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    Analyse

    Faire une place aux immigrants et aux travailleurs âgés

    En 2015, un Canadien sur cinq âgé de 65 ans ou plus (26% des hommes et 15% des femmes) a travaillé à un moment donné pendant l’année, dont le tiers à temps plein.
    Photo: iStock En 2015, un Canadien sur cinq âgé de 65 ans ou plus (26% des hommes et 15% des femmes) a travaillé à un moment donné pendant l’année, dont le tiers à temps plein.

    Ils pourraient être ceux qui aideront le Québec à passer à travers son choc démographique. Il ne reste plus qu’à apprendre à leur faire plus de place dans le marché du travail.


    Libéraux et caquistes se disputaient, le week-end dernier, la place de plus grands défenseurs de la famille et de la natalité au Québec. Que ce soit en améliorant la conciliation famille-travail ou en accordant des avantages financiers aux plus grosses familles, on disait dans les deux cas vouloir répondre au problème de rareté de main-d’oeuvre posé par l’arrivée à la retraite de la masse des baby-boomers.

     

    Les experts sont tout de suite venus nuancer l’efficacité de telles mesures. Ils disent surtout que ces nouveaux enfants arriveraient trop tard sur le marché du travail non seulement pour compenser la hausse des départs à la retraite des 15 prochaines années, mais aussi pour assurer aux gouvernements les revenus fiscaux nécessaires pour faire face à l’augmentation des dépenses en santé. En fait, la hausse des naissances compliquerait même le problème des finances publiques, nos nouveaux rejetons ayant par exemple besoin de garderies et d’écoles.

     

    Il n’y a que deux solutions, a dit le chef de la CAQ, François Legault : faire plus d’enfants ou accepter plus d’immigrants. Mais en réalité, il y en a plus que cela. En effet, la croissance économique vient de deux grands facteurs : l’augmentation de la population productrice de richesse et l’augmentation de la richesse produite par heure travaillée, aussi appelée productivité.

     

    Or le Québec, comme la plupart des économies développées, a un mal fou à améliorer véritablement sa productivité. Dans pareil cas, on suggère, entre autres, d’encourager la persévérance scolaire et la formation continue des travailleurs, de favoriser l’automatisation et l’innovation dans les entreprises et de conquérir de nouveaux marchés d’exportation.

     

    Les travailleurs déjà là

     

    Mais revenons au bassin de travailleurs disponibles. Pour l’augmenter, il faut d’abord s’assurer de mettre à profit le maximum de personnes qu’on a déjà.

     

    Longtemps à la traîne en ce qui a trait à la proportion de femmes sur le marché du travail, le Québec a vu bondir leur taux d’activité depuis l’établissement d’un réseau public de garderies. Aujourd’hui parmi les meilleurs, avec un taux d’activité de presque 86 % chez les 25-54 ans, il lui reste logiquement moins de marge à ce chapitre pour s’améliorer.

     

    Et si l’on refaisait le coup avec les travailleurs plus âgés ? En 2015, un Canadien sur cinq âgé de 65 ans ou plus (26 % des hommes et 15 % des femmes) a travaillé à un moment donné pendant l’année, dont le tiers à temps plein (8,5 % des hommes et 4 % des femmes), rapportaient mercredi les données du dernier recensement. C’était deux fois plus qu’en 1995. Les mêmes chiffres n’ont pas été donnés pour le Québec, mais d’autres indicateurs suggèrent que la tendance serait la même, mais un niveau un peu plus bas.

     

    Concentré dans le monde de la gestion, de la vente et des affaires, ce phénomène est surtout le fait de personnes plus éduquées sans revenu de retraite privé. Il pourrait intéresser plus de gens, disent les experts, si les milieux de travail leur étaient plus conviviaux, comme ils commencent à le devenir pour les jeunes familles. La possibilité de travailler seulement une partie de l’année, selon des horaires plus souples ou à temps partiel, aiderait la cause, disait le mois dernier l’Institut du Québec (IdQ) dans un rapport sur le choc démographique.

     

    Ceux qui viennent de loin

     

    Le rapport de l’IdQ recommandait aussi de faire passer de 50 000 à 60 000 le nombre d’immigrants étrangers reçus chaque année au Québec.

     

    Encore faudrait-il qu’on daigne ensuite leur faire une place ici, diront certains. Le dernier recensement rappelle qu’en 2016 le taux de chômage des 25 à 64 ans était presque deux fois plus élevé pour les immigrants (9,5 %) que pour les non-immigrants (5,4 %), et ce, même 5 à 10 ans après leur arrivée au Québec. Le Canada n’accueille-t-il pas plus d’immigrants choisis pour leurs capacités d’intégration économique (170 000 en 2015) que tout autre pays développé ?

     

    Une bonne partie de ce genre d’écart tient probablement au fait que les diplômes, par exemple, ne disent pas tout sur leur niveau de compétences, notamment linguistiques, mais aussi plus générales, font valoir des experts, qui se basent sur les résultats de tests normalisés de l’OCDE.

     

    Ce qui ne veut pas dire que d’autres facteurs plus gênants ne sont pas aussi en cause. Comment expliquer autrement que le taux de chômage chez les 25-64 ans nés ici soit en moyenne de 5,4 %, mais de 7,5 % dans la minorité visible arabe, de 8,4 % dans les communautés indienne ou pakistanaise et de 9,6 % dans la communauté noire ?













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