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    Chasse à la baleine: l’Australie en Cour dès mercredi contre le Japon

    L’Australie et le Japon croiseront le fer dès mercredi devant la Cour Internationale de Justice (CIJ), alors que Canberra espère convaincre le plus haut organe judiciaire des Nations unies que la chasse à la baleine «scientifique» pratiquée par Tokyo est tout simplement illégale.

    Canberra, qui avait saisi la Cour internationale de Justice en 2010, estime en fait que le Japon viole ses obligations internationales en harponnant chaque année plusieurs centaines de petits rorquals et quelques dizaines de rorquals communs dans le sanctuaire baleinier de l’océan Austral. Ce programme, dont les quotas de prises sont fixés par le Japon, est nommé «Jarpa II».

    «Le nombre de baleines tuées, capturées et traitées dans le cadre de ce programme dépasse de loin tout ce qui avait été entrepris sur la base de permis scientifiques depuis la création de la Commission baleinière internationale» en 1946, soutient l’Australie dans sa plainte, une première pour la CIJ. Et d’ajouter : «l’Australie prie la cour d’ordonner au Japon de mettre fin au programme Jarpa II».

    En vertu du programme de chasse mené par le Japon dans les eaux ceinturant le continent Antarctique, quelque 6800 petits rorquals ont été tués entre 1987 et 2005 dans le cadre du programme Jarpa I, le prédécesseur de Jarpa II. Environ 2600 petits rorquals entre 2005 et 2009 et au moins 13 rorquals communs entre 2005 et 2007 ont été tués par les baleiniers japonais.

    Jarpa II vise les petits rorquals, les rorquals communs et les baleines à bosse, ces deux dernières espèces étant menacées de disparition. Lors des 31 ans précédant l’entrée en vigueur du moratoire sur la chasse commerciale, 840 baleines ont été tuées à des fins de recherche.

    Chasse «scientifique»

    Le Japon utilise en fait un article contenu dans le moratoire sur la chasse commerciale aux cétacés décrété en 1986 par les États membres de la Commission baleinière internationale. Selon cette disposition, un pays peut continuer d’abattre des baleines à des fins de recherche scientifique.

    «Ce programme de recherche sur les cétacés poursuit un but scientifique et est parfaitement légal au regard de l’article 8 de la convention internationale de régulation de la pêche à la baleine. Le Japon établira ce fait de façon très claire durant les audiences», a ainsi souligné mardi Fumio Kishida, chef de la diplomatie nippone, à la veille de la première audition de la CIJ. La délégation australienne aura la parole de mercredi à vendredi, puis ce sera le tour des Japonais du 2 au 4 juillet alors qu’un deuxième tour de plaidoiries aura lieu du 9 au 16 juillet. Un jugement n’est pas attendu avant des mois.

    «Le but des recherches du Japon est scientifique, car c’est grâce à la science que, lorsque la pêche commerciale sera de nouveau autorisée, elle sera respectueuse du développement durable», réitérait par ailleurs récemment l’Institut japonais de recherche sur les cétacés.

    La viande des baleines abattues à l’aide de canons lance-harpons à tête explosive est vendue au Japon, un pays où la demande pour ce produit a considérablement reculé au fil des ans. Tokyo ne ménage d’ailleurs pas les efforts pour tenter de stimuler la demande, puisque le pays est pris avec d’importants stocks de viande invendus. Une entreprise japonaise a même eu l’idée récemment de vendre des biscuits pour chiens fabriqués avec de la viande de rorqual commun.

    Selon un rapport produit plus tôt cette année par le Fonds international pour le bien-être des animaux (IFAW), la chasse est un gouffre financier pour Tokyo. Selon l’analyse du groupe écologiste, Tokyo doit injecter plus de 10 millions de dollars par année afin d’entretenir sa flotte baleinière et de financer la campagne annuelle de chasse dans l’océan Austral. Or, l’argent généré par la vente de viande de baleine est loin de couvrir l’ensemble des coûts, évalue l’IFAW.

    Outre le Japon, la Norvège et l’Islande chassent aussi la baleine. Ces deux derniers pratiquent toutefois une chasse «commerciale» et rejettent le moratoire de 1986. L’Islande a d’ailleurs abattu ses premiers rorquals communs pour 2013 la semaine dernière. Elle compte tuer cette année 154 rorquals de cette espèce menacée.

    Militants inquiets

    Les militants de l’association Sea Shepherd suivront les débats devant la CIJ de très près, eux qui harcèlent les baleiniers japonais dans l’Antarctique pour les empêcher de chasser. «Si l’Australie remporte cette affaire, ce sera un grand soutien à notre cause, assure à l’Agence France-Presse Geert Vons, directeur de Sea Shepherd Pays-Bas. Mais si l’Australie ne remporte pas cette affaire, j’ai peur de ce qui va se passer. Si rien ne se passe maintenant, il ne se passera jamais rien.»

    Le Japon et Sea Shepherd ont eu plusieurs affrontements dans l’océan Austral au cours des dernières années. L’imposant navire-usine japonais Nisshin Maru — où sont dépecés les rorquals abattus par les navires-harponneurs — est même entré en collision à plusieurs reprises, fin février, avec un navire des animalistes, le Bob Barker. Cet incident, qui a vu le Bob Barker pris en sandwich entre un pétrolier sud-coréen et le navire japonais, est le plus violent depuis janvier 2010, lorsque l’Ady Gil, un bateau de Sea Shepherd, avait été littéralement été coupé en deux par un navire-harponneur alors qu’il harcelait la flotte japonaise.

    Le nombre de baleines tuées par le Japon en Antarctique lors de la campagne 2012-2013 n’est que de 103, alors que les quotas avaient été fixés à plus de 1000 petits rorquals. Le ministre japonais de l’Agriculture et de la pêche, Yoshimasa Hayashi a directement imputé ce maigre butin au harcèlement permanent des animalistes.

    Avec l’Agence France-Presse












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