Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Punk toujours

    19 mai 2017 | Philippe Renaud - Collaborateur | Musique
    Hugo Mudie, chanteur de The Sainte Catherines, du groupe country-folk Miracles et fondateur du festival Pouzza Fest
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Hugo Mudie, chanteur de The Sainte Catherines, du groupe country-folk Miracles et fondateur du festival Pouzza Fest

    Quarante ans de punk en 2017 ? Si on mesure l’âge du genre à l’aulne de la parution de son disque emblématique, Never Mind the Bullocks des Sex Pistols (octobre 1977), le compte est bon. Encore faudrait-il définir ce qu’est le punk, tout d’un coup qu’il est apparu avec The Stooges (1969) ou The Monks (1966), ou pourquoi pas avec le furieux Bo Diddley (1957) ? « Personnellement, je considère que le premier vrai groupe punk, c’est The Ramones », formé en 1974, abonde Hugo Mudie, chanteur de la fierté punk québécoise The Sainte Catherines, du groupe country-folk Miracles et fondateur du festival Pouzza Fest, qui dès ce vendredi soir présentera 150 groupes associés au genre sur sept scènes de la métropole.

     

    « Je me fais demander ça depuis 15 ans : qu’est-ce qui est punk ? Qu’est-ce qui ne l’est pas ? Pour moi, si tu joues dans un groupe punk et que c’est ce que tu fais de ta vie, eh bien, c’est du punk », estime Mudie, qui ajoute que le punk « est une musique qui célèbre la différence, le côté “misfit” [mésadapté]des gens ».

     

    Ils seront donc plus de 150 groupes de mésadaptés à fouler les scènes du centre-ville jusqu’à dimanche, à l’occasion du septième Pouzza Fest, un nom débile pour un événement joyeux où toutes les saveurs du punk seront goûtées et célébrées par plus de 20 000 festivaliers : « On voudrait vendre plus de 1000 laissez-passer qu’on n’en serait pas capable, à cause de la capacité des salles », souligne Mudie, précisant que plus de la moitié des festivaliers proviennent de l’extérieur de la province. La scène extérieure, sise au parterre du Quartier des spectacles et accessible gratuitement, rallie la majorité des amateurs de punk.

     

    Les têtes d’affiche de l’événement — la légende américaine Lagwagon, les Français Tagada Jones, les Ontariens PUP et The Flatliners en plus des jeunes Québécois Barrasso, « le groupe local qui se démarque le plus » — sont toutes présentées sur la scène gratuite extérieure, notez-le. « Pour vrai, l’aspect “profitabilité” est peu discuté [entre organisateurs], assure Hugo Mudie. On s’arrange pour que tout fonctionne bien, que ça fasse l’affaire des groupes, on s’arrange aussi pour que le budget soit équilibré, mais la recherche de profit n’est pas une motivation. On arrive juste, le festival existe, c’est tout. Nous, on se soucie de la communauté. On fait ça pour que ce soit le fun pour le monde. »

     

    Ça aussi, c’est punk. Y’a un lien à faire avec l’attitude Do It Yourself, héritage de 40 ans de punk. Anti-establishment, aussi. « Bah…, modère Mudie. C’est galvaudé : d’accord, on le fait nous-mêmes, mais qui ne fait pas ses affaires lui-même ? À la limite, evenko fait ses trucs lui-même… même s’il est millionnaire », dit-il en faisant allusion au concert 1977 Montréal récemment annoncé, qui semble occuper la même part de marché que le Vans Warped Tour ne faisant plus escale chez nous.

     

    Dans tous les sens

     

    Et la musique, elle ? Elle tire dans tous les sens. Classique skate-punk façon Lagwagon, plus hardcore-métal comme chez cet épatant jeune groupe local baptisé Laval (stylisé l?V?l), folk comme chez l’inspirante auteure-compositrice-interprète américaine Erica Freas, qui se produira en solo et avec son groupe punk militant RVIVR, le plus important, le plus pertinent groupe punk des cinq dernières années, abonde Hugo Mudie. « Erica qui chante, une autre qui joue de la basse ou de la guitare, décrit-il. Très politisés, Erica est vraiment cool… Ils sont de l’école [du mythique groupe anarcho-punk anglais] Crass, du “peace punk” ouvert d’esprit, pro-queer, ils sont vraiment bons. C’est comme ça que ça devrait être, le punk, aujourd’hui. »

     

    Évidemment, puisque le punk, c’est aussi le message… ou encore sa complète absence ? « J’ai toujours aimé le côté nihiliste du punk. Ce qui a sans doute eu le plus d’impact, c’est l’attitude “Fuck off, toute !” qu’on retrouve notamment dans l’attitude des Ramones, justement parce qu’ils n’avaient pas de message. » Ce qui est une position politique en soi, note Mudie, qui apprécie avec la même passion le geste militant du groupe féministe montréalais Charogne.

     

    « J’ai vu un clip d’elles, je les ai invitées tout de suite. Pour moi, c’est un devoir : chaque fois que je reçois une demande pour le booking d’un groupe qui compte une fille dans ses rangs, on le signe sans même l’écouter. Cette année, on a plus du quart de la programmation constituée de musiciennes ; c’est une de mes missions », travailler pour une meilleure représentation des femmes dans l’industrie, « autant sur scène que derrière. Je ne trouve pas de fille réalisatrice de disques. Veux-tu me dire comment ça se fait ? Pas une qui fait du mastering, ça ne se peut pas ! »

     

    Ne faites pas le saut, mais le punk, c’est aussi une séance de « punk-rock yoga » offerte dimanche à midi trente par un « Ontarien végane, parce que le punk végane, c’est une vraie tendance », assure Mudie en souriant, et un spectacle pour enfant le samedi par le patron de l’étiquette montréalaise Stomp Records. « Ils vont jouer des tounes qui passent à la télévision comme la Pat’Patrouille pis des affaires de même, avec des jeux gonflables et tout ! »

     

    Quarante ans de punk ? Ça s’appelle du progrès.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.