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    Arthur, ses dix doigts, des guitares, un génie, à Pop Montréal

    Les occasions de voir ce fabuleux musicien sur scène sont trop rares. Ruez-vous.

    14 septembre 2017 |Sylvain Cormier | Musique
    L’attaque, l’audace, l’imagination, la dextérité, le sens de la mélodie, le son géant, il a tout. En spectacle, Arthur a tout.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L’attaque, l’audace, l’imagination, la dextérité, le sens de la mélodie, le son géant, il a tout. En spectacle, Arthur a tout.

    Deke Dickerson était à Montréal la semaine dernière. Le chanteur-guitariste du Missouri est une pointure de la scène rockabilly, ce véritable univers parallèle, né du Big Bang des disques Sun dans les années 1950 et rayonnant encore à travers tout un système solaire de festivals et d’événements. Dickerson, qui écrit dans Guitar Player et Vintage Guitar, a débarqué en ville pour jouer au Wheel Club, à L’Escogriffe… et pour rencontrer Jean-Guy « Arthur » Cossette. « I finally got to meet Arthur Cossette of Les Jaguars tonight ! a-t-il écrit sur sa page Facebook. He even brought down his 1959 Gretsch that he customized back in the day to look like Joe Maphis and Larry Collins' Mosrite Doublenecks ! A great guy I’ve been wanting to meet for years ! »

     

    Le grand gaillard est reparti plus que ravi, lesté d’un exemplaire original du premier disque des Jaguars (paru en 1964), déniché pour lui par Sébastien Bossé, grand admirateur des deux artistes. Dickerson s’est aussi fait fort de « faire découvrir » Arthur aux programmateurs de ces festivals qui allient rockabilly, rock instrumental, etc. « Il roule à l’année, Deke, il joue tout le temps quelque part, et il y a du monde partout », lâche Arthur de son côté de la table au Café Noir, avec les yeux brillants du gamin septuagénaire qu’il est. « Il m’a dit qu’il va essayer de me faire jouer à Vegas [au gigantesque Viva Las Vegas Weekender, en avril 2018]. À d’autres places aussi. Moi, c’est ça qui me manque : jouer en show. Chez nous, je joue tous les jours. Mais tout seul, c’est plate. »

     
    Ce qui fait ton son, c’est pas vraiment l’instrument, c’est toi. Je peux prendre la guitare de n’importe qui, et c’est le son Jaguars qui va sortir, ma vibration. Mais c’est sûr qu’il y a des guitares qui “fittent” avec toi.
    Jean-Guy « Arthur » Cossette

    Quiconque a vu Arthur en spectacle, à l’une ou l’autre trop rare occasion ces dernières décennies, témoignera : c’est le meilleur. L’attaque, l’audace, l’imagination, la dextérité, le sens de la mélodie, le son géant, il a tout. « Ce qui fait ton son, commente-t-il, c’est pas vraiment l’instrument, c’est toi. Je peux prendre la guitare de n’importe qui, et c’est le son Jaguars qui va sortir, ma vibration. Mais c’est sûr qu’il y a des guitares qui “fittent” avec toi. » Toute sa vie, il a oscillé entre la Fender (le modèle Jaguar, évidemment) et la Gretsch. « L’affaire essentielle, c’est pas ça. C’est quand j’ai acheté mon Echocord [un générateur d’écho, à partir d’un ruban magnétique en boucle]. J’étais à Bagotville, il y avait la base d’aviation pas loin, les jets passaient à 60-70 pieds au-dessus de ma tête, j’étais fasciné. Je voulais reproduire le son et la sensation à la guitare. Avec l’Echocord, avec ma façon de jouer, ça a donné Supersonic Twist, et puis Attaque, Jaguar Shake, Guitare Jet. J’étais parti, les chansons me sortaient du bout des doigts… »

     

    Une place au sommet

     

    Avoir pu faire carrière tout le tour de la planète rock, il serait vénéré, intronisé au Rock’n’Roll Hall of Fame, au même titre que les Ventures, Duane Eddy, Chet Atkins et Scotty Moore. Rien que pour Mer Morte, le plus beau slow-rock instrumental de l’histoire de l’humanité (je peux en rajouter si vous voulez), le statut de légende vivante n’est pas usurpé. Si sa renommée avait dépassé les frontières, et pas seulement auprès de spécialistes à la Deke Dickerson, c’est son Supersonic Twist que l’on aurait entendu dans le Pulp Fiction de Tarantino, pas le Miserlou de Dick Dale (ou alors les deux). Avec les Jaguars première époque, avec les Jaguars des années 1990, en tant que guitariste soliste des Sinners, accompagnateur de Charlebois au temps de l’Esquire Showbar, avec Lyse Déjeuner et son Hot Kitchen ces dernières années, le jeu d’Arthur n’a jamais été moins que fabuleux.

     

    Une nouvelle génération d’aficionados locaux le sait, tout de même : il a été le premier élu au Panthéon du rock’n’roll québécois, en 2012. Et Pop Montréal, festival on ne peut plus cool, qui propose chaque année au moins un artiste-culte (Ronnie Spector, Burt Bacharach, Simon des Lutins…), présente « Arthur des Jaguars » vendredi soir aux Jardins Gamelin. « À pratiquer mes tounes avec les nouveaux gars, j’ai repris goût. Ça m’a donné des idées pour des compositions. Je pense que ça s’en va vers un album de matériel original, qu’on sortirait en vinyle. Je veux appeler ça Jean-Guy “Arthur” Cossette, point final. » Il pouffe. « Aimes-tu ça ? » Frisson : de nouvelles pièces d’Arthur. Cet électron libre de la guitare peut encore étonner, pas de doute là-dessus. « J’ai jamais arrêté d’avoir des idées. Des fois, je pars, je décolle, l’autre jour j’étais rendu que j’adaptais du Léo Ferré à mon style… Je suis dit, arrête, tout le monde va aller se suicider ! » Arthur le gamin rigole sous ses moustaches blanches. Et les doigts lui frétillent.

    Arthur (des Jaguars)
    Aux Jardins Gamelin, vendredi à 19 h 30, dans le cadre de Pop Montréal. Entrée gratuite.












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