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    G20 — Finances

    Nouvelles mises en garde contre le protectionnisme à Washington

    21 avril 2017 | Jeremy Tordjman - Agence France-Presse à Washington | Actualités économiques
    La présidente du Fonds monétaire international, Christine Lagarde
    Photo: Nicholas Kamm Agence France-Presse La présidente du Fonds monétaire international, Christine Lagarde

    Le gotha économique mondial a de nouveau mis en garde jeudi à Washington contre le repli sur soi et la menace protectionniste à l’heure du Brexit et en présence d’un gouvernement Trump hostile au libre-échange.

     

    « Il ne faut pas mettre en péril le moteur du commerce, qui a alimenté la croissance et qui est un élément crucial de la productivité », a déclaré la directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, en ouverture de l’assemblée de printemps de son institution et de la Banque mondiale. « L’ensemble d’entre nous a grandement bénéficié » de l’accélération des échanges, a ajouté le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, saluant l’actuel rebond de l’économie mondiale.

     

    Réunis à Washington pour ce grand raout international, les ministres des Finances et banquiers centraux de 189 pays se retrouvent de fait sous un ciel économique plus clément. La croissance mondiale a repris des couleurs, conduisant le FMI à relever ses prévisions planétaires pour la première fois en deux ans. « Le printemps économique arrive », a estimé Mme Lagarde.

     

    Les ministres des Finances du G20, qui se réunissent jeudi et vendredi à Washington, devraient sans nul doute se réjouir de cette embellie près de dix ans après la crise financière de 2008. Mais un important péril continue de planer. Sous la bannière de l’« America First », le gouvernement Trump menace toujours d’élever des barrières douanières et de dénoncer le libre-échange.

    La paix et la prospérité dans un pays ne peut se faire aux dépens de la paix et de la prospérité dans un autre pays
    Wolfgang Schäuble, ministre allemand des Finances, dont le pays préside le G20 cette année

    De l’autre côté de l’Atlantique, les délicates négociations sur le Brexit viennent de commencer dans un climat tendu entre Londres et Bruxelles. Enfin, plusieurs candidats à la présidentielle française de dimanche ont fait campagne sur un message très critique de l’intégration européenne et de la mondialisation, dont la chef de file du Front national, Marine Le Pen. Une victoire de Mme Le Pen risquerait de provoquer un « désordre majeur » et une « dislocation » de l’Union européenne, a d’ailleurs estimé Mme Lagarde, rompant avec sa traditionnelle prudence quand elle s’exprime sur la France.

     

    Une fois encore, les grands argentiers du globe se trouvent donc contraints de défendre les bienfaits supposés de la mondialisation tout en reconnaissant qu’une plus grande attention doit être portée aux laissés-pour-compte.

     

    Le fait qu’un pays, fût-il la première puissance économique mondiale, soit tenté par un repli économique ne signifie pas que cet élan doit disparaître, a affirmé Jim Yong-kim, le président de la Banque mondiale. « Certains pays choisissent de se replier sur eux-mêmes […] mais ça ne veut pas dire que tous les autres feront de même », a-t-il argumenté, assurant que le commerce mondial avait conduit à un recul massif de la pauvreté sur le globe.

     

    Au coeur des attaques américaines, l’Organisation mondiale du Commerce est, elle aussi, montée au créneau. « Le protectionnisme réduit le pouvoir d’achat, décourage l’innovation, et nuit à la compétitivité des entreprises », a assuré son secrétaire général Roberto Azevedo, dans un communiqué publié pour l’assemblée du FMI.

     

    Réplique américaine

     

    L’administration américaine a répliqué en assurant être favorable à un commerce libre, mais seulement quand il est également équitable et juste. « Nous traitons nos partenaires de la manière qu’ils nous traitent », a affirmé jeudi le conseiller économique en chef de Donald Trump, Gary Cohn, lors d’un colloque à Washington. Si des restrictions freinent les produits et services américains, «nous agirons de manière réciproque».

     

    La question risque d’ailleurs d’agiter les débats du G20-Finances même si ses membres — les principales économies développées et émergentes — ont décidé cette fois de se passer d’un communiqué final qui aurait pu mettre à nu leurs divergences. Sur l’insistance des États-Unis, le dernier communiqué en date du G20-Finances, publié à Baden-Baden fin mars, avait ainsi été expurgé du traditionnel appel à éviter des mesures protectionnistes.

     

    Jeudi à Washington, M. Schäuble a toutefois suggéré que la philosophie de l’« America First » était vouée à l’échec.

     

    D’autres sujets de divergence pourraient également surgir. Ces dernières années, les grandes puissances économiques s’étaient unies contre le changement climatique. Mais le gouvernement américain doute désormais de sa réalité et menace de se retirer de l’Accord de Paris sur les émissions de CO2.

     

    Les États-Unis ont également promis de détricoter la réglementation financière mise en place après la crise de 2008, au risque de déclencher un mouvement mondial de nivellement par le bas. Il y a un risque de « fragmentation » de la régulation financière qui pourrait « menacer les progrès réalisés », a prévenu jeudi le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney.

     

    Enfin, de potentielles frictions pourraient également surgir autour de l’Allemagne, qui est accusée par les États-Unis de profiter d’un euro sous-évalué pour faire gonfler ses excédents commerciaux. M. Schäuble a toutefois rejeté ces accusations, les jugeant erronées. « Je suis prêt à discuter de tout, mais on ne peut donner des conseils qu’en s’appuyant sur des faits. Et en tant que ministre des Finances, je connais les faits », a-t-il balayé.













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