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    Brésil

    La justice suspend l’abolition d’une immense réserve naturelle d’Amazonie

    31 août 2017 | Eugenia Logiuratto - Agence France-Presse à Brasilia | Actualités sur l'environnement
    Le gouvernement brésilien est régulièrement accusé par des ONG de brader la forêt amazonienne sous la pression des lobbies agricole et minier.
    Photo: Yasuyoshi Chiba Archives Agence France-Presse Le gouvernement brésilien est régulièrement accusé par des ONG de brader la forêt amazonienne sous la pression des lobbies agricole et minier.

    La justice brésilienne a suspendu mercredi un décret ayant abrogé le statut d’une gigantesque réserve naturelle d’Amazonie pour y autoriser l’exploitation minière privée, qui avait déclenché les foudres des défenseurs de l’environnement au Brésil comme à l’étranger.

     

    Le gouvernement du président conservateur Michel Temer a immédiatement annoncé le dépôt d’un recours.

     

    Un tribunal fédéral a annoncé à Brasilia « une injonction pour la suspension immédiate de toute mesure administrative visant à supprimer la réserve nationale » d’une taille supérieure au Danemark, connue sous le nom de Renca.

     

    L’injonction signée par le juge Rolando Spanholo suspend « toute éventuelle mesure administrative fondée sur le décret » ayant abrogé la réserve de 47 000 km2, située à cheval entre les États du Para et d’Amapa, dans le nord du Brésil.

     

    Le décret présidentiel avait mis fin la semaine dernière à cette réserve pour qu’elle puisse être exploitée par des entreprises minières privées.

     

    La réserve de Renca recèle d’importants gisements d’or, de fer, de cuivre ou de manganèse. Des minerais pratiquement inexploités jusqu’à présent, dans la mesure où le statut de réserve limitait cette activité à des entreprises publiques.

     

    Les critiques avaient immédiatement fusé au Brésil et à l’étranger, les opposants au décret expliquant que l’exploitation privée de cette réserve allait aggraver la déforestation et le recul de la biodiversité tout en nuisant aux ethnies indigènes.

     
    [La supression de la réserve Renca], c’est la pire attaque contre l’Amazonie des 50 dernières années. Même la dictature militaire n’avait osé aller aussi loin.
    Le sénateur de gauche Randolfe Rodrigues
     

    Des ONG de défense de l’environnement, des partis politiques, des célébrités comme le mannequin brésilien Gisele Bundchen ou l’acteur américain Leonardo DiCaprio et jusqu’au clergé catholique étaient montés au créneau.

     

    Le mannequin avait été à l’initiative d’une campagne « Tous pour l’Amazonie » sur les réseaux sociaux, à laquelle s’étaient joints des artistes tel le musicien Caetano Veloso. Le décret avait aussi été critiqué au sein même du gouvernement conservateur.

     

    « C’est une tragédie annoncée, qui peut entraîner la déforestation et la pollution des fleuves », avait déclaré à l’AFP Mauricio Voidovic, directeur général du Fonds mondial pour la nature (WWF) au Brésil.

     

    « C’est la pire attaque contre l’Amazonie des 50 dernières années », avait fulminé le sénateur Randolfe Rodrigues, du parti de gauche Rede, promettant d’aller devant les tribunaux pour faire annuler le décret.

     

    Nouveaux appels à la mobilisation

     

    « La pression marche. Nous ne devons pas nous arrêter », s’est félicitée Greenpeace mercredi après l’annonce de la suspension du décret.

     

    L’ex-candidate à la présidentielle et ministre de l’Environnement du président Lula de 2003 à 2008, Marina Silva, a déclaré : « Le moment est venu pour nous de dire “plus jamais de retour en arrière”. »

     

    « La société brésilienne doit se mobiliser pour empêcher les reculs que nous voyons [...] depuis 2012 », a-t-elle dit. Le Brésil avait réduit la déforestation de 84 % entre 2004 et 2012 avant que celle-ci ne progresse à nouveau.

     

    La suspension mercredi du décret d’un gouvernement accusé de brader « le poumon de la Terre » a été motivée par des raisons constitutionnelles et par la défense de l’environnement.

     

    Le magistrat Spanholo a expliqué que ce décret « n’[avait] pas été précédé de la nécessaire autorisation du Congrès, comme l’exige l’ordre constitutionnel en vigueur » et que de surcroît il pourrait « mettre en danger la protection de l’environnement [...] et des communautés indigènes locales ».

     

    Cette réserve comprend entre autres neuf zones protégées en raison de la richesse de sa biodiversité, ainsi que des territoires des tribus indiennes Aparai, Wayana et Wajapi.

     

    En dépit de ses dénégations, le gouvernement Temer est régulièrement accusé par des ONG de brader la forêt amazonienne sous la pression du puissant lobby agricole et des intérêts des compagnies minières.

     

    Acculé par de graves accusations de corruption, Michel Temer voit sa survie politique dépendre du soutien des parlementaires liés notamment à ces deux influents groupes de pression.

     

    Devant l’avalanche de critiques, le président Temer avait remplacé mardi le premier décret du 23 août par un nouveau texte comportant des précisions techniques sur la protection de l’environnement, mais qui ne changeait rien sur le fond.

     

    Il avait tenté de se justifier, expliquant que le nouveau statut de Renca permettrait d’encadrer l’exploitation pour éviter « les dégradations causées par les activités minières clandestines [...] afin de favoriser un développement durable de l’Amazonie ».













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