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    Critique concert

    Virée classique: le jeune loup et le vieux lion

    12 août 2017 |Christophe Huss | Musique
    À 69 ans, Jean-Philippe Collard n’a pas perdu sa superbe, son aplomb, sa puissance, son élégance.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir À 69 ans, Jean-Philippe Collard n’a pas perdu sa superbe, son aplomb, sa puissance, son élégance.

    J’aime entendre rugir les vieux lions. Et lorsqu’un vieux lion montre qu’il est encore le roi de la savane, cela fait plaisir à voir et à entendre. C’est ce qui s’est passé vendredi soir à la Maison symphonique avec la prestation de Jean-Philippe Collard.

     

    À 69 ans, le pianiste français n’a pas perdu sa superbe, son aplomb, sa puissance, son élégance. Il affrontait un gros morceau : le Concerto pour la main gauche de Ravel. Comme j’ai croisé le collègue Jean-Philippe Tastet à la sortie, je vais utiliser une métaphore culinaire. Collard s’est tapé le gras de viande, mais aussi toute la sauce en double. Car Kent Nagano et l’OSM n’ont pas fait dans la nuance, si j’ose dire, laissant le pianiste se battre à la fois pour s’imposer et pour tirer la machine. Tout était très bien en apparence, mais avec un travail plus approfondi et un résultat plus subtil, on pouvait dérouler un tout autre tapis rouge à un tel pianiste.

     

    Qu’on me permette ici une digression à l’heure où les biographies des jeunes artistes ne nous disent plus rien de leur nationalité, de leur origine, de leur âge et de leur parcours et empilent des poncifs du genre « un des artistes les plus en vue de sa génération ». Certains osent prétendre que ces informations de base sont superflues. Eh bien, non.

     

    J’ai tout oublié du parcours de Jean-Philippe Collard d’il y a 45 ans, mais quand il a attaqué sa partie soliste, devant la sonorité, le rendement sonore, la clarté, l’articulation, la clarté des accords, je me suis dit au bout de cinq mesures : « Tiens, Jean-Philippe Collard a étudié avec Pierre Sancan ? » C’était bien cela. Et cela prenait, ô combien, un disciple de Pierre Sancan, et l’un des grands, vendredi, pour s’affirmer et tout décanter ainsi. Oui, préciser ces « détails » importent, car savoir d’où l’on vient, c’est savoir quelle langue on parle. Collard parle celle de Ravel. Il parlera celle de Fauré ce samedi à 13 h à la Cinquième Salle, et ce sera sans doute un événement.

     

    Charles Richard-Hamelin

     

    Avant Collard, Charles Richard-Hamelin jouait la Rhapsody in Blue. Le jeune pianiste québécois a eu l’air de bien se défouler après un été à se mesurer au tortueux Robert Schumann et deux ans à servir le 2e concerto de Chopin aux orchestres du monde entier. Sa Rhapsody séquentielle et ludique joue sur des embardées et des sonorités de piano pas trop symphonique face à un orchestre qui en rajoute.

     

    Kent Nagano a préparé son entrée en matière de 19 heures avec des extraits de L’âge d’or de Chostakovitch bien choisis et agencés. Il l’a finie avec un Apprenti sorcier de routine, où toutes les nuances avaient été relevées et aplanies. La soirée avait été ouverte par des artistes autochtones, notamment mohawks, dont la porte-parole a été chaudement applaudie, lorsqu’elle a demandé au public de ne pas oublier les femmes disparues.

     

    Sociologiquement, la Virée reste un phénomène passionnant à étudier. Les publics de 19 h et 20 h 45 étaient différents des concerts habituels et différents entre eux, avec une proportion notable de jeunes à 19 h.

     

    À suivre samedi et dimanche matin.

    La virée classique
    Soirée de vendredi. Concerts « Un air de jazz » et « Kent Nagano et L’apprenti sorcier ». Barber : Adagio. Gershwin : Rhapsody in Blue (soliste : Charles Richard-Hamelin). Chostakovitch : L’âge d’or (ballet ; extraits). Ravel : Concerto pour la main gauche (soliste : Jean-Philippe Collard). Dukas : L’apprenti sorcier. Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano. Maison symphonique de Montréal, vendredi, 11 août 2017. Concerts filmés, offerts en visionnage gratuit pendant trois mois sur Medici.tv.












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