On devrait augmenter les impôts des plus riches, estime le FMI

Des manifestants de l’organisme Oxfam portaient des têtes à l’effigie de chefs d’État pour protester contre les inégalités et la pauvreté au sommet du G20 à Hambourg, en juillet dernier.
Photo: Matthias Schrader Associated Press Des manifestants de l’organisme Oxfam portaient des têtes à l’effigie de chefs d’État pour protester contre les inégalités et la pauvreté au sommet du G20 à Hambourg, en juillet dernier.

Aux prises avec un creusement des inégalités de revenus, les pays développés pourraient augmenter leurs impôts des plus riches sans craindre de nuire à leur croissance économique, estime une étude du Fonds monétaire international.

 

« La plupart des pays développés ont été le théâtre d’un creusement notable des inégalités de revenus principalement causé par l’augmentation des revenus de marché du 1 % des plus riches », notent les experts du FMI dans la dernière édition de son Moniteur des finances publiques dévoilée mercredi. Une bonne part de ce phénomène, rappelle-t-on, a été causée par des phénomènes mondiaux, comme les changements technologiques, la mondialisation et les récessions. Mais les gouvernements ont aussi eu tendance, ces dernières années, à affaiblir leurs mécanismes de répartition de la richesse en abaissant, notamment, les impôts des contribuables les plus riches, avec l’idée, peut-être, que cela pourrait stimuler la croissance économique.

 

« Bien qu’un certain niveau d’inégalité soit inévitable dans un système basé sur l’économie de marché à cause des différences de talent, d’effort et de chance, une inégalité excessive peut éroder la cohésion sociale, mener à une polarisation politique et, ultimement, réduire la croissance économique », prévient-on. Autrement dit, non seulement la redistribution de la richesse ne nuit pas à la croissance « si elle n’est pas excessive », mais elle a un effet « positif ».

 

Les experts du FMI en concluent que les pays développés auraient tout intérêt à défaire au moins une partie de leurs baisses d’impôt des dernières années. On souligne ainsi que le taux marginal d’impôt sur le revenu des particuliers le plus élevé dans les pays de l’OCDE a dégringolé d’une moyenne de 62 % en 1981 à 35 % en 2015. On calcule que cette moyenne pourrait être remontée à un taux marginal « optimal » de 44 %.

 

Le FMI estime qu’en 2015 les impôts et transferts sociaux des gouvernements ont réduit en moyenne du tiers les inégalités de revenus de marché dans les pays développés. Seulement le quart de cette réduction serait directement attribuable à l’action des impôts et les trois quarts aux effets des politiques de transferts, comme l’aide sociale, les prestations pour enfants à charge et autre programme de sécurité de la vieillesse.

 

Le cas du Canada

 

Rappelons qu’au Canada, le Québec et l’Ontario ont pratiquement le même taux marginal maximal d’impôt sur le revenu, à raison, au Québec, d’un taux d’un peu plus de 53 % sur les revenus dépassant 203 000 $, soit non seulement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE, mais au-dessus de ce « taux marginal optimal » du FMI.

 

Pour des raisons méthodologiques, les experts du FMI se basent uniquement, pour le Canada, sur le taux marginal supérieur au niveau fédéral, qui est aujourd’hui de 33 %. On constate par ailleurs dans leur étude que le Canada est loin d’être le pays où les inégalités sont les plus élevées, et ce, avant comme après les impôts et transferts sociaux. Le Canada ne s’y retrouve pas moins classé parmi les pays développés où les impôts et transferts sociaux contribueraient le moins à réduire les inégalités de revenus de marché. Seuls les États-Unis et Israël feraient moins bien que lui en ce domaine sur 30 pays, estime-t-on, loin derrière les premiers de classe que sont l’Irlande, la Finlande et la Grèce, et à bonne distance de l’Allemagne (6e), de la France (9e) et du Royaume-Uni (15e).

 

Comment taxer les plus riches ?

 

En ce domaine, on ne doit pas s’arrêter à l’écart des taux d’impôt qui s’appliquent aux contribuables les plus riches et les plus pauvres, disent les auteurs de l’étude. Dans la réalité, la progressivité du système fiscal des pays peut être plus basse encore parce que les contribuables les plus riches ont souvent accès à toutes sortes de façons de payer moins d’impôt en profitant au maximum des congés de taxe accordés, par exemple, à ceux qui gagnent assez pour économiser pour la retraite, en touchant des revenus sous forme de gains en capital moins taxés ou en recourant aux conseils d’experts en planification fiscale, sans parler des paradis fiscaux. On suggère aux gouvernements qui voudraient corriger la situation de ne pas s’arrêter à l’impôt sur le revenu des particuliers. Un resserrement des règles sur les gains en capital et sur les revenus de dividendes, ainsi que les taxes foncières, les impôts sur les successions et autres taxes sur les biens de luxes peuvent aussi être de bons moyens d’aider les plus riches à mieux redistribuer la richesse.

