages pour qu’ils informent les Canadiens des risques plutôt que de « vendre uniquement du rêve et du paradis ».

     

    Trouvant l’idée intéressante, la professeure à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM Danielle Pilette craint que les compagnies aériennes se dédouanent de toute responsabilité et diminuent leur aide.













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