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    Des idées, une vision

    Chic Marie, un antidote au prêt-à-jeter

    L'entreprise permet aux femmes de tous âges de louer des vêtements de designers en ligne

    Marie-Philip Simard a tout laissé tomber pour se lancer dans un domaine qui lui était inconnu.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Marie-Philip Simard a tout laissé tomber pour se lancer dans un domaine qui lui était inconnu.

    Le Québec regorge d’entrepreneurs passionnés qui tentent de mettre à profit une idée ou un concept novateur. Chaque semaine, Le Devoir vous emmène à la rencontre de gens visionnaires, dont les ambitions pourraient transformer votre quotidien. Aujourd’hui, une ex-avocate d’affaires qui bouscule l’industrie du prêt-à-jeter.


    Cet édifice de la rue de Louvain aux rangées de fenêtres identiques et à la façade défraîchie rappelle aux passants que le quartier Chabanel a déjà abrité une industrie manufacturière florissante. Situé en plein coeur de ce qu’on appelle encore aujourd’hui la Cité de la mode, l’immeuble abrite une jeune entreprise qui symbolise parfaitement la revitalisation du secteur souhaitée depuis des années.

     

    C’est au quatrième étage, dans ce loft aux murs blancs, que Chic Marie a choisi d’installer ses bureaux. Cette compagnie vieille d’à peine deux ans secoue les conventions de l’univers de la mode et propose aux femmes de tous les âges de louer des vêtements de designers en ligne, et de les rapporter quand bon leur semble.

     

    « Notre but, c’est de contrebalancer le fast fashion, comme chez H&M ou chez Zara, où tu achètes plein de vêtements qui ne sont pas de bonne qualité et que tu finis par jeter pour renouveler ta garde-robe », explique sa fondatrice, Marie-Philip Simard, qui a tout laissé tomber pour se lancer tête première dans un domaine qui lui était complètement inconnu.
     

     

     

     

    Répondre à la demande

     

    Alors qu’elle travaille dans un grand cabinet d’avocats montréalais depuis environ deux ans, Marie-Philip réalise deux choses : elle n’aime pas son emploi et sa garde-robe lui coûte très cher.

     

    « J’avais entendu parler de compagnies aux États-Unis qui faisaient la location de robes de soirée, se souvient-elle. Je trouvais ça bien, mais je voulais des vêtements de tous les jours. »

     

    La jeune femme renonce alors à son emploi bien rémunéré pour bâtir de zéro Chic Marie, sans connaissance en mode, en entrepreneuriat ou en informatique. Elle convainc des designers de lui faire confiance et, en janvier 2015, elle lance sa plateforme avec un forfait à 95 $ par mois.

     

    Au départ, la compagnie s’adresse aux femmes d’affaires, aux avocates ou aux comptables qui souhaitent renouveler leur garde-robe fréquemment sans avoir à dépenser des sommes colossales. « Ça marchait bien, on parlait de nous, mais on n’avait pas la croissance qu’on voulait pour devenir une gigantesque compagnie », affirme Marie-Philip.

     

    Après des mois de travail sans résultats satisfaisants, la fondatrice prend le téléphone et sonde 500 utilisatrices pour savoir ce qui cloche. La réponse est claire : les clients veulent des vêtements plus décontractés, pour aller à un brunch ou pour une sortie entre amis.

     

    « En janvier, on a lancé un nouveau forfait casual à 55 $, et en deux jours, tous les vêtements sont partis », se rappelle l’entrepreneure.

     

      

    Un vêtement, 40 utilisatrices

     

    Chic Marie compte actuellement 800 pièces de vêtement différentes provenant d’une quarantaine de designers du Québec et d’ailleurs, pour un total de 5000 morceaux en incluant les pièces en double. Près de 70 % de ces morceaux sont en circulation, tandis que le 30 % restant est entreposé dans les bureaux montréalais.

     

    Chaque utilisatrice peut recevoir par la poste, chaque mois, jusqu’à neuf morceaux différents. Quand elle le désire, elle peut retourner les vêtements par la poste — lesquels seront alors lavés et offerts de nouveau sur la plateforme — ou les acheter. S’ils n’ont pas trouvé preneur à la fin de leur vie utile, ce qui n’est pas survenu jusqu’à maintenant, les vêtements sont donnés à un organisme de bienfaisance.

     

    Marie-Philip estime qu’en moyenne, chaque morceau est porté par près de 40 utilisatrices différentes pendant une période de deux ans. Elle croyait que son concept déplairait à certaines femmes plus âgées, réticentes à porter des vêtements usagers, mais elle s’est trompée : 40 % de sa clientèle est composée de baby-boomers.

     

    Direction New York

     

    En entrevue, Marie-Philip ne manque pas d’aplomb. Ses réponses sont directes et concises. Pas surprenant qu’après seulement deux ans, elle ait déjà effectué une percée sur le marché torontois et qu’elle prépare son lancement américain à New York, en septembre prochain.

     

    Au même moment, Chic Marie prévoit de lancer une nouvelle fonctionnalité tirant profit de l’intelligence artificielle. « Une cliente va aller sur le site Web, va répondre à quelques questions et, en fonction de ses réponses et de son utilisation des médias sociaux, on va pouvoir faire des recommandations », résume-t-elle. L’utilisatrice recevra alors une boîte « surprise », adaptée à ses mensurations et à ses goûts.

     

    L’entrepreneure rêve de mettre sur pied un magasin sans caisse, à la manière du concept Amazon Go, qui jouerait à la fois le rôle de salle de montre et de boutique libre-service.

     

    D’ici là, elle veut multiplier les collections : hommes, femmes, enfants, taille plus, vêtements de maternité, de sport… « Un jour, il pourrait y avoir un forfait familial qui permettrait d’habiller une femme, son chum, les enfants et la belle-mère. »

     

    « Je ne réfléchis pas beaucoup, ajoute-t-elle candidement. J’avance, je tombe et je me relève. Mais je sais que ça va marcher. »

     













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