 

Le FMI admet cependant que de telles réformes peuvent être difficiles à faire passer, « parce que les mieux nantis tendent à avoir plus d’influence politique ».

  • Maxime Parisotto - Inscrit 12 octobre 2017 07 h 54

    socialistes!

    • Daniel Bérubé - Abonné 12 octobre 2017 11 h 09

      Désolé, votre texte est trop long pour pouvoir le comprendre clairement...

  • Nadia Alexan - Abonnée 12 octobre 2017 08 h 25

    Il faut que les riches et les sociétés paient leur juste part d'impôts.

    Heureusement que le FMI s'intéresse aux inégalités causées par le marché et la largesse des gouvernements envers les mieux nantis. Ça fait des années que les économistes progressistes, tels que Joseph Stiglitz, Thomas Picketty et Paul Krugman, réitèrent la même chose, mais nos gouvernements font la sourde oreille. C'est le temps d'agir maintenant pour éliminer les inégalités rampantes. Il faut que les riches et les sociétés paient leur juste part d'impôts.

  • Claude Smith - Abonné 12 octobre 2017 09 h 23

    Question ?

    Est-ce-que le FMI a consulté M. Trump avant d'émettre cette opinion ?

    Claude Smith

  • André Hamel - Abonné 12 octobre 2017 10 h 16

    Enfin !

    Enfin, il est temps que les puissants de ce monde se rendent compte que le dégoulinage vers le bas est une théorie qui ne fonctionne pas, qu'elle n'a servi qu'à justifier l'insatiable rapacité des plus riches.

    Si le FMI dit le constater aujourd'hui, ce n'est pas qu'il vient de le comprendre. C'est bien plus, à mon avis, qu'il s'apperçoit qu'on s'en va dans le mur.

    Le 1% des gens les plus riches sur la planète possède 50% des richesses. Qu'est-ce qui fera rouler l'économie quand il ne restera plus que 20 ou 25% au 99% de ploucs dociles que nous sommes ?

  • Gérard Garnier - Abonné 12 octobre 2017 11 h 18

    Y a-t-il une justice en ce bas monde ?

    @nadia alexan : si je suis tout à fait d'accord avec vous sur la nécessité de répartir les richesses inutilement accumulées par certains, je me permets de faire remarquer que le mot juste n'a qu'un sens en fiscalité : l'impôt juste est celui que je ne paie pas et l'injuste celui que je paie. Le but étant de modifier la répartition des revenus et richesses, le mot efficace est préférable. Cela évite de répéter ad nauseam que les sociétés ne paient pas leur "juste" part. Derrière elles, il y a les salariés et les actionnaires retraités modestes. Le FMI propose de façon réaliste de ne pas dépasser un seuil d'imposition sur les revenus. La taxation du capital par différentes voies comme l'héritage par exemple serait beaucoup plus efficace pour éviter que des individus aient une fortune personnelle supérieure au PIB de certains Etats pourtant riches et comptant plusieurs millions d'habitants. Comme Picketti, il me semble qu'il vaudrait mieux rémunérer le travail que la fortune et augmenter le risque pour cette dernière. Une des meilleures façons serait de la saisir totalement à partir d'un certain niveau. Le seuil du milliard de dollars me parait très largement suffisant pour vivre correctement.

    • Nadia Alexan - Abonnée 12 octobre 2017 15 h 07

      À monsieur Gérard Garnier: Toutes les mesures pour répartir ou distribuer la richesse sont bonnes. Par contre, la pire injustice c'est le fait que les sociétés ne paient pas leur juste part d'impôt, telle que remarquée par notre ancien gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, qui a dénoncé, publiquement, les banques et les entreprises qui accumulent leurs profits dans les paradis fiscaux; ce qui l'a appelé: «dead money»!
      Taxer l'héritage est une bonne idée, mais les excès des multinationales et du 1% des riches, en particulier, sont bien documentés. L'année passée, l'Organisation, UNICEF, à démontré que 8 personnes détiennent la moitié de la richesse mondiale. C'est vraiment honteux de la part de nos gouvernements de les laisser-faire.