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    Chronique

    Chronique d’un fan d’«Occupation double»

    Fabrice Vil
    13 octobre 2017 |Fabrice Vil | Télévision | Chroniques

    Cette semaine, Julie Snyder m’a appelé pour sensibiliser des participantes d’Occupation double en regard d’enjeux liés au racisme. Il faut que je vous en parle.

     

    Lundi après-midi, je lis que deux participantes d’OD, Joanie et Élodie, ont entretenu des propos racistes. Chacune d’entre elles a utilisé le mot « nègre ». Dans un cas, Élodie et Joanie sont au bord d’une piscine et aperçoivent des Indonésiens qui travaillent dans une rizière. Elles disent se sentir comme des maîtres devant des esclaves. Élodie dit : « Ils travaillent comme des… Le mot “nègres”, c’est plate à dire. »

     

    À une autre occasion, Élodie et Joanie font la vaisselle et Joanie dit : « Pourquoi on s’impose ça, nous autres ? On n’est pas des n… Oh, j’allais dire de quoi de raciste. On n’est pas des nègres. »

     

    Ces propos ont été diffusés sur OD La nuit, la version Web de l’émission contenant des extraits inédits. Des internautes ont capté les images contenant ces propos et les ont partagées sur les médias sociaux.

     

    C’est dans ce contexte que j’ai reçu un appel de Julie Snyder, productrice d’OD. Elle m’a parlé de l’incident, m’a posé des questions sur l’interprétation que j’en faisais et m’a demandé de m’entretenir avec elle, Élodie et Joanie par téléphone pour discuter des enjeux que soulèvent leurs propos.

     

    Lundi, 23 h 20, drôle de bénévolat : entretenir une conversation téléphonique avec Julie Snyder, Élodie et Joanie. Expliquer que le mot « nègre » est à proscrire parce qu’il a historiquement été utilisé pour désigner péjorativement les Noirs.

     

    J’ai aussi expliqué à Joanie que le fait même d’associer mentalement les Noirs à une tâche qu’elle juge ne pas être à sa hauteur est raciste.

     

    « Mais je suis une personne empathique ! » « Le premier gars que j’ai embrassé est Noir ! » « Je regarde Trevor Noah. Toi, tu le connais-tu ? » Ça ne change rien, les filles.

     

    Le problème avec l’idée du racisme, c’est qu’on l’associe généralement aux actes intentionnels de vilains. Pensons KKK et néonazis. On s’imagine donc que le racisme est le pire des délits, dont on ne peut jamais soi-même être l’auteur.

     

    Le racisme le plus courant est pourtant un phénomène ordinaire qui se manifeste dans nos petits gestes et pensées quotidiens, même quand on a de bonnes intentions. Un peu comme des blagues de mononcles sexistes. Son impact est néanmoins blessant ou autrement préjudiciable pour les personnes qui en sont victimes. De moins bons emplois, par exemple.

     

    En principe, on devrait pouvoir examiner le racisme avec curiosité puisqu’il fait partie de l’expérience humaine. Or, en raison de l’idée impardonnable qu’on en a, la personne qui en est l’auteure a souvent de la difficulté à concilier qu’elle puisse à la fois être une bonne personne et entretenir des pensées ou des propos racistes.

     

    À mon avis, c’est ce qui explique que, dans la vidéo d’excuses qu’OD a publiquement partagée quelques heures après notre conversation, on voit Élodie et Joanie, la mine déconfite, tenir des propos maladroits. À mon sens, leurs excuses reflètent la difficulté de l’introspection à laquelle elles sont confrontées et l’état de l’apprentissage qu’elles amorcent.

     

    L’indignation face aux propos de Joanie et d’Élodie est légitime. Mais il ne faudrait pas non plus faire d’elles des boucs émissaires. Après tout, OD est une téléréalité. Ironiquement, cet incident nous aura permis d’examiner une partie de… notre réalité.

     

    De toute manière, Julie Snyder et son entreprise ne sont-elles pas les premières responsables de cet incident ? Oui. Et elles l’assument.

     

    Des explications que j’ai reçues, je comprends que la monteuse a bâclé le travail de filtrage qui était de sa responsabilité. Elle sera désormais « affectée à d’autres tâches » et il y aura deux personnes responsables du montage.

     

    Des impressions que je tire des interactions que Julie Snyder et moi avons eues, je comprends qu’elle ne connaît pas tous les tenants et aboutissants du racisme. Elle a par contre tenu à s’en informer à travers nos échanges et a insisté pour qu’on en discute mercredi à l’émission OD +, dans laquelle des chroniqueurs commentent ce qui se passe chez les participants d’OD. Il aurait été facile de publier un communiqué et d’exiger des excuses des participantes, sans plus. On a même déjà vu des producteurs de sa trempe nier leur faute dans des circonstances similaires. L’idée de profiter de l’occasion pour discuter ouvertement de racisme est à saluer.

     

    Enfin, le travail de Productions J n’est pas terminé, sachant qu’OD est l’émission la plus regardée chez les 18-34 ans. Nos croyances et jugements, qui incluent parfois le racisme ou encore le sexisme, prennent racine dans la culture qu’entretiennent entre autres nos médias et notre télé. Les producteurs des émissions les plus regardées contribuent donc à façonner qui nous sommes collectivement. À quand des émissions qui allient cotes d’écoute et contenu éducatif ? Voilà le plus grand défi.













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