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    Chris Cornell 1964-2017

    La génération grunge perd un autre champion de la désillusion

    19 mai 2017 |Sylvain Cormier | Musique
    Chris Cornell, le 25 mars dernier, à son arrivée à la soirée d’anniversaire d’Elton John à Los Angeles
    Photo: Jordan Strauss ASsociated Press Chris Cornell, le 25 mars dernier, à son arrivée à la soirée d’anniversaire d’Elton John à Los Angeles

    Chris Cornell est pour ainsi dire mort sur scène. Pas longtemps après le show de son groupe Soundgarden au Fox Theatre de Detroit, mercredi soir. Né Christopher John Boyle à Seattle en 1964, il avait 52 ans. La cause n’est pas encore confirmée au moment d’écrire les premières lignes de ce texte, mais tout le monde pense d’emblée au suicide. Rapport à l’autre. Celui qui n’a pas attendu pour en finir. Bien sûr qu’on pense à Kurt Cobain de Nirvana. Et bien évidemment, on a une pensée tendre pour celui qui reste, le frère des premières heures, celui avec qui Cornell partagea si souvent les planches avec leur groupe parallèle, Temple of the Dog : Eddie Vedder, le chanteur de Pearl Jam. Ce groupe-là se voulait une sorte d’hommage au grand déclencheur de la scène musicale de Seattle au début des années 1980, Andrew Wood, emporté lui-même par une overdose en 1990. Comme si tout ce qui a suivi était une réaction intense à cette mort prématurée. Comme si l’appellation grunge était d’abord grognement de douleur.

     

    La mémoire nous joue de drôles de tours. Dans ma tête, c’est à l’été 1993 qu’on sua tous ensemble à l’Auditorium de Verdun, avec Nirvana, Pearl Jam, Soundgarden. Quand je vais sur le site www.setlist.fm, je constate : c’est le 4 août 1994 que le groupe de Chris Cornell vint faire son bruit massif et précis : ils ont toujours été plus métal que grunge, Soundgarden. Le groupe avait joué plusieurs fois à Montréal avant, mais je n’étais pas grunge avant que le grunge s’appelle grunge : passages aux Foufounes électriques, au regretté Spectrum, au Club Soda d’origine (aujourd’hui le Fairmount). Et Soundgarden, reformé en 2010 après 13 ans d’hiatus, est revenu en 2014, au Métropolis : je n’y étais pas. Au théâtre Olympia pour Chris Cornell en solo non plus, en 2000. À vrai dire, mon allégeance grunge, à long terme, s’est limitée à Pearl Jam.

     

    Ruisselants à Verdun

     

    Mais j’ai en moi pour toujours les shows de la fameuse série à Verdun. Je revois les corps ruisselants des crowd-surfers qui aboutissaient au bord la scène, qui étaient éjectés par les côtés, puis gravissaient les estrades, m’éclaboussaient de sueur au passage, retournaient au parterre par l’arrière, et recommençaient le manège : un circuit sans fin. Une façon de se sentir vivre très fort. Il faisait si chaud : les gouttes me tombaient du nez sur le calepin de notes. C’est ce que je retiens de ces groupes, et de Soundgarden, et de Chris Cornell : l’alliance avec les fans. Avec une génération. Nous sommes vous. Vous êtes nous. Même attitude, même colère sourde, même envie de défoulement, même absence de costume représentatif qui devint un costume : oui, la chemise à carreaux.

     

    Les six albums de Soundgarden (le plus célébré : Superunknown, paru en 1994), les trois d’Audioslave, celui de Temple of the Dog, les cinq en solo, plus une ribambelle d’enregistrements de spectacle, c’est l’héritage de Chris Cornell. Tout ça et une certaine forme d’irréductibilité, un refus d’être dans la lumière tout en étant dedans, avec ce que ça implique de court-circuit dans la tête. De sa vie personnelle, on retiendra son mariage avec Susan Silver, qui gérait Soundgarden et Alice in Chains. Cornell a raconté souvent le combat mené en cour pour récupérer ses 15 guitares. Quatre ans de déchirements.

     

    Si la noirceur l’a beaucoup suivi, il l’aura beaucoup entretenue. Que la chanson la plus emblématique de Soundgarden s’intitule Black Hole Sun n’est pas un hasard. Il aura néanmoins réussi à se sortir des dépendances à la drogue et à l’alcool, et la deuxième décennie du XXIe siècle semblait être celle de la clarté. Faut croire que non. Entre le moment où j’ai commencé ce texte et maintenant, le Wayne County Medical Examiner’s Office a déclaré qu’il s’agissait bien d’un suicide. Par pendaison. C’est plus simple qu’avec une carabine, façon Cobain. Mais ça revient au même. Et toute une génération n’est pas moins en deuil. Lui survivent deux fils et une fille.













